Anaïs Gabriel, un parcours atypique : "Ma carrière commence à 28 ans"
INTERVIEWUne trajectoire avait de quoi interpeller au 15 000 dollars du Havre cette semaine. Associée à la Finlandaise Venla Ahti, Anaïs Gabriel a atteint les demi-finales du double à l’Open du Havre. La Suissesse était également engagée en simple et a coincé en qualifications. Son parcours intrigait. A 28 ans, Gabriel n'a pas de classement WTA et n'a que très peu d'expérience sur le circuit pro. Brillante en jeune en Suisse, elle n'a pas fait le grand pas vers les pros mais s'est tournée vers les Etats-Unis. La jeune femme a pu vivre son "American Dream" avant de réellement lancer sa carrière l'an passé. Son histoire.
Anaïs Gabriel a raconté son parcours à Tennis Actu au Havre
Championne de Suisse des moins de 16 ans en 2013
Anaïs Gabriel n’est pas une inconnue dans le tennis universitaire américain. La Suissesse de 28 ans, originaire de Genève, est passée par Keiser University avant de rejoindre Stetson University, où elle a signé plusieurs performances marquantes. Avant cela, Gabriel a atteint le rang national junior n°16 en Suisse et remporté en 2013 le championnat de Suisse des moins de 16 ans. Après avoir validé un Bachelor puis travaille pendant un an, en 2025, Gabriel a choisi de se lancer en pro. Une carrière débutée réellement à 27 ans. Assez rare pour être signalée. Au micro de Tennis Actu, Anaïs Gabriel est revenue sur le chemin parcouru depuis son parcours en jeune et a évoqué ses ambitions pour la suite. "Je ne sais pas encore où est ma limite, mais j’ai envie d’aller le découvrir".
"J’ai 28 ans et j’ai décidé de me lancer à fond sur le circuit seulement depuis un an"
Anaïs, on vous découvre cette semaine au Havre. Vous avez 28 ans, pas encore de classement, et cela intrigue forcément. Comment êtes-vous entrée dans ce tournoi ?
C’est vrai que c’est un peu particulier. Au départ, je n’étais même plus sur la liste, parce que je m’étais retirée pour tenter un autre tournoi. Finalement, j’avais joué la semaine précédente à Paris, je me suis dit que Le Havre n’était pas très loin, alors je suis venue, j’ai signé la veille, et j’ai pu entrer dans les qualifications.
Vous avez un parcours atypique, parce que vous expliquez que votre vraie carrière sur le circuit commence seulement maintenant
Oui, c’est assez fou. J’ai 28 ans et j’ai décidé de me lancer à fond sur le circuit seulement depuis un an. Tout ça est encore assez nouveau pour moi, mais j’apprends tous les jours. Je sens que je progresse, que je prends confiance, et j’ai envie de voir jusqu’où je peux aller. Comme vous le disiez, je n’ai pas encore de classement, donc le premier objectif, c’est de l’obtenir le plus vite possible. Ensuite, j’aimerais aller le plus loin possible et voir où est ma limite.
"Il y a eu ce titre de championne de Suisse des moins de 16 ans (...) personne ne s’y attendait vraiment"
Chez les jeunes, vous aviez pourtant déjà montré de très belles choses. Vous pouvez revenir sur ce parcours ?
Oui. Quand j’étais plus jeune, à partir de 12 ans, j’ai commencé à me faire remarquer. J’ai gagné quelques tournois Tennis Europe, puis il y a eu ce titre de championne de Suisse des moins de 16 ans. C’était incroyable, personne ne s’y attendait vraiment. C’est à ce moment-là que je me suis un peu fait connaître en Suisse.
Et pourtant, après ce titre, vous avez voulu arrêter le tennis…
Oui. Avec le recul, je pense que c’est parce qu’à cet âge-là j’étais un peu rebelle. Et surtout, gagner les championnats de Suisse, c’était un peu mon rêve ultime. Sur le moment, j’ai eu l’impression d’avoir accompli ce que je voulais. Je me suis dit : “Voilà, c’est bon, j’ai fait ce que je voulais faire.” Beaucoup de gens pensaient que ce serait le début de ma carrière, mais moi, à ce moment-là, je n’avais plus forcément cette envie-là. Heureusement, mes parents ne m’ont pas laissée arrêter, et aujourd’hui je les remercie énormément pour ça.
