Guy Forget sur la menace de boycott : "Une idée saugrenue..."
INTERVIEWÀ l’approche de Roland-Garros 2026, Guy Forget a accordé une interview à Tennis Actu. Ancien joueur, ancien capitaine de Coupe Davis et ancien directeur du tournoi parisien, le Français, qui sera consultant pour France Télévisions à Roland-Garros, a livré un regard sans filtre sur les grands sujets qui agitent le tennis avant la quinzaine parisienne. Le forfait de Carlos Alcaraz, le statut de grand favori de Jannik Sinner, l’état de forme de Novak Djokovic, les attentes autour d’Arthur Fils, la pression sur Loïs Boisson, mais aussi la menace de boycott des Grands Chelems portée par plusieurs stars du circuit : Forget n’a esquivé aucun sujet. Et sur la question du prize money, le Français s’est montré particulièrement tranchant, jugeant “saugrenue” l’idée d’un boycott et rappelant que Roland-Garros reste, selon lui, “plus grand que n’importe quel joueur”.
ENTRETIEN Guy Forget pour Tennis Actu avant Roland-Garros 2026
"Roland-Garros est un monument, au même titre que le Louvre, le Tour de France ou la Tour Eiffel"
Guy Forget, déjà merci d’accorder une nouvelle fois un petit peu de temps à Tennis Actu. Comment allez-vous ? J’imagine que l’ancien joueur et ancien directeur de Roland-Garros a toujours hâte d’être à cette période de l’année.
Oui, bonjour tout d’abord. C’est vrai que c’est une période qui est toujours agréable, d’abord parce que c’est le début des beaux jours, le printemps est là, on commence à mettre des lunettes de soleil, les gens jouent au tennis dehors, en extérieur, sur terre battue pour certains. Et puis la perspective de Roland-Garros, c’est toujours une période qui est réjouissante, non seulement pour l’ensemble des Français, parce que je crois que Roland-Garros aujourd’hui est un monument, au même titre que le Louvre, le Tour de France ou la Tour Eiffel. Les gens du monde entier viennent voir ce tournoi, le suivent à la télévision pour ceux qui sont de l’autre côté du globe. Et on est très fiers, effectivement, en France, d’avoir un tournoi parmi les plus grands tournois du monde.
"Ce serait faire injure aux autres joueurs du plateau que de dire que le tournoi est gagné pour Jannik Sinner"
Sur Roland-Garros, il va quand même être particulier : pas de Carlos Alcaraz. Est-ce qu’on peut dire que Jannik Sinner, sur le papier, paraît seul au monde dans ce Roland-Garros ?
Oui, parce qu’au vu des derniers résultats, effectivement, Sinner est le grand favori. En plus, il a gagné tous les Masters 1000 qu’il a joués depuis le début de la saison, il a été impressionnant sur terre battue. C’est vrai que le forfait d’Alcaraz, vu que ces deux garçons dominent depuis maintenant pas mal de temps le tennis mondial... Je pense que les bookmakers le placent, effectivement, en position de grandissime favori. Après, tout peut se produire sur un tournoi. D’une part, parce qu’on n’est jamais à l’abri d’une surprise, d’une petite blessure. On l’a vu dans l’histoire, le brave Rafael Nadal lorsqu’il a perdu, vous vous souvenez, contre Söderling. Il y a toujours eu des surprises. Donc ce serait faire injure aux autres joueurs du plateau que de dire que c’est le tournoi est gagné pour Jannik Sinner.
Après, en plus, sur les Grands Chelems, c’est vrai qu’en cinq sets, je me fais un peu l’avocat du diable, mais les grandissimes favoris qu’ont été Djokovic, Nadal, Federer avaient un atout parce qu’ils géraient mieux la distance, leur état émotionnel que les autres. Ils étaient plus durs à battre à Roland-Garros, dans un tournoi du Grand Chelem, que dans un Masters 1000 par exemple. Et comme Sinner a gagné les Masters 1000 qu’il a disputés, c’est vrai qu’il sera très, très dur à prendre. Néanmoins, j’ai hâte de le voir et surtout de voir les autres joueurs du tableau, qui, lorsqu’ils joueront contre lui, n’auront vraiment rien à perdre.
