Corentin Moutet se confie : "Je veux trouver la paix avant d’arrêter"
ATPDerrière les raquettes cassées, les accès de colère et l’image de joueur incontrôlable se cache un rapport à la défaite construit dès l’enfance. Dans un long entretien accordé au Tennis Insider Club, le podcast animé par Caroline Garcia et Borja Durán, Corentin Moutet a tenté d’expliquer l’origine de comportements qui lui collent désormais à la peau. Le Français n’a pas cherché à excuser ses débordements.
Vidéo: Corentin Moutet évoquait ses sacrifices lors du dernier Roland-Garros
"Je ne sais pas comment ne pas casser la raquette"
Il reconnaît que casser une raquette n’est pas une réaction acceptable et affirme ne pas vouloir agir de cette manière. Mais changer des automatismes installés depuis l’enfance s’est révélé beaucoup plus difficile qu’il ne l’imaginait. "Casser des raquettes, je sais que ce n’est pas la manière de faire. Je ne veux pas le faire. Quand je perds un set, c’est tellement difficile. Je ne sais pas comment ne pas casser la raquette. Je le veux, mais je n’y arrive pas", a-t-il expliqué.
Moutet ne perdait qu’une dizaine de matchs par an chez les jeunes
Pour comprendre cette relation presque douloureuse avec l’échec, Corentin Moutet remonte à ses premières années de compétition. Entre sept et 16 ans, le gaucher dominait très largement les joueurs de sa génération et ne connaissait que rarement la défaite. "À partir du moment où j’ai commencé la compétition, vers sept ans, et jusqu’à environ 16 ans, je ne perdais pratiquement aucun match. Cela arrivait parfois, mais pas beaucoup, peut-être dix par an au maximum", a-t-il raconté. Cette réussite permanente lui a permis de progresser rapidement, mais elle l’a privé d’un apprentissage essentiel. Lorsque le niveau s’est élevé et que les revers sont devenus plus fréquents sur le circuit professionnel, Moutet ne disposait d’aucun mécanisme pour les analyser ou les accepter.
"Je ne savais pas perdre. Pendant longtemps, cela a été très difficile parce que, quand les choses ont commencé à mal tourner, je ne comprenais pas ce qui se passait. J’avais l’habitude de gagner et de gagner facilement. Je n’avais pas besoin de lutter ou de trouver des solutions", a reconnu le Français. La victoire avait également fini par être liée à sa valeur personnelle. Gagner signifiait être à la hauteur. Perdre ne représentait donc plus seulement un mauvais résultat sportif, mais une remise en cause beaucoup plus profonde.
"Pourquoi devient-on le méchant lorsqu’on est en colère ?"
Les réactions de Corentin Moutet ont rapidement attiré davantage d’attention que son jeu. À chaque débordement, le Français avait le sentiment de ne plus être jugé sur un instant précis, mais sur l’ensemble de sa personnalité. "Quand je perdais, j’étais tellement en colère que, le lendemain, tout le monde disait : ‘Regardez comment il se comporte.’ Mais je n’aime pas perdre. Je ne savais pas comment perdre", a-t-il expliqué Le joueur de 27 ans comprend que ses gestes puissent être critiqués, mais conteste l’étiquette de "méchant" ou de "bad boy" qui lui est régulièrement attribuée. "Je n’ai jamais compris pourquoi on devient le méchant lorsqu’on est en colère après une défaite. Pour moi, les gens étranges sont ceux qui sourient après avoir perdu", a-t-il lancé, toujours dans des propos traduits de l’anglais.
Moutet pointe également une contradiction dans la communication du tennis professionnel. Selon lui, le circuit réclame des personnalités capables de provoquer des émotions et d’attirer le public, avant de sanctionner ou de condamner ces mêmes joueurs lorsque leurs réactions dépassent le cadre attendu. Cette réflexion intervient quelques semaines après sa lourde sanction au Queen’s, où il avait écopé d’une amende de 40 000 dollars pour avoir juré à plusieurs reprises lors d’une interview sur le court. L’épisode avait renforcé une réputation dont il cherche désormais à expliquer les mécanismes, sans nier sa responsabilité.
"Je veux trouver la paix avant la fin de ma carrière"
Corentin Moutet ne prétend pas avoir réglé toutes ses difficultés. Il souhaite toujours gagner, vit encore intensément les rencontres et admet que la colère peut revenir. Son objectif n’est pas de devenir totalement froid, mais d’arrêter de se juger à chaque émotion négative.
"Je ne veux pas être en colère. Je veux vivre en paix. Mais si je suis en colère ce jour-là, je ne me juge plus autant. C’est arrivé aujourd’hui, j’en tirerai une leçon demain et ce n’est pas grave", a-t-il expliqué. Plus que le classement ou l’argent, le Français affirme désormais poursuivre un objectif intérieur : parvenir à évoluer sereinement dans un sport qui a longtemps fait dépendre son bonheur du résultat obtenu. "Je veux trouver la paix dans mon activité avant d’arrêter. Je veux vraiment être en paix avec ce que je fais et avec moi-même avant la fin", a-t-il conclu.
Publié le par Alexandre HERCHEUX