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Luca Van Assche : "Je me suis remis dans le droit chemin"

INTERVIEW
Mis à jour le par Alexandre HERCHEUX

Après plusieurs mois de galère, de blessures, de défaites et de doutes, Luca Van Assche a retrouvé la lumière en remportant à Estoril le premier titre ATP de sa carrière. Une semaine fondatrice, marquée par des combats en trois sets, une victoire de prestige contre Andrey Rublev et une finale remportée au mental. Mais derrière le trophée, le Français de 22 ans revient surtout de loin. Habitué à gagner chez les juniors puis rapidement installé dans le Top 100, il avait mal vécu sa chute au classement et s’était même demandé : "Est-ce que c’est vraiment ça que j’aime faire ?"

Vidéo: Luca Van Assche avec Tennis Actu après son premier titre ATP

Dans une longue interview accordée à Tennis Actu, Luca Van Assche a raconté cette période compliquée, la construction de sa nouvelle identité de jeu et les changements qui lui ont permis de repartir de l'avant. Désormais titré sur le circuit ATP, le Tricolore ne veut pas s’arrêter là et souhaite prouver qu’il peut être performant tout au long de l’année.

 

Luca, lorsque tu t’es réveillé au lendemain de ton premier titre ATP, quelle a été ta première pensée ?

J’étais super content, super fier, forcément, de ce titre, de cette semaine. Donc oui, j’étais encore un peu dans les nuages, presque comme si la nuit n’avait pas vraiment eu lieu.

 

Tu as eu du mal à réaliser, finalement, même avec le trophée en main et tout ce qui s’était passé ?

Oui, c’est sûr. Sur le moment, je me rends compte quand même que j’ai gagné le tournoi, que j’ai gagné un titre ATP. Après, c’est sûr que, voilà, une semaine avant, j’étais encore sur mon premier tour et je n’avais pas encore fait de demi-finale sur le circuit ATP, pas encore énormément de victoires. Donc forcément, c’était quelque chose de très nouveau. Et puis, le réveil lundi était assez tôt. La nuit n’a pas été très longue. J’étais encore dans l’euphorie, un peu dans l’après-match.

 

"Je retiens surtout la ténacité que j’ai eue"

Quelle est l’image que tu garderas, celle qui te restera en tête de ce titre à Estoril ?

Je pense que ce sont surtout tous les matchs, les gros combats que j’ai faits. Je repense à tous les matchs où je passais quand même par des moments difficiles, parce que j’ai eu quatre matchs sur cinq en trois sets. Et ceux en deux sets étaient quand même très accrochés. J’ai eu beaucoup de moments où le match était très serré. J’ai dû vraiment me battre, trouver des solutions, accepter parfois de moins bien jouer, que l’autre joue bien aussi, des retournements de situation. Je retiens surtout, je pense, la ténacité que j’ai eue et l’aspect combatif tout au long de la semaine.

 

Tu as plus ou moins répondu à ma prochaine question. Qu’est-ce qui a le plus changé dans le regard que tu portes maintenant sur toi-même ? Est-ce que c’est le déclic face à Andrey Rublev ou vraiment le fait d’avoir été au bout qui change quelque chose ?

Je pense qu’il y a deux choses qui étaient très bien cette semaine. Forcément, l’aspect mental, où j’ai réussi à garder un niveau de jeu élevé toute la semaine. Dans une semaine, il ne peut pas y avoir que des hauts. J’ai bien réagi pour revenir à un bon niveau. C’est une satisfaction.

L’autre satisfaction, c’est quand même mon niveau de jeu. Le mental, ça fait beaucoup, mais mine de rien, c’est le tennis aussi qui fait la différence. Le niveau de jeu a été élevé tout au long de la semaine et je suis très content, surtout, de la manière dont j’ai pu m’exprimer sur le court et de sentir que j’ai été efficace.

 

"Je me posais la question : est-ce que c’est vraiment ça que j’aime faire ?"

Tu avais confié que, pendant la période la plus difficile, tu te demandais si c’était vraiment ça que tu aimais. Jusqu’où sont allés les doutes ? Est-ce que tu as imaginé prendre un peu de distance avant, finalement, de remonter la pente ?

