Iga Swiatek, agacée par un journaliste : "Ne me gâchez pas ça"
Open d'AustraliePlacée tout en bas du tableau, Iga Swiatek [2] débutera son Open d'Australie 2026 face à une qualifiée, la Chinoise Yue Yuan. Sur le papier, la Polonaise a un démarrage “gérable” avant des pièges. Marie Bouzkova puis Anna Kalinskaya pourraient se présenter au deuxième tour puis au troisième. Son quart est très dense : Naomi Osaka [16], Belinda Bencic [10], Liudmila Samsonova [18] et surtout Elena Rybakina [5] se trouvent sur la même route potentielle avant le dernier carré. En conférence de presse, Swiatek a été peu frustrée par un journaliste qui a évoqué le tableau. La Polonaise ne regarde pas ses futures adversaires et n'a pas apprécié.
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"Ne me gâchez pas ça. Je veux être surprise après chaque match..."
Le modérateur : Iga, bon retour à Melbourne. Peux-tu nous dire comment ta préparation s’est passée ces dernières semaines avant le tournoi ?
Iga Swiatek : Oui, j’ai eu quelques jours d’entraînement vraiment solides. Le tournoi à Sydney m’a donné beaucoup d’énergie. Je suis contente d’être de retour. Oui, je me suis amusée.
Sachant que Naomi Osaka et Elena Rybakina pourraient être sur ta route, as-tu ajusté ta stratégie ou ta gestion d’énergie ?
Iga Swiatek : Je ne regarde pas le tableau, donc merci pour l’info. Non, ce n’est pas une blague. Je ne le fais vraiment pas. Alors s’il vous plaît, ne me gâchez pas ça. Je veux être surprise après chaque match. Non, parce que je ne le savais pas. Voilà.
"Honnêtement, j’aime bien jouer contre des gars"
Comment tu repenses à ton expérience au 1 Point Slam ? Tu as éliminé quelques gars. Quand tu es entrée sur le court et que tu as joué Cobolli, tu as vraiment lancé le truc à fond. Comment tu as vécu ça ? Tu le referais ?
Iga Swiatek : Avec Frances, je n’avais pas grand-chose à faire. Je lui ai un peu mis la pression en dehors du court pendant qu’on attendait (sourire). Non, mais c’était super. Vraiment, c’était très drôle. Tout le monde regardait. Et même en dehors du court, beaucoup de gens disaient qu’ils étaient assez émus par ça.
C’est sympa. C’est quelque chose de nouveau, de rafraîchissant. Je pense que c’est ce dont le tennis a besoin : des événements comme ça. Oui, jouer contre Flavio, c’était vraiment fun. Honnêtement, j’aime bien jouer contre des gars. Je l’avais déjà fait en double mixte. Là, j’ai eu l’impression que je devais vraiment le pousser. Quand il avait l’occasion d’ouvrir le court, je n’étais jamais loin. La moitié des joueurs, je pense, a pris ça au sérieux ; l’autre moitié, non. Moi, j’étais là : je m’échauffais, j’étais prête. Je voulais vraiment faire un échange en diagonale revers avec Frances, mais je n’en ai pas eu l’occasion.
Est-ce que tu joueras l’an prochain ?
Iga Swiatek : Oui, si je suis invitée. J’espère.
"Le Grand Chelem en carrière, ce n’est pas un objectif clair avec lequel je me réveille le matin"
Le Grand Chelem en carrière (le Career Slam) joue-t-il un rôle dans tes objectifs, dans ta réflexion ? Est-ce que tu y pensais dans l’avion en venant ici ?
Iga Swiatek : Je pense que vous y pensez plus que moi. Je l’entends. Non, mais honnêtement, depuis le début de l’année, beaucoup de gens viennent m’en parler. Mais je me concentre vraiment sur le travail au quotidien. Ça a toujours été comme ça pour moi. C’est comme ça que j’ai pu atteindre le niveau de réussite que j’ai déjà : en avançant, match après match. Gagner un Grand Chelem, c’est dur. Il faut que beaucoup de choses se mettent en place pour y arriver. Oui, c’est un tournoi difficile. Donc je n’ai pas d’attentes. Évidemment, ce serait un rêve qui se réalise. Mais ce n’est pas un objectif clair avec lequel je me réveille le matin. Je pense plutôt à la façon dont je veux jouer, à ce que je veux améliorer, jour après jour.
