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Mansour Bahrami : "J'ai joué parce que le tennis m'était interdit..."

INTERVIEW
Mis à jour le par Alexandre HERCHEUX

Mansour Bahrami n’a rien perdu de son franc-parler. Dans son livre, Mansour Bahrami, Face-à-Face, disponible depuis le 30 avril, l’ancien joueur franco-iranien se raconte entre souvenirs personnels, Iran, France, dopage, matchs truqués et passion intacte pour le tennis. Dans un entretien accordé à Tennis Actu, il revient sur son parcours, ce tennis qu’il a découvert enfant alors qu’il lui était “interdit”, mais aussi sur Roland-Garros 2026. Pour Bahrami, Jannik Sinner peut viser le titre Porte d’Auteuil, mais Novak Djokovic reste un danger : “Si Djoko arrive en finale, tout peut arriver.” L’homme de spectacle a aussi évoqué Arthur Fils, qu’il veut voir protégé de la pression, et Loïs Boisson, encore freinée par les blessures. Une interview tendre et passionnée.

Mansour Bahrami a répondu aux questions de Tennis Actu

 

Le livre est disponible ICI

 

"J’ai joué au tennis parce que c’était un tennis interdit pour moi"

Dans votre livre, vous avez évoqué beaucoup de sujets personnels, forcément. Vous êtes devenu une figure de joie, de spectacle, d’humour. Est-ce que ce côté showman, c’était une manière de répondre aussi à la dureté de votre parcours et de ce que vous avez vécu humainement ?

Non, ça n’a rien à voir. Moi, j’ai joué au tennis dès l’âge de 5-6 ans. Ça a été un jeu. Je n’ai pas joué au tennis pour devenir riche ou pour gagner de l’argent parce que quand j’ai appris, il n’y avait pas d’argent, on n’avait rien au tennis. C’était, je crois, dans les années 60. J’ai joué au tennis parce que c’était un tennis interdit pour moi, parce que c’était un tennis pour les riches. Et donc, voilà, c’est pour ça que je me suis dit : parce qu’on ne me laisse pas jouer, je veux le retrouver, c’est ça que je veux faire. C’est pour ça que je suis devenu joueur de tennis.

Dès le départ, c’était un jeu. Ce qu’il y a de spectacle, je l’ai toujours. Dès l’âge de 12-13 ans, c’était un plaisir de faire rire les gens. Il y avait des gens qui s’arrêtaient en me voyant taper contre le mur, des balles contre le mur, avec une pelle ou avec un bout de bois que je trouvais par terre, parce que je n’avais pas de raquette. Puis ils étaient étonnés. Comment je pouvais taper des balles entre les jambes, derrière le cou et tout ça. Et puis c’est resté. Et comme je n’avais jamais eu d’entraîneur au tennis, j’ai appris tout seul. C’est pour ça aussi que je joue de cette manière, et puis ça plaît aux gens. Les gens me le disent. Ils passent de bons moments. Moi, je passe de très bons moments avec eux. Ce sont eux qui me donnent l’énergie de venir sur le court et jouer pour eux, et partager mon plaisir, ma joie de jouer au tennis avec eux.

 

"On parle un peu de tout, de l’Iran, de la France et de ces beaux pays dans lesquels on vit, et puis de tennis, de dopage"

Vous parlez du côté showman, du plaisir de partager. Dans votre livre, vous évoquez aussi des thèmes un peu plus durs, notamment les matchs truqués et le dopage. Pourquoi avoir choisi ces thèmes, finalement, qui sont un peu tabous dans le tennis ?

Oui, écoutez, moi je parle un petit peu de tout dans le livre. Ce livre, c’est un dialogue, si vous voulez, entre deux amis. J’ai mon ami Hamid Gharavi, qui est un Franco-Iranien, qui est un avocat mondialement connu, un avocat international. Et l’idée, c’est lui qui m’a proposé de faire un livre ensemble. Et c’est deux amis qui se parlent. Puis parfois, on a l’impression qu’il y a une cour et qu’on est jugés. Donc c’est mon ami qui a des questions contradictoires, parfois il me pousse à m’ouvrir, à parler des choses que, comme vous dites, parfois c’est tabou, et on va en parler.