"Le jeu et le tournoi sont plus grands que n’importe quel joueur ou n’importe quelle joueuse"
Vous avez été directeur de ce tournoi. À la place d’Amélie Mauresmo, on se dit quoi quand on voit l’annonce du forfait de Carlos Alcaraz ? Est-ce qu’on prend un coup derrière la tête dans ce genre d’annonce ?
Non, non. Et je vais vous dire pourquoi. Parce que tout simplement, je crois que l’histoire est en train de nous montrer une nouvelle fois que le jeu et le tournoi sont plus grands que n’importe quel joueur ou n’importe quelle joueuse. Je me souviens, il y a quelques années en arrière, on disait : “Ah là là, mais quand Roger va s’arrêter et Rafa, le tennis va souffrir.” C’est vrai, tant ce duel, cette opposition de style, était extraordinaire à regarder. Bien sûr, je garde Novak Djokovic dans le lot, alors qu’il est bien sûr en lice et qu’il va faire partie des autres stars de ce tournoi. On se rend compte que lorsque Rafa, malheureusement, et Roger ont quitté le devant de la scène, non seulement le tennis continue de passionner les jeunes et les moins jeunes, les billets se vendent toujours aussi bien et aussi vite, et l’intérêt pour ce sport est toujours présent.
Donc oui, les tournois du Grand Chelem, en partie Roland-Garros, sont vraiment les piliers de ce sport. Je crois que ce sont vraiment ces tournois-là qui excitent les gens et qui font les joueurs, les grands joueurs et les grandes joueuses. Donc tant que les gens se battront pour acheter des places et venir à Roland-Garros, l’essentiel est préservé. Le tournoi sera passionnant, il y aura des matches incroyables. J’espère qu’il y aura des Françaises et des Français qui vont aller loin dans cette quinzaine parce que, pour le public français, il est toujours chouette d’avoir un de nos compatriotes qui se distingue. Mais je ne suis pas du tout inquiet du forfait d’Alcaraz, même si on peut le regretter, parce que je fais partie de ceux qui adorent Carlos par la diversité de son jeu, par sa personnalité, par tout ce qu’il apporte aujourd’hui au tennis.
On imagine quand même qu’on va surveiller de très près la situation de Sinner et de Djokovic, en espérant que tout aille bien dans l’approche du tournoi.
Oui, bien sûr, parce qu’on aime voir les favoris aller en deuxième semaine. Mais tant bien même Sinner se blesserait ou se ferait surprendre en début de tournoi, on l’a vu par le passé, aussi bien chez les joueuses que chez les joueurs, l’engouement et l’intérêt du tournoi sont préservés. C’est pour ça que je suis... et je n’en ai pas parlé avec Amélie, mais je suis persuadé qu’elle partage mon analyse. Moi, je ne suis pas du tout inquiet pour la réussite de ce tournoi.
"Les joueurs et les joueuses sont dans un entourage qui parfois les incite à des prises de position maladroites, à une certaine cupidité aussi parfois"
Un sujet, finalement, qu’on n’a pas vraiment vu venir, c’est cette menace de boycott des tournois du Grand Chelem par certains cadors. Aryna Sabalenka, Jannik Sinner, Coco Gauff ne sont pas contre l’idée d’un boycott si leurs attentes concernant les prize money ne sont pas entendues. Ils réclament une plus grosse part du gâteau, 22 % même pour être précis. Est-ce que vous, en tant que directeur, vous avez été confronté à des doléances de ce type-là, des discussions un petit peu houleuses ? Est-ce que vous comprenez la situation actuelle ?