C’est sûr que c’était une période assez compliquée. En fait, ce que j’ai souvent dit, c’est que, quand j’ai joué en juniors et au début de ma carrière, j’ai beaucoup été habitué à gagner. En juniors, j’ai gagné un Grand Chelem juniors, j’étais numéro un de mon âge en juniors, donc j’ai beaucoup gagné pour monter dans ce classement-là. Après, assez rapidement, je suis monté sur le circuit ATP et dans le Top 100. C’est assez exceptionnel, sachant que j’étais parti de tout en bas, de zéro. J’ai atteint le Top 100 très rapidement, j’ai beaucoup gagné en Challenger et je n’ai pas vraiment eu de moments, entre guillemets, "difficiles". De remise en question, je n’en ai pas vraiment eu, parce que ma trajectoire ne faisait que monter.

Avec le temps, c’est très rare, les personnes qui montent sans s’arrêter. À un moment, je me suis retrouvé sur le circuit ATP, avec tous les joueurs qui sont extrêmement forts, et je me suis rendu compte que la réalité du circuit n’était pas la même que lorsque j’ai commencé en Futures, où j’ai beaucoup gagné, ou même en juniors. Quand je jouais en juniors, la réalité que j’avais, c’était d’être dans le Top 10 juniors. C’est presque la même chose que d’être Top 10 ATP. Mais lorsque tu arrives à la 100e place mondiale, le ratio de victoires et de défaites est souvent, on va dire, nul : tu gagnes autant que tu perds à peu près tout au long de l’année.

 

"Au début, je ne l’ai pas très bien vécu"

Et ça, forcément, au début, je ne l’ai pas très bien vécu. Je me posais tout le temps des questions. Je me disais : si, à un moment, je n’arrive plus à gagner, c’est qu’il y a un problème, qu’il y a quelque chose que je fais moins bien. Et parfois, non, c’est juste la vie d’un joueur qui a ce classement-là. Mais moi, je trouvais ça difficile. Je commençais à me poser des questions : est-ce que, dans mon jeu, il y a quelque chose qui ne va pas ? Est-ce qu’il faut changer quelque chose ? J’étais un peu trop négatif là-dessus.

Après, je suis entré dans une spirale un peu plus compliquée. Je commençais à perdre plus de matchs. Ce sont de petits détails, au final. Des petits matchs que tu dois gagner et, finalement, tu les perds. Il ne se passe pas grand-chose, mais je suis descendu assez loin au classement. J’ai aussi eu de petits problèmes physiques à un moment. Tout ça a fait que je suis descendu assez loin. C’était aussi différent parce que j’étais habitué à toujours gagner, à toujours monter. Et là, de redescendre, je l’ai un peu moins bien vécu. J’étais aussi trop concentré sur les résultats en tant que tels, sur le match gagné, le match perdu, le point gagné, le point perdu, et pas sur ce que je mettais vraiment en place sur le terrain et quelle était ma vision ambitieuse sur le long terme.

 

"Je me suis vraiment remis dans le droit chemin"

Je dirais que j’étais concentré sur la dernière frappe que j’avais faite, le dernier point que j’avais joué, et pas dans une vision globale. Du coup, ça m’a amené à avoir des réflexions un peu plus larges que sur le résultat. Je me suis rendu compte que, forcément, lorsque tu perds beaucoup et que tu ne te sens pas très bien, tu te poses des questions. Mais on n’a quand même qu’une vie, donc on aimerait quand même la vivre de manière belle, si possible. Je me posais la question : est-ce que c’est vraiment ça que j’aime faire ?

Après beaucoup de discussions avec les gens, avec mon équipe, je me suis rendu compte que ce que je n’aimais pas, ou ce qui me faisait me poser cette question-là, c’était surtout les résultats. Ce n’était pas le fait de voyager ou d’être loin de sa famille. Ce n’était pas ça que je vivais mal. C’étaient plutôt les résultats et tout ce qui était lié aux résultats. Après, avec le recul, je me suis dit qu’il fallait juste accepter que le circuit est dur, que tous les joueurs sont juste monstrueux. Je me suis vraiment remis dans le droit chemin, sur ce que je devais faire sur le terrain, sur les tournois, être ambitieux, être concentré aussi sur une vision à long terme et pas seulement sur l’instant présent, voir plutôt le travail en général. Et puis les résultats ont suivi petit à petit. Quand tu te trouves dans une bonne spirale, c’est aussi plus facile.

