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Tennis. ATP - David Goffin : "Avec les Français, y a eu aucun souci "

Par Tennis Actu le 25/12/2017 à 15:40

ATP
Photo : @AlbanFerrand

David Goffin a reçu notre confrère belge Yves Simon de Sud Presse chez lui à Monaco juste avant de s’envoler pour l’Australie et une saison 2018 qui promet. Il s’est livré à la veille de fêter un Noël en famille tout aussi important à ses yeux. Un entretien à retrouver dans son intégralité sur Tennis Actu.

 

David, on est au Country Club de Monte-Carlo, pour vos derniers jours de préparation avant de rejoindre l’Australie dès lundi. Vous allez tourner la page d’une formidable année 2017. N’avez-vous pas, parfois, eu l’impression d’avoir vécu un rêve éveillé ?

Non, pas vraiment, car mes ambitions étaient d’emblée très élevées en début de saison. Je restais sur déjà une très bonne année 2016 (NDRL : il l’avait terminée à  une très belle 11e place mondiale) et donc je voulais continuer sur ma lancée et essayer d’aller encore plus loin. Je m’étais préparé en conséquence. Ces temps-ci, on me parle beaucoup de ma fin de saison, mais le début, jusqu’à ma blessure à Roland-Garros, avait déjà été très bon et constant. J’étais d’ailleurs bien parti pour faire un bon Roland…

 

Justement, on parle de votre blessure. Où en êtes-vous avec ce genou gauche endolori à l’aube de cette saison 2018. On a vu que vous vous entraîniez sans tape, ici.

Ça va beaucoup mieux et les deux semaines de repos m’ont fait le plus grand bien. Maintenant, c’est une blessure qui est un peu une sorte d’usure pour le dire un peu grossièrement. Donc, elle demande un traitement de fond qui va encore durer. Mais la bonne nouvelle, c’est que ça ne me pose aucun problème de jouer ainsi pour l’instant.

 

Vous venez aussi de passer vos deux semaines de vacances aux Maldives avec les Français Pouille, Tsonga et Herbert juste après cette fameuse finale de la Coupe Davis. Comment avez-vous géré ça ?

On s’est peut-être un peu charrié entre amis, au début, mais ça s’est passé tout simplement, on n’a eu aucun souci ! On n’a pratiquement pas parlé de ça, en fait. 

 

Vous avez rejoué au tennis, pour le fun ?

Non, on a surtout fait du sport sur ou dans l’eau. Mais aussi du foot ou du volley. Mais c’était avant de vraies vacances, assez relax. Parfois, on a parlé tennis, mais jamais trop. Lucas, Pierre-Hugues ou Jo-Wilfried, je ne les vois pas comme des rivaux, mais comme des amis, même si je sais que c’est plutôt rare à ce niveau. Ce furent de vraies vacances entre potes, en fait. C’aurait été pareil s’ils ne jouaient pas au tennis. Sans oublier que nos petites amies respectives s’entendent très bien à la base et c’est ce qui un peu soudé le groupe au départ.

 

Est-ce que le premier adversaire de David Goffin, c’est David Goffin et son énorme exigence ?

Ça l’est de moins en moins. Avec la maturité, avec l’expérience, je me connais de mieux en mieux et je gère aussi mieux les situations extérieures, que ce soit des conditions de jeu difficile, une petite douleur quelque part, un contre-temps, une mauvaise herbe sur un gazon magnifique (il sourit)… Quand je vois comment j’ai pu gérer cette fin de saison, malgré une gêne au genou, c’est quelque chose que je n’aurais certainement pas réussi à l’époque. Ca m’aurait de suite frustré et énervé, je n’aurais jamais su rester concentré sur mon tennis. Même si j’ai toujours été perfectionniste et que je le reste. L’exigence avec moi-même, c’est aussi ce qui fait ma force, même si parfois, ça a aussi fait ma faiblesse.

 

Si on remonte à votre enfance, à quel moment avez-vous senti ce goût pour le sport ?

J’ai aimé le sport depuis tout petit, je n’étais pas hyper-actif, mais j’avais besoin de bouger. J’ai tenté le foot à 6 ans, du côté de Fléron (sur les hauteurs de Liège), mais c’était une catastrophe car j’étais trop timide. Idem pour le handball que j’ai essayé en débutant du côté de Beyne-Heusay. M’intégrer dans un sport d’équipe, à cet âge-là, c’était quelque chose de difficile pour moi. J’ai tout de suite préféré aller au tennis avec mon père qui était prof à Barchon ou avec ma mère qui jouait aussi. C’est là que j’ai rencontré Michèle Gurdal (NDLR : quart de finaliste à l’Open d’Australie 1979) qui m’a initié au tennis. J’ai de suite mordu dedans et je ne me rappelle pas avoir dit un jour que je n’avais pas envie de prendre ma raquette !

 

Et d’après nos échos, on repère d’emblée quelque chose en vous…

Tout de suite, j’avais des aptitudes. Surtout ce qu’on appelle un œil, une façon de bien lire les trajectoires de balles et même de les anticiper. J’avais d’emblée une très bonne coordination et de la vitesse dans mes mouvements. Et ça ne m’a jamais quitté…

 

Vous appelleriez-ça un don ?