Écoutez, ce n’est pas nouveau parce que ça s’est produit déjà à de nombreuses reprises dans le passé. Et je peux d’autant plus en parler aujourd’hui que je ne suis plus du tournoi, donc j’ai une totale liberté et je me moque des répercussions ou des réflexions que les joueurs ou les joueuses vont pouvoir ressentir à mon analyse, après tout qui n’est que la mienne. Vous savez, je crois qu’aujourd’hui, d’abord, les joueurs et les joueuses sont dans un entourage qui parfois les incite à des prises de position maladroites, à une certaine cupidité aussi parfois.
Il ne faut pas oublier d’abord deux choses. La première, c’est que dans les années 1970, c’est un tournoi qui était déficitaire. C’est parce qu’on a eu un président à l’époque, Philippe Chatrier — d’ailleurs son nom est sur le court central —, qui a été un visionnaire et a investi de manière massive, justement, dans les loges, à développer ce tournoi. Et les années 1970, ce n’est pas si vieux que ça, c’est une cinquantaine d’années. Aujourd’hui, effectivement, le tournoi génère des bénéfices importants, mais les sommes que gagnent les joueurs et les joueuses aujourd’hui sont formidables. Je veux dire, Sabalenka a déjà gagné, je crois, entre 4 et 5 millions de dollars depuis le début de la saison. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas eu, avant, Martina Navratilova, Chris Evert, Steffi Graf, des joueuses et des joueurs qui ont participé au succès de ce tournoi.
"C’est un tournoi où, en 15 jours, les joueurs et les joueuses ont gagné entre 80 000 et 90 000 euros pour perdre au premier tour"
Et avec les investissements qui ont été consentis lorsque j’étais directeur du tournoi, on a investi 350 millions d’euros de nos fonds propres. On a encore des crédits qui courent pour rembourser. On n’est pas aidés par l’État, par les collectivités, pour investir dans notre outil de travail. Donc voilà, aujourd’hui, la Fédération a été gérée comme ça. Elle l’entretient, elle investit, et aujourd’hui, il est normal qu’elle récolte les bénéfices de son travail et de la prise de risque qu’elle a effectuée. Après, vous vous rendez compte, juste pour vous situer, parce que je crois que ce qu’il faut bien garder en tête, c’est que c’est un tournoi où, en 15 jours, les joueurs et les joueuses ont gagné entre 80 000 et 90 000 euros pour perdre au premier tour. C’est-à-dire que le joueur le plus médiocre va gagner aujourd’hui ce montant pour perdre 6-0, 6-1, ou la joueuse en 45 minutes, tout en sachant aussi que le prize money augmente de presque 15 % chaque année.
"Si certains ou certaines ont l’idée, à mon avis saugrenue, de boycotter, libre à eux de le faire"
Vous connaissez beaucoup, aujourd’hui, de métiers où les joueurs ou les salariés sont augmentés chaque année de 15 % ? C’est formidable. Et je trouve qu’au lieu de dire aujourd’hui : “Écoutez, on est reconnaissants parce que depuis dix ans, les prize money ont plus que doublé, c’est extraordinaire, contentons-nous aujourd’hui de profiter, de faire la promotion de notre jeu, de dire qu’on a de la chance d’être là, on a un bel outil, le tennis se porte bien”, on trouve que non, ce n’est pas assez, on voudrait gagner plus, plus, plus, plus. Et je le répète une nouvelle fois, le tournoi est plus grand que n’importe quel joueur. Donc si aujourd’hui certains ou certaines ont envie, je dirais, et ont l’idée, à mon avis saugrenue, de boycotter, libre à eux de le faire. Mais je peux vous dire que les gens continueront d’acheter les places et de venir à Roland-Garros. Parce que Roland-Garros est une fête. C’est un lieu qui est mythique. C’est un temple, le temple du tennis sur terre battue aujourd’hui.
Et je pense que les trois quarts des joueurs, pour ne pas dire les neuf dixièmes, seront bien contents de venir passer un tour et de prendre peut-être 150 000 euros pour perdre au deuxième tour. Finalement, ils sont pas mal rémunérés pour deux jours de travail.