 

Est-ce qu’il y avait de la peur ? Est-ce que, par moments, tu te disais que le train était passé et que, finalement, tu ne réussirais plus à remonter ?

Non, pas vraiment parce qu’au fond, je sentais quand même que j’avais un bon niveau de jeu, que je pouvais, en tout cas, être capable de revenir avec mon niveau de jeu. Après, il faut juste accepter que ça prend du temps. Parce qu’en Challenger, pour remonter dans le Top 100, il faut vraiment gagner énormément. Ce n’est pas parce que tu gagnes un ou deux tournois que, directement, tu reviens. Il faut accepter d’en gagner beaucoup, beaucoup. Tu ne peux pas revenir en un ou deux mois. Il faut accepter que ça prenne six mois à un an, parfois plus.

 

"Ma carrière n’était pas morte"

Tout à l’heure, tu parlais de ton parcours brillant en juniors. Tu as aussi évolué avec une génération assez exceptionnelle. Est-ce que ça a été difficile de voir les autres réussir, notamment Arthur et Giovanni (Arthur Fils et Giovanni Mpetshi Perricard), qui ont connu des hauts et des bas, mais qui ont réussi à se stabiliser ?

Moi, je suis content pour eux quand ils réussissent. Je n’ai vraiment pas du tout de jalousie par rapport à ça. Quand Arthur a bien performé, j’étais surtout super content pour lui. Avec tous les moments que nous avons eus ensemble, je me rappelle surtout qu’on était en juniors et que, même au début des Challengers, on faisait tout ensemble. C’était une vie dont on rêvait parce qu’on était encore loin d’y arriver. Donc voir ton pote qui réussit, forcément, tu es super content pour lui.

Et surtout que moi, même si, évidemment, je ne suis pas encore au classement d’Arthur ni à celui de Giovanni, j’étais quand même plutôt bien aussi. Ce n’est pas comme si j’étais bloqué en Futures et que lui était Top 10. J’étais quand même sur le même circuit qu’eux. Pour le moment, ils avaient de l’avance, mais j’étais quand même toujours très jeune et bien classé. Donc, on va dire que ma carrière n’était pas morte à côté. S’ils réussissaient leur carrière et que moi, ma carrière, je n’arrivais pas à la faire, peut-être que là, ça aurait été différent. Mais ce n’était pas le cas. J’étais surtout super content pour eux.

 

Lorsque tu étais dans le dur, est-ce que tu as discuté avec tes potes pour avoir un peu de soutien et peut-être des points de vue différents ? Quels soutiens as-tu eus durant cette période ?

C’est sûr. Avec les joueurs, en général, j’ai parfois parlé à quelques joueurs aussi, parce qu’on se rend compte que tous les joueurs vivent un peu la même chose. Il y a plein de joueurs qui se retrouvent confrontés à des difficultés, parfois différentes. Moi, c’était : j’ai du mal à revenir dans le Top 100. D’autres ont rencontré d’autres difficultés. Mais je pense que chacun en rencontre. J’ai pu discuter avec plusieurs joueurs et le fait de savoir que quasiment tout le monde passe par la même chose, ça tranquillise aussi. Tu te dis que tu n’es pas le seul à parfois galérer. Et puis, forcément, je m’entends très bien avec tout le monde et je sais que ça leur a fait plaisir, je pense, que je revienne à ce niveau.

 

"Toute l’année, tous les jours, tous les matchs, je dois jouer de la même manière"

Le joueur a évolué entre celui qui était au-delà de la 200e place mondiale et celui qui vient de gagner son premier titre ATP. Tu as beaucoup parlé de la volonté de te construire une identité de jeu. Comment définirais-tu le Luca Van Assche de maintenant, la bonne version de Luca Van Assche ?