Donc, c’est une très belle histoire d’amitié. On parle un peu de tout, de l’Iran, de la France et de ces beaux pays dans lesquels on vit, et puis de tennis, de dopage. Je pense que c’est très bien d’avoir un sport propre. Dans tous les sports, il y a du dopage, il y a des gens qui trichent. Il faut en parler.

 

Vous dites que finalement, vous n’avez pas forcément tout anticipé dans ce que vous avez révélé. Si vous avez retenu une chose que vous ne pensiez pas, que vous n’aviez pas imaginé dire durant cet entretien, est-ce qu’il y a quelque chose qui vous a marqué ? Un sujet ou quelque chose vraiment de marquant ?

Non, franchement, je suis capable de dire ce que je dis dans ce livre, qui est un livre, en plus, qui est préfacé par John McEnroe et Björn Borg. Donc c’est un livre qui est surtout fait sur une longue amitié entre mon ami Hamid Gharavi et moi. Ça peut être parfois rigolo, parfois émouvant. J’ai surtout envie que les gens qui le lisent aient plaisir à le lire, comme nous, on a eu le plaisir de le faire.

 

"Si Djoko arrive en finale, tout peut arriver..."

Ce Roland-Garros 2026 arrive. On imagine que vous allez suivre de près, comme chaque année. J’ai une question directe : est-ce que Jannik Sinner sera seul au monde, selon vous, pour aller chercher son premier Roland-Garros ?

Écoutez, c’est vrai qu’il est un excellent joueur, c’est un joueur hors du commun. C’est sans Alcaraz [Carlos Alcaraz], en plus. S’il reste entier et qu’il n’a pas de problème de santé, ce que je ne souhaite pas, j’espère qu’il sera en pleine forme, je pense qu’il peut gagner le tournoi sans problème. Ceci dit, du fait qu’Alcaraz n’est pas là, peut-être que Djoko [Novak Djokovic], il se dit : peut-être qu’il y a une chance de gagner mon 25e Grand Chelem. Ça lui donne plus de courage et plus d’envie. On le connaît, c’est un joueur tellement exceptionnel qu’on ne sait jamais. S’ils ne sont pas du même côté de tableau, ils peuvent très bien se retrouver en finale. Et si Djoko arrive en finale, tout peut arriver.

 

"S’il est en pleine forme, on peut voir un Arthur Fils faire un quart ou une demie"

Guy Forget disait à Tennis Actu qu’il fallait laisser un petit peu Arthur Fils tranquille, dans le sens où il ne fallait pas lui mettre trop de pression parce qu’il va dans le bon sens. Est-ce que vous partagez un petit peu cet avis ?

Oui, oui, je suis tout à fait d’accord avec Guy. C’est vrai que les joueurs de tennis assez jeunes, ils n’ont pas besoin de pression supplémentaire sur les épaules. Peut-être que ce serait pas mal de ne pas trop en parler, pour le laisser jouer tranquillement. Et surtout, qu’il soit en pleine forme, qu’il ne soit pas blessé. Et je pense que s’il est en pleine forme, qu’il n’a pas de blessure, on peut voir un Arthur Fils qui peut éventuellement, peut-être, faire un quart ou une demie. Ce serait génial. 

 

Vous voyez encore une barrière aujourd’hui pour faire plus qu’une demi-finale ou un quart de finale ?

Oui. Écoutez, c’est déjà arrivé qu’il y ait un joueur qui est cinquantième, qui arrive et qui gagne le tournoi. Ça peut arriver, on ne sait jamais, c’est du sport. Et si tout le monde part du principe qu’il va gagner, ce sera fabuleux, magnifique pour le tennis, pour le tennis en général et surtout pour le tennis français. Mais je pense que s’il arrive en quart ou en demie, moi je serai très, très content pour lui, pour nous, le tennis. Il ne faut pas oublier qu’il a été souvent blessé et là, ça fait trois mois qu’il joue presque normalement. Et ce qu’il a fait, c’est fabuleux : gagner un tournoi, faire le Masters de Madrid, c’était en demi-finale je crois, et il joue très bien.

