La fusion commerciale à l’arrêt : le désaccord qui divise les circuits
ATP / WTAPrésenté comme une étape majeure vers l’unification du tennis professionnel, le rapprochement commercial entre l’ATP et la WTA est désormais au point mort. Les deux circuits travaillaient depuis plusieurs années à la création d’une structure commune regroupant notamment leurs droits médiatiques et commerciaux. Selon les informations du Guardian, le projet a été reporté pour une durée indéterminée en raison d’un désaccord sur le partage des revenus. La nouvelle présidente de la WTA, Valerie Camillo, aurait refusé les conditions négociées sous son prédécesseur Steve Simon.
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Une fusion commerciale, mais pas une disparition de l’ATP et de la WTA
Le terme de “fusion” doit être nuancé. Le projet ne prévoyait pas de faire disparaître l’ATP et la WTA, qui auraient conservé leurs responsabilités sportives et réglementaires. L’objectif était plutôt de placer une partie de leurs activités commerciales dans une structure commune. Les droits de diffusion, le sponsoring, les données, les produits numériques et différentes sources de revenus auraient ainsi pu être vendus conjointement. Une telle organisation aurait offert aux diffuseurs et aux partenaires commerciaux un interlocuteur unique, au lieu de devoir négocier séparément avec les deux circuits.
Lorsque les discussions avaient été révélées en mars 2024, l’ATP et la WTA expliquaient vouloir créer une entité permettant de mieux exploiter les actifs des deux Tours, tout en continuant à fonctionner comme deux organisations distinctes. Le projet étudié avec le cabinet McKinsey aurait alors pu valoriser la nouvelle structure à environ 3 milliards de livres, soit près de 4 milliards de dollars selon les taux de change de l’époque. Sur le papier, l’intérêt paraissait évident. Un catalogue regroupant les principales stars masculines et féminines aurait donné plus de poids au tennis face aux diffuseurs, aux plateformes numériques et aux sponsors internationaux. Il aurait également permis de limiter certains doublons entre les deux organisations.
Men’s and women’s tennis tour merger on hold indefinitely with WTA refusing to accept revenue share offered by ATP | The Guardian https://t.co/2oAO8Hm1Mx
— Matt Hughes (@MattHughesMedia) July 13, 2026
Valerie Camillo aurait refusé le partage des revenus
Le point de rupture concernerait la répartition des revenus produits par cette future société commune. Les négociations avaient beaucoup progressé en 2025 sous la présidence de Steve Simon, au point qu’un accord semblait proche. En janvier 2026, le directeur général de l’ATP, Eno Polo, se montrait encore optimiste. Il affirmait que les deux circuits étaient “assez proches de parvenir à un accord”. Six mois plus tard, le projet est pourtant suspendu sans nouvelle échéance.
Arrivée à la tête de la WTA le 17 novembre 2025, Valerie Camillo aurait estimé que les conditions acceptées par son prédécesseur n’étaient pas suffisamment favorables au circuit féminin. L’ancienne dirigeante des Philadelphia Flyers et du groupe Comcast Spectacor a été recrutée pour piloter la stratégie à long terme de la WTA dans une période décisive pour son développement économique. La WTA aurait donc préféré se retirer plutôt que de s’engager durablement dans une structure au sein de laquelle sa part des revenus aurait été inférieure à celle de l’ATP. Les deux organisations ont refusé de commenter publiquement les informations concernant l’arrêt des négociations.
142 millions de dollars contre 294 millions
Les chiffres permettent de comprendre la difficulté des discussions. En 2024, la WTA aurait enregistré 142 millions de dollars de revenus annuels, contre 294 millions pour l’ATP. Le circuit féminin pesait donc moins de la moitié du circuit masculin selon les données rapportées par le Guardian. Cette différence pouvait logiquement conduire l’ATP à réclamer une part plus importante des revenus de la future structure. Les actifs commerciaux du circuit masculin sont actuellement valorisés par un chiffre d’affaires supérieur, ce qui lui donne davantage de poids au moment de négocier.
La situation de la WTA était néanmoins plus complexe qu’une simple comparaison des recettes actuelles. Une répartition fixée aujourd’hui aurait pu engager le circuit féminin pendant de nombreuses années, alors que le sport féminin connaît une croissance importante et attire de nouveaux partenaires. En acceptant une part minoritaire calculée à partir de sa valeur actuelle, la WTA risquait donc de profiter immédiatement de revenus supplémentaires, mais de limiter sa capacité à bénéficier de sa croissance future. C’est précisément sur ce point économique et symbolique que les positions semblent s’être éloignées.
Le projet peut-il encore renaître ?
L’arrêt des négociations ne signifie pas nécessairement que toute collaboration est définitivement abandonnée. L’ATP et la WTA possèdent déjà une application commune, organisent de nombreux tournois combinés et ont mené ensemble certains appels d’offres audiovisuels. Les arguments en faveur d’une structure commerciale commune restent nombreux. Les fans gagneraient en lisibilité, les diffuseurs pourraient acheter un produit global et les sponsors accéder simultanément aux principales stars masculines et féminines.
Mais une éventuelle reprise des discussions nécessitera un nouveau compromis sur la valorisation des deux circuits et sur la redistribution des revenus. La WTA veut profiter de la puissance commerciale actuelle de l’ATP sans enfermer le tennis féminin dans une position durablement minoritaire. Après plusieurs années de négociations et l’annonce répétée d’un rapprochement imminent, l’unification commerciale du tennis attendra donc encore. Le projet qui devait rapprocher l’ATP et la WTA révèle finalement toute la difficulté de réunir deux circuits partageant les mêmes courts, mais pas encore les mêmes ressources ni les mêmes intérêts économiques.
Publié le par Alexandre HERCHEUX