"Il n’y a pas de joueur ou de joueuse plus égoïste qu’un joueur qui joue au tennis"
Et l’argument un petit peu de l’esprit collectif, disons-le comme ça, de dire : “On veut aussi plus pour ceux qui sont moins bien placés”, est-ce que vous pensez que c’est un peu hypocrite finalement ? Disons les mots.
Le joueur de tennis, comme le golfeur d’ailleurs, c’est un sport individuel. Il n’y a pas de joueur ou de joueuse plus égoïste qu’un joueur qui joue au tennis. On ne pense qu’à soi, on ne pense qu’à son intérêt. Et les gens qui gravitent autour de vous, c’est-à-dire les agents, les entraîneurs, les préparateurs physiques, les attachés de presse, gagnent leur vie grâce à vous. Donc ils ont tout intérêt, à un moment donné, à vous inciter à gagner plus, plus, plus, plus. Je crois que Rafael Nadal avait été assez intelligent par rapport à ce sujet. Il avait, en coulisses, essayé de faire en sorte que le prize money continue d’évoluer dans le bon sens, c’est quelqu’un de responsable. Mais de dire aujourd’hui : “On estime que nous, on doit avoir un pourcentage sur les recettes d’une entreprise qui fonctionne bien et qui investit...” C’est comme si un acteur de cinéma disait : “Moi, je veux aujourd’hui tant.”
Écoute, voilà ce qu’on propose. Si tu veux jouer, viens jouer ton rôle d’acteur dans un théâtre. Et si tu ne veux pas venir jouer, quelqu’un d’autre prendra ta place. Donc demain, il y aura d’autres Aryna Sabalenka, il y aura d’autres joueurs qui gagneront deux fois ce qu’ils gagnent aujourd’hui. Et à ce moment-là, j’espère qu’ils seront assez malins, en tout cas, pour dire : “On a de la chance”, plutôt que de dire : “On ne gagne pas assez.” En plus, dans chaque tournoi, ils ont la possibilité — et ce qui n’était pas mon cas à l’époque où je jouais, nous, on payait tout, on payait nos billets d’avion, on payait nos hôtels quand j’ai commencé — aujourd’hui, dans la plupart des tournois ATP, tout est pris en charge : leur hôtel, leurs repas.
"Vous imaginez, vous jouez, vous gagnez presque entre 350 000 et 400 000 euros pour perdre quatre fois au premier tour"
Et finalement, c’est une chance de pouvoir aujourd’hui vivre comme ça dans les quatre tournois du Grand Chelem. Vous imaginez, vous jouez, vous gagnez presque entre 350 000 et 400 000 euros pour perdre quatre fois au premier tour. Et puis il y a tous les autres tournois ATP et les tournois WTA, vous allez gagner encore au moins la même chose. Donc aujourd’hui, des joueurs qui sont classés aux alentours de la 100e place, pour certains, vont gagner entre 800 000 et un million d’euros dans l’année, juste sur le terrain. Je ne parle pas après des contrats sportifs, des garanties, des exhibitions et tout le reste. Donc oui, on peut toujours demander plus. Enfin, moi, j’aimerais bien avoir 20 ans aujourd’hui. Je peux vous dire que si j’étais à la place de Sabalenka aujourd’hui, je dirais : “Merci à Björn Borg, merci à Roger Federer de me permettre aujourd’hui de vivre aussi bien le métier de joueur professionnel.”
"Ce serait presque maladroit de coller à Arthur Fils l’étiquette de remplaçant de Yannick Noah"
On va aller un petit peu sur l’aspect sportif. Forcément, beaucoup d’attente chez les Français. C’est une année où Arthur Fils arrive avec un nouveau statut. Il faut avoir quelles attentes envers le numéro 1 français, à votre avis ?