Et s’il continue comme ça, écoutez, c’est pour ça que vous êtes en train de parler de qui va gagner, ça, c’est lui mettre une pression en plus. Je ne crois pas qu’on peut dire qu’il faut gagner. S’il arrive en quart ou en demie, moi je serai très heureux pour lui.

 

"Je ne vois pas comment Loïs Boisson pourrait faire la même chose cette année"

Du côté des femmes, Loïs Boisson, l’année dernière, avait pu faire quelque chose de presque irréel avec une demi-finale. Personne ne l’attendait, elle a fait rêver la France. Là, cette année, c’est plus difficile, les blessures, un retour difficile. Comment faire pour qu’un exploit aussi magnifique ne devienne pas finalement un poids pour elle ? C’est difficile, l’approche pour ce Roland-Garros ?

Écoutez, ça va être très, très compliqué. La pauvre, elle est blessée tout le temps. Donc moi, je ne vois pas comment elle pourra faire la même chose avec toutes les blessures qu’elle a depuis l’année dernière et la fatigue de ne pas jouer. Elle a fait deux, trois matchs. Ce n’est pas possible. C’est impossible, dans ces conditions-là, de refaire encore la même chose qu’elle a faite l’année dernière. Moi, tout ce que je lui souhaite, c’est qu’elle soit en pleine forme, en bonne santé, pour qu’elle puisse jouer, je ne sais pas, trois, quatre, cinq, six années devant elle, jouer son tennis pleinement, pour savoir jusqu’au bout à quel niveau elle peut monter.

Mais là, je vois un match ou deux dans l’année, on ne peut pas se prononcer sur elle. Je ne peux rien dire. Franchement, je ne sais pas. Elle ne s’entraîne pas normalement, elle ne peut pas jouer, elle est handicapée. Donc ça va être très compliqué.

 

Est-ce qu’il y a un Français ou une Française qu’on n’a pas cité ? Un joueur que vous allez suivre particulièrement ou un joueur qui vous intrigue un petit peu ?

Non, on a de très bons joueurs en France. Vous savez, on a de très bons joueurs en France. On est le pays où il y a le plus de joueurs dans les 100 meilleurs joueurs du monde. Je pense qu’on est en premier, on doit avoir 12, 13 joueurs dans les 100 premiers. Aucune autre nation n’a 13, 14 joueurs dans les 100 premiers. Après, vous savez, dans le tennis, tout peut arriver. Humbert [Ugo Humbert], même s’il dit que la terre battue, ce n’est pas sa meilleure surface, il faut compter avec lui. Un petit Perricard [Giovanni Mpetshi Perricard], c’est un très bon joueur. Si son service marche, il peut faire mal à beaucoup de monde. Après, on a des joueurs qui sont 35, 40, et tous ces joueurs-là.

Avec un peu de santé, voilà, ils ont le public avec eux. À mon avis, ils doivent prendre ça pour un bonus plutôt que pour un handicap. Mais parfois, nos joueurs, ils se mettent des tensions complémentaires sur leur dos, parce qu’ils pensent qu’on les attend trop. C’est vrai, le public attend. Le public aime que les Français gagnent, moi en premier. Mais après, je n’ai aucune envie de nuire à leur performance. Donc c’est à eux aussi de montrer que vous jouez chez vous, vous avez votre public. Juste régalez-vous, allez jouer, faites-vous plaisir, c’est tout.

 

"J’ai juste envie de voir les gens avec le sourire"

Pour conclure, vous parliez de pression. Rassurez-nous, vous serez en forme pour faire le show sur les courts ? 

Moi, j’ai juste envie de donner du plaisir et de partager le plaisir que j’ai. Moi, à chaque fois que je rentre sur le court, je suis l’homme le plus heureux du monde. Donc voilà, moi, j’ai envie d’être sur le court. Si je meurs sur le court demain, franchement, ça m’est égal. J’ai juste envie de voir les gens avec le sourire. Quand ils partent de mon court, j’ai envie de les voir, leur visage, avec beaucoup de sourires, contents.

 

On va rappeler que votre livre est disponible depuis le 30 avril. Pour vos fans, il ne faut pas hésiter à y aller.

Vous pouvez l’acheter dans toutes les librairies, à la FNAC, ou vous pouvez le commander sur Amazon.fr, en anglais et en français.

Publié le par Alexandre HERCHEUX

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