Ça fait un moment que tu travailles avec Wim. Au début de votre relation, vous parliez beaucoup de variété, de l’importance d’en ramener dans ton jeu. Aujourd’hui, comment décrirais-tu ton style, notamment l’équilibre entre agressivité et variété ?
Iga Swiatek : Je pense que je peux faire les deux. Dans la plupart des matchs, tout dépend surtout de la qualité que tu apportes. Bien sûr, il y a des jours où je me sens… je ne sais pas… en défense, je peux être comme un mur et tout remettre. Mais parfois, je rate des coups faciles, ou c’est l’inverse. Honnêtement, au tennis, c’est difficile pour moi de décrire ça de manière globale, parce que ça change parfois d’un jour à l’autre. Il faut s’adapter et être toujours prête. Je n’ai pas envie qu’on dise que je suis une joueuse offensive ou une joueuse défensive. Si tu veux être au sommet, tu dois savoir faire les deux.
Sur la variété, je pense que j’ai encore une marge. Je peux davantage slicer, monter plus au filet. Je le fais plus qu’avant, oui, mais parfois je suis encore un peu “rouillée” ou je retombe dans mes schémas habituels au lieu de chercher quelque chose de nouveau. Wim m’encourage à faire ça. Le problème, c’est qu’on n’a pas toujours le temps de le travailler. Donc je ne sais pas toujours si je dois l’utiliser en match, parce qu’entre les tournois, on travaille surtout sur les bases. En présaison, tu as du temps pour essayer de nouvelles choses — mais c’est seulement trois semaines, au moins pour moi. C’est un sujet délicat. Si j’avais six mois sans jouer, j’apprendrais probablement beaucoup. Mais je dois toujours me préparer pour un tournoi. Donc je pars avec ce que j’ai et j’essaie d’améliorer ça autant que possible, semaine après semaine.
"Tout va très bien avec le jet lag en Australie"
Je demande à plusieurs joueurs à propos du décalage horaire. On sait qu’il y a eu des soucis liés à la mélatonine que tu avais prise pour gérer ça. Comment ça t’a affectée cette année ? Quelles techniques as-tu mises en place ?
Iga Swiatek : Tout va très bien avec le jet lag en Australie, parce que je viens toujours d’Europe en novembre ou décembre : c’est sombre, parfois gris. Se réveiller avec du soleil dehors, c’est honnêtement le meilleur remède contre le décalage horaire. En Australie, je me sens presque toujours bien. Le pire jet lag, je l’ai en Chine. Parce que tu arrives fatiguée, en fin de saison, tu vois ? Mais ensuite ça va, surtout quand on va aux États-Unis : c’est aussi plus facile parce que tu te réveilles plus tôt.
C’est même plutôt agréable, honnêtement, pour quelqu’un comme moi qui se réveille à 10h ou 11h : d’un coup, je me réveille à 6h, et ça me va très bien. Quand je rentre chez moi, c’est dur, mais je ne joue pas de tournoi à ce moment-là, donc personne ne s’en soucie. Enfin… moi, je m’en soucie, mais le monde s’en fiche.
Est-ce que tu as eu l’occasion de regarder le film Wicked ? Qu’en as-tu pensé ?
Iga Swiatek : Oui, je l’ai vu. C’était super. Pour quelqu’un qui ne connaît pas l’histoire du Magicien d’Oz, ça peut être un peu confus, parce qu’honnêtement, j’étais avec des amis, et l’un d’eux n’avait pas vu Le Magicien d’Oz : il était là, “Quoi ?” C’est un sujet un peu “piège”, parce qu’ils combinent tout ce qui se passe dans Le Magicien d’Oz avec Wicked. Je trouve qu’ils ont vraiment bien réussi. J’ai beaucoup aimé la façon dont Ariana a joué certains moments plus profonds vers la fin, et on voit comment son personnage évolue.