Je suis toujours très prudent quand je parle d’Arthur, et je le dis avec beaucoup d’affection. Il faut le laisser tranquille, qu’il gère bien sa barque. Aujourd’hui, il est arrivé à un niveau de sa carrière où on commence à avoir une vue assez précise de ce qu’il peut donner quand il est bien. Et quand il est bien, c’est du très, très haut niveau, et il est encore perfectible. Donc il est aujourd’hui capable de battre presque tous les meilleurs joueurs du monde à la régulière, à la manivelle, comme diraient les cyclistes, parce qu’il est puissant, il est rapide, il est très bon techniquement. Dans les moments importants, il va essayer de gagner le match, il va le chercher, ce qui est une qualité qu’on ne trouve pas chez tous les joueurs. Donc il fait partie aujourd’hui, c’est vrai, des outsiders à Roland-Garros, qui peuvent prétendre aller peut-être dans le dernier carré. En deuxième semaine, c’est sûr. Dans le dernier carré, peut-être.
Mais ce serait, je trouve, presque maladroit aujourd’hui de mettre la charrue avant les bœufs, de lui coller l’étiquette de remplaçant de Yannick Noah. Laissons-le faire, se préparer, évoluer dans ce tournoi, en analysant chacun de ses matches — et j’espère qu’il y en aura beaucoup — avec lucidité et beaucoup d’enthousiasme, parce qu’il a un jeu qui est spectaculaire. Et puis s’il gagne dans la douleur, ce n’est pas grave. On espère qu’il récupérera bien pour le match suivant. Profitons de chacun des matches qu’il va jouer sans pour autant regarder le sommet. C’est comme un alpiniste qui partirait : “Je vais essayer de gravir l’Everest.” Mais bon, il y a le camp de base, le camp numéro 2, le camp 3, le camp 4, et puis il faut les faire les uns après les autres. On ne gravit pas l’Everest comme ça du premier coup. Donc il faut beaucoup d’humilité, beaucoup de patience, beaucoup de persévérance aussi, pour pouvoir arriver peut-être à un moment donné, un jour, au sommet.
"Je n’ai pas envie qu’on le ralentisse dans sa progression"
On a vu certains anciens, actuels consultants étrangers, parler d’Arthur Fils en disant : “Oui, il a le potentiel pour gagner un Grand Chelem, c’est celui qui a le plus les moyens de rejoindre le club Alcaraz-Sinner.” Vous, c’est ce que vous nous dites, que finalement, ce genre de pensées, il faut éviter ? Ça va dans le mauvais sens finalement ?
Moi, je n’ai pas envie qu’on le ralentisse dans sa progression. Je pense qu’on le dérange par des pensées parasites. Lui, aujourd’hui, il a un rêve, il a un objectif, qui est d’aller le plus loin possible. Et de lui dire tout d’un coup : “C’est lui qui va aller prendre les coupes et venir à Roland-Garros”... Doucement. Est-ce qu’il est aujourd’hui du niveau de Sinner et Alcaraz ? Non. Ils ont gagné plusieurs Grands Chelems. Ils se partagent tout, là, les deux aujourd’hui, l’Italien et l’Espagnol. Donc c’est aujourd’hui aller vite en besogne que de le mettre dans cette même catégorie. Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’il gagne déjà des tournois et des gros tournois. J’en suis sûr, il gagnera à un moment donné peut-être plusieurs Masters 1000. Mais commençons par en gagner un ou deux. Et puis après, le Grand Chelem, ce sera l’étape suivante.
Mais il est en pleine progression aujourd’hui. Il a traversé une période très dure avec son corps qui l’a lâché. Il s’est posé beaucoup de questions à ce moment-là. Donc là, il y a une phase de reconstruction où il doit se régaler aujourd’hui de sentir qu’il n’a mal nulle part et qu’il gagne des matches. Et c’est ça aujourd’hui, à mon avis, qui est le plus important chez lui. Après, les autres consultants, les gars des autres pays, on aime bien faire des déclarations comme ça à l’emporte-pièce. “Ah oui, celui-là, il va faire ci, il va faire ça.” Combien de fois j’ai entendu : “Ce joueur-là, Zverev, c’est celui qui va détrôner Federer, qui va prendre la relève.” Et c’est Medvedev, et c’est Zverev, et c’est Tsitsipas, c’est eux qui vont gagner tous les Grands Chelems. Il n’y a pas longtemps, il y a trois ans en arrière, on disait ça. Et aujourd’hui, ils se sont fait dépasser par Sinner et Alcaraz.