Je pense, oui. Après, ça se travaille aussi. Le fait que je sois petit aussi, à l’époque, par rapport aux garçons de ma catégorie m’a poussé à développer ce qui était mon point fort. Je ne pouvais pas jouer sur la force physique, donc, je devais trouver d’autres solutions pour m’en sortir.  Après, j’ai grandi et j’ai eu plus de force, mais j’ai gardé ces armes-là. Ca explique en grande partie tout mon tennis actuel.

 

A quel moment, commencez-vous à vous dire que vous pourriez faire carrière dans ce sport. Votre père parle d’une finale disputée lors d’un tournoi pour juniors, à Milan, quand vous aviez 16 ans.

Mon père dit ça, c’est vrai, mais moi, je l’avais senti un peu plus tôt. Déjà dans les moins de 16 ans, j’ai senti que ça commençait à ressembler à quelque chose, que j’avais une bonne base et que je savais vers quoi je voulais aller. Petit à petit, j’ai senti que ça se mettait en place.

 

Cette mentalité d’homme de défi, ça vous vient d’où ?

C’est inscrit dans mon caractère. Petit, il fallait toujours que je me batte contre plus fort. J’adore le jeu en fait. J’aime devoir chercher et trouver des solutions. Si je perds dans n’importe quel jeu, je vais toujours tenter de trouver une solution pour m’en sortir quand même et je prends du plaisir à ça.

 

Vous parlez du caractère, de qui tenez-vous le plus en fait ?

Je tiens surtout de ma mère. Cette espèce de timidité, ce caractère introverti aussi, cette façon de garder tout pour moi sur le terrain et d’essayer de tout contrôler…

 

Votre maman qui est d’ailleurs une personne très en retrait par rapport à votre carrière

Oui, elle est très discrète… comme moi. Si j’étais à sa place, je ferais pareil ! Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas présente pour moi. On le vit très bien comme ça et on ne voudrait pas que ça change.

 

Votre papa est, lui, plus souvent sur le circuit. Qu’avez-vous pris de lui ?

Certainement son côté plus perfectionniste, plus cartésien. Il est prof de tennis, il est donc naturellement plus intéressé par le circuit et il a plus de possibilités de me suivre aussi que ma mère qui est tenue par son boulot dans une usine qui fabrique des fibres de verre.

 

Votre frère, Simon,  lui, vit aussi une carrière sur le circuit mais en tant que coach de la jeune russe Anastasia Pavlyuchenkova, 15e mondiale.

On est très différent tous les deux. Déjà physiquement. Moi j’ai pris le côté Beckers (côté maternel), blond aux yeux bleus, mon frère à plutôt le côté Goffin, brun et plus costaud. On a donc vraiment des personnalités différentes, ce qui n’est pas plus mal. Maintenant qu’il est sur le circuit, on se voit presque plus qu’avant !

 

Quels sont vos centres d’intérêt, hors tennis ?

D’abord, il faut bien avouer que je n’ai pas beaucoup de temps libres… Donc, ça reste classique. Ce qui compte alors pour moi, c’est d’avoir du temps pour moi. Passer de bons moments avec Stéfanie, ma famille, mes proches : c’est la première chose qui compte. Dès que j’ai un peu de temps libres, je fonce là-dedans.

 

La passion du vin que Thierry, votre coach, grand connaisseur, tente de partager avec vous ?

Oui, il m’initie un peu, mais je n’ai pas encore assez de temps à y consacrer, même si j’adore l’écouter parler des vins et de leur histoire.

 

Vous êtes satisfait de l’image que vous donnez à l’extérieur.

Moi, je n’essaye jamais de me donner une image, j’essaye d’être tel que je suis. Je suis juste parfois déçu quand il y a quelque chose qui sort dans les journaux ou quand je vois une photo qui ne me ressemble pas. Parfois, Thierry me dit « mais qu’est-ce que tu as fait là », et moi je ne peux que répondre que ce n’était pas du tout ce que je voulais (il sourit). Mais en général, je dois dire que ça se passe quand même bien et je suis content.

 

C’est important pour vous d’être un exemple pour la jeunesse ?

En fait, je pense bien me comporter et avoir une bonne attitude, en général, pour réussir. Je le fais d’abord pour moi et après si ça peut avoir un impact sur les plus jeunes, oui, c’est important. Un gars comme Kyrgios est arrivé à faire partie du  top, mais je ne pense pas que ce soit un exemple pour les jeunes sportifs australiens. C’est sa manière de fonctionner à lui, et ça fonctionne. Maintenant, on verra s’il peut encore aller un peu plus haut comme ça, car le talent, il l’a… Je ne me reconnais pas du tout dans ce genre d’attitudes. Vous ne me verrez jamais monter sur le court avec des écouteurs dans les oreilles… Mais il y a de la place pour toutes les personnalités, donc ça ne me pose aucun problème. Tout le monde n’aime pas Kyrgios et ceux-là préfèrent sans doute plus des joueurs dans mon genre. C’est important aussi personnellement car il n’y a pas que ma carrière, j’ai aussi envie de réussir mon après-carrière. Si j’étais patron, j’engagerais plus un Stefan Edberg qu’un…, je ne vais pas citer de nom, ici (sourire).

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