Cynthia Erivo est aussi incroyable. Franchement, je l’ai beaucoup aimée. J’ai aimé aussi qu’elle puisse chanter avec n’importe qui sur l’équipe, peu importe qui : sa voix collait parfaitement à l’autre voix. Cynthia… oui, j’ai vraiment apprécié. La prochaine fois, je le regarderai seule, parce que mes amis parlaient tout le temps. Je n’arrivais pas à me concentrer.
As-tu vu la comédie musicale quand tu étais à New York ?
Iga Swiatek : Non, je ne l’ai pas encore vue, parce que je voulais d’abord voir le film. Mais je vais la voir, c’est sûr. Je pense qu’à Londres, j’irai.
"Depuis que j’ai commencé à gagner beaucoup d’argent, honnêtement, ça m’a un peu perturbée : j’étais contente, évidemment, mais aussi confuse"
Tu as créé ta fondation l’an dernier. À quel point c’est important pour toi de “rendre” quelque chose ? Est-ce que c’est aussi une façon de te recentrer, d’échapper un peu au bruit et aux discussions autour des Grands Chelems et de la place de n°1 ?
Iga Swiatek : Non, ça n’a rien à voir avec ça, parce que j’avais honnêtement prévu de le faire depuis des années — depuis 2022, littéralement. Je pense que c’est aussi important pour moi, parce que je fais quelque chose en dehors du court qui a du sens. Depuis que j’ai commencé à gagner beaucoup d’argent, honnêtement, ça m’a un peu perturbée : j’étais contente, évidemment, mais aussi confuse, parce que ça n’a pas toujours été comme ça. Ce n’est pas comme si on avait toujours eu de l’argent pour que je puisse continuer.
Je sais aussi à quels types de difficultés de jeunes athlètes peuvent faire face. Je voulais utiliser mes ressources — financières, mais aussi l’expérience de mon équipe — pour les aider à franchir certains obstacles. Je pense qu’on n’est pas le plus grand pays, mais c’est un pays assez grand. On pourrait avoir plus de grands athlètes. Et je pense qu’à un moment, beaucoup se heurtent à des obstacles qu’ils ne peuvent pas vraiment surmonter. J’espère aussi donner l’exemple : que d’autres personnes investissent davantage — de l’argent privé — dans le sport, parce qu’en Pologne, c’est assez difficile de trouver des sponsors. Il faut que quelqu’un soit vraiment passionné pour aider. Et le tennis n’est pas un sport si populaire. Et dans beaucoup de sports, comme l’athlétisme, les athlètes doivent littéralement travailler à côté pour vivre, en plus de leur activité sportive. Je pense que ça pourrait être mieux. Parce qu’être athlète, c’est un métier difficile. Et ça apporte aussi beaucoup aux autres : c’est inspirant. J’aimerais qu’ils puissent juste se concentrer sur ça et devenir les GOAT dans leur discipline.
J’étais curieux de savoir comment tu as digéré la United Cup. Ça doit être une sensation incroyable de gagner un titre pour la Pologne. Mais ça a peut-être été différent : être heureuse du résultat, tout en te disant que tu aurais pu faire mieux personnellement. Comment as-tu évalué tout ça ?
Iga Swiatek : Oui, c’est sûr : perdre un simple, ce n’est jamais une bonne sensation. Mais d’un autre côté, à la United Cup, j’ai gagné tous mes simples et on a quand même perdu. Donc j’ai surtout essayé d’apprécier le moment et d’être heureuse d’avoir l’opportunité de gagner le titre, parce qu’au final, c’est une compétition par équipes. Et puis, en dehors du court, l’ambiance, les bons liens entre les joueurs, c’est une grande partie de l’événement. Je me suis dit que je pouvais peut-être contribuer un peu à ça, même si je ne rapportais pas de points sur le court. Donc oui, j’étais vraiment contente. Honnêtement, je me suis beaucoup amusée. La dernière fois que je me suis autant amusée après une victoire, c’était après Wimbledon. Donc ça faisait un moment. Je pense que c’est quelque chose de très positif pour le tennis polonais. J’espère que ça restera dans les mémoires.
Publié le par Alexandre HERCHEUX