"Je pars aux États-Unis à 21 ans, et c’est là que ma passion pour le tennis revient"
Le vrai tournant, c’est donc les États-Unis ?
Oui, clairement. Je pars aux États-Unis à 21 ans, et c’est là que ma passion pour le tennis revient vraiment. Là-bas, j’ai retrouvé une vraie détermination, une vraie motivation. En revenant des États-Unis, je me suis dit que j’avais envie d’essayer le circuit, pour de bon cette fois. Et aujourd’hui, je pense vraiment que c’est l’une des plus belles décisions de ma vie.
Qu’est-ce que vous êtes allée chercher aux États-Unis ?
Au départ, il y avait l’expérience humaine : être loin de chez moi, sortir de ma zone de confort, parler anglais, rencontrer de nouvelles personnes. Mais très vite, il y a eu surtout le tennis. J’avais envie de jouer à fond, de vivre le tennis dans un cadre différent, avec ce format universitaire en équipe qui est unique. Là-bas, on apprend énormément : les entraînements, les matches, l’intensité du collectif… Je pense que cela prépare aussi au circuit. J’y suis restée cinq ans, j’ai vraiment profité de cette expérience, et j’ai eu de très bons résultats.
Vous avez aussi validé un diplôme là-bas ?
Oui. J’ai obtenu un bachelor orienté vers les langues et les cultures. Les langues m’ont toujours intéressée, donc c’était quelque chose qui me correspondait bien.
"Je me suis rendu compte que j’avais encore cette flamme de joueuse"
À la fin de vos études, l’idée du circuit pro s’est imposée tout de suite ?
Non, pas tout de suite. Après mon diplôme, j’ai encore travaillé un an aux États-Unis comme coach. Je donnais des cours, je ne m’entraînais plus vraiment. Et c’est là que je me suis rendu compte que j’avais encore cette flamme de joueuse. Ensuite, je suis revenue, j’ai repris les tournois progressivement, sans faire les choses à moitié mais sans me précipiter non plus. Et c’est seulement en février 2025 que j’ai décidé de me lancer sérieusement, de manière professionnelle, avec une vraie équipe autour de moi.
On sait que le circuit des 15 000 dollars est compliqué financièrement. Comment gérez-vous cet aspect-là ?
Ce n’est pas facile. J’essaie de donner quelques cours de tennis chez moi pour m’aider un peu financièrement. Mais j’ai aussi la chance d’avoir mes parents qui me soutiennent dans ce projet. Quand je leur ai dit que je voulais vraiment tenter ma chance, ils ont été très contents. Ils ont toujours vu un potentiel en moi, et aujourd’hui on veut simplement voir jusqu’où je peux aller. Je suis très reconnaissante de ce soutien.
"Honnêtement, je ne sais pas encore où est ma limite, mais j’ai envie d’aller le découvrir"
Votre objectif principal cette saison ?
D’abord, obtenir un classement. Ça change beaucoup de choses, parce que jouer les qualifications à chaque fois, ce n’est pas simple. Cela use, et on n’arrive pas toujours dans les meilleures conditions pour le tableau principal. Donc l’objectif, c’est d’avoir un classement pour entrer plus facilement dans certains tournois, puis essayer ensuite de jouer un peu plus haut, de gagner en expérience et d’aller le plus loin possible.
Et le rêve ultime ?
Le rêve, ce serait de jouer les plus grands tournois du monde. Bien sûr, il y a les Grands Chelems, mais même jouer un WTA 250, 500 ou 1000, ce serait déjà incroyable. Honnêtement, je ne sais pas encore où est ma limite, mais j’ai envie d’aller le découvrir.
Publié le par Alexandre HERCHEUX