Donc allons-y de manière très prudente. Et une fois que certains de ces joueurs auront gagné quelques Masters 1000, voire des Grands Chelems, on pourra commencer à les comparer à Sinner et Alcaraz. Pour l’instant, profitons du plaisir de le voir sur le terrain, Arthur, et ne lui mettons pas une pression supplémentaire. C’est déjà assez compliqué comme ça.
"Loïs Boisson part un peu dans l’inconnu, par rapport à ce qui a pu se produire l’année dernière"
En juin l’année dernière, le PSG, fin mai-début juin, a gagné la Ligue des champions. Mais il y a aussi Loïs Boisson qui avait fait rêver la France à cette même période. Elle arrive tout autrement, cette fois. J’ai envie de vous demander : comment gérer ce Roland-Garros pour Loïs Boisson ? Est-ce que ça va être difficile finalement, parce que les Français vont en attendre beaucoup, sans forcément savoir ce qui a pu se passer pour elle ces derniers mois ? Je parle pour ceux qui suivent le tennis de moins près.
Ce ne sera pas simple pour elle de lui dire : “Alors cette année, il faut refaire comme l’année dernière”, parce que le contexte est différent. Elle a eu des pépins physiques, elle est en recherche de confiance, elle a peu de victoires derrière elle, sachant qu’elle va être attendue aujourd’hui par rapport à son parcours magnifique de l’année dernière. Non, ça va être très dur, très dur, parce que la compétition est rude. Il y a d’autres joueuses qui jouent très bien en ce moment, qui sont en pleine forme et qui sont largement devant elle, en tout cas au niveau des favorites.
Donc je crois qu’il faut qu’elle joue match après match, se dire que si elle l’a fait, elle peut le refaire, mais elle part un peu dans l’inconnu, par rapport à ce qui a pu se produire l’année dernière. Elle va être attendue, elle va jouer des joueuses fortes assez vite. Et j’espère qu’elle retrouvera cette insouciance, cette fraîcheur qu’elle avait, qui était extraordinaire l’année dernière. Les joueuses la connaissent, connaissent ses points forts et ses points faibles. Donc toutes les joueuses vont se méfier beaucoup plus d’elle maintenant que l’année dernière.
Si Gaël Monfils sent le public avec lui...
Pour conclure, on va rappeler que vous allez être consultant. Vous allez voir beaucoup de matches. Avant ça, est-ce que vous pouvez vous risquer à un petit prono sur ce Roland-Garros 2026, et peut-être un coup de poker ?
C’est dur de ne pas mettre Sinner aujourd’hui sur le podium. Peut-être Sabalenka aussi chez les filles, puisque l’année dernière, on se souvient qu’elle avait le match en main, elle s’est battue toute seule face à Coco Gauff. Donc je dirais que chez les garçons et chez les filles, ce sont les deux qui sont, à mon avis, un petit peu au-dessus du panier. Après, pour les surprises, il peut y en avoir beaucoup. J’espère qu’il y aura un Français, bien sûr Arthur. Mais j’aimerais que Gaël fasse un... Il ne va pas aller tout au bout, forcément, mais je suis convaincu que s’il sent le public, s’il gagne quelques matches facilement au début, à l’approche de la deuxième semaine, il aura à cœur de tout donner.
Chez les filles, il y a toujours beaucoup, beaucoup de surprises. Donc c’est dur d’en voir vraiment une qui se détache. J’adore Muchova par le style de jeu qu’elle a. Elle ne fait pas partie des favorites, mais on l’a vue faire des matches fantastiques à Roland-Garros. J’aime bien les oppositions de style. J’aime bien voir des garçons, des filles, qui pratiquent un tennis différent et qui vont peut-être, à un moment donné, créer des surprises.
On va patienter sagement. On attend Roland-Garros et vos commentaires sur France Télévisions pour suivre les matches.
Avec grand plaisir.
Publié le par Alexandre HERCHEUX