On a beaucoup travaillé sur cette identité de jeu. Elle était déjà assez claire ces dernières années, mais je pense que, depuis que j’ai commencé à travailler avec Sébastien Villette à la fin de l’année dernière, c’est vraiment quelque chose sur lequel on a appuyé pour qu’elle soit vraiment ancrée de manière très précise.

Évidemment, je n’ai pas révolutionné mon jeu, mais il fallait qu’elle soit vraiment très stable tout le temps. Il fallait éviter un peu les moments où je le fais très bien, donc ça marche bien, puis, parfois, je le fais moins bien et ça part. En tout cas, on a vraiment travaillé sur le fait que, toute l’année, tous les jours, tous les matchs, même en jouant très mal, je joue de la même manière. C’est en jouant de la même manière que je vais être plus performant.

 

On sait que, parfois, le sentiment de revanche fonctionne, que ce soit parce qu’on a perdu un match contre quelqu’un ou de manière plus générale. Est-ce que tu as eu ce sentiment-là, qui a pu t’aider ? On te voyait très haut puis, forcément, quand on est moins bien, on a moins de coups de téléphone. Est-ce que cela t’a aussi servi de carburant, de te dire que tu voulais retourner au premier plan et montrer que toi aussi tu avais ta place ?

Non, pas forcément. En fait, moi, je joue vraiment pour moi. Ce que les autres pensent, je m’en fiche un petit peu. Je joue vraiment pour que je me sente bien, pour que je fasse la meilleure carrière possible. Et puis, de toute façon, quoi que tu fasses, il y aura toujours des gens qui seront là pour te critiquer et pour te dire qu’il y a des choses que tu pourrais mieux faire.

Mais moi, j’ai confiance en moi et dans l’équipe. On sait où on va. Je fais au maximum et je suis content de la manière dont ça se passe maintenant. Mais non, je ne suis pas dans un sentiment de revanche. Surtout que, pour moi, ma carrière est quand même plutôt sympa. C’est encore le début, je n’ai que 22 ans, donc j’ai encore plein de choses à vivre devant moi. Il faut surtout que j’essaie de les vivre de manière positive.

 

"Ce que les autres pensent, je m’en fiche un petit peu"

Maintenant que tu as trouvé, on va dire, une carburation et que tu as les idées claires sur ce que tu dois faire pour être performant, quel est le danger ? Qu’est-ce qu’il faut éviter pour rester au niveau que tu veux atteindre ?

Il faut vraiment que je reste concentré sur ce qui marchait bien ces derniers mois. Il ne faut pas que je retourne dans l’analyse constante du résultat pur, du point, du match, etc., mais plutôt voir les progrès dans l’ensemble. Évidemment que j’arrive à faire mon premier titre, donc je vais pouvoir bien faire et gagner, mais aussi respecter mon jeu, mon identité de jeu, mes intentions. C’est ça qui m’a fait performer et c’est ça qui me fera performer aussi dans le futur. Il faut que je reste comme ça, pour me prouver que ça marchait bien et qu’il fallait continuer.

 

En conclusion, que peut-on te souhaiter pour la suite ? J’imagine que le premier titre ATP, c’est une belle case de cochée. Est-ce que tu as des cases logiques qui te viennent en tête maintenant ?

Moi, forcément, j’ai surtout envie de continuer à bien jouer, de continuer à bien me sentir sur le terrain, sentir que je travaille bien, que mon jeu progresse dans la bonne direction. Après, je n’ai pas forcément envie de donner d’objectifs de résultats sur certains tournois spécifiques, parce que je veux continuer de construire ce que je fais.

Je pense que ce qui est important, surtout, c’est de sentir que je peux être performant chaque semaine de l’année, et pas seulement sur un ou deux tournois dans l’année. Que chaque semaine, je vais partir avec l’idée de bien jouer. Et après, j’espère que les résultats suivront. Évidemment, je sais que j’ai envie de bien jouer sur les Grands Chelems, sur les Masters 1000, etc. Mais j’ai surtout envie de sentir que je peux être performant tout au long de l’année.

Publié le par Alexandre HERCHEUX

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