Zverev : "On n'est pas tous Sinner ou Alcaraz, ils gagnent 50M"
Open d'AustralieAlexander Zverev a dominé Learner Tien 6-3, 6-7(5), 6-1, 7-6(3) ce mardi 27 janvier à Melbourne, en quarts de finale de l’Open d’Australie 2026. Tête de série 3 et finaliste sortant, l’Allemand retrouve le dernier carré après un match accroché, conclu au forceps dans un dernier jeu décisif. Porté par un service efficace, Zverev a signé 24 aces et seulement 1 double faute. Qualifié pour les demi-finales, sa troisième de suite à Melbourne, Zverev attend désormais le gagnant du quart entre Carlos Alcaraz [1] et Alex de Minaur [6] pour connaître son prochain adversaire.
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"Cette question ne vaut plus la peine d’être posée"
Félicitations, Sascha. De retour en demi-finales à l’Open d’Australie. À quel point Learner vous a-t-il impressionné aujourd’hui, et combien a-t-il progressé depuis votre dernière rencontre ?
Oui, c’est un très bon joueur. Très différent de l’an dernier, c’est sûr. C’était incroyable de voir comment il jouait du fond. J’ai trouvé qu’il jouait de façon incroyable. Pour gagner, je pense que mon service a été très important pour moi, parce que du fond, encore une fois, il jouait très, très bien. Il y a eu beaucoup de situations où j’ai pu m’appuyer sur mon service, ce qui a été assez important aujourd’hui.
Par rapport aux années précédentes, sur la Rod Laver Arena, l’ambiance semble très différente : l’attention est sur votre service, beaucoup de soutien du public, plutôt que sur votre vie personnelle. Vous vous sentez différent cette année ?
Je pense que cette question ne vaut plus la peine d’être posée.
"Ces dix derniers jours, je me suis senti en bonne santé et sans douleur, ce que je n’avais pas ressenti depuis longtemps"
Quand vous repensez à vos Grands Chelems, à quel moment estimez-vous avoir été à votre meilleur niveau, et comment comparez-vous les dix derniers jours à cet “idéal” ?
Ces dix derniers jours, je me suis senti en bonne santé, ce qui est très agréable, et sans douleur, ce que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. Probablement depuis douze mois. C’est donc un bon point de départ pour moi. Je me sens bien. J’ai l’impression de bien jouer. Je suis heureux sur le court parce que je joue sans douleur et à un bon niveau. Bien sûr, gagner aide toujours. Quand vous gagnez, automatiquement, en tant qu’athlète, vous êtes plus heureux. Mon meilleur tennis, je dirais probablement Roland-Garros 2022, quand je me suis blessé. C’était sans doute mon meilleur tennis.
L’an dernier, vous parliez d’échanges avec Rafael Nadal sur le mental et ce genre de choses. On a l’impression que vous jouez avec davantage de liberté dans ce tournoi. Si vous pensez qu’il y a un changement, à quoi l’attribuez-vous ?
Oui, encore une fois, je vais être ennuyeux, mais je pense que le plus grand changement sur les douze derniers mois, c’est d’être sans douleur, comme je l’ai dit. C’est une lutte constante. Quand vous gérez des blessures, quand vous avez des douleurs, des gênes, et quand vous sentez que vous ne pouvez pas faire chaque mouvement librement, c’est aussi épuisant mentalement. Ensuite, vous osez peut-être moins sur vos frappes. Vous vous appuyez peut-être moins sur votre corps. Donc ça, oui. Mais j’ai aussi travaillé mon jeu. J’ai travaillé mon jeu agressif, j’en ai beaucoup parlé. J’ai travaillé mes premières frappes après le service, mon premier coup droit après le service, peut-être un peu plus de service-volée aussi. Si ces choses fonctionnent pour moi, alors je pense que le succès suivra.
"Eux gagnent 50 millions de dollars par an (rires). On n’est pas tous Carlos et Jannik"
Pour rebondir sur l’aspect blessures : vu où vous en êtes dans votre carrière et votre expérience, est-ce que vous pourriez jouer moins de tournois ? Je sais qu’il y a des pénalités et ce genre de choses, mais est-ce que vous pourriez vous dire : “je m’en fiche des pénalités, je veux juste être en forme”, comme Carlos et Jannik l’ont fait en zappant Montréal l’an dernier ?
Oui, mais eux gagnent 50 millions de dollars par an (rires). On n’est pas tous Carlos et Jannik. Je ne me plains pas du tout de ma vie. Je suis très content de mon compte en banque aussi, je ne dis pas le contraire, mais c’est un peu différent. Roger, à un moment, à la fin de sa carrière, jouait peut-être dix tournois par an. Novak joue maintenant dix tournois par an. C’est très différent. Mais oui, je pense que je vais devoir m’ajuster. L’an dernier, mon calendrier était fou, surtout au début de l’année. J’adore l’Amérique du Sud, vraiment. J’adore les pays, j’adore l’expérience d’y être. Mais ce n’était probablement pas une décision très intelligente d’aller à Buenos Aires. Peut-être que j’aurais dû sauter ça et aller à Rio. Ensuite enchaîner directement Acapulco, puis Indian Wells : ça faisait beaucoup d’affilée, surtout après mon parcours en finale ici. C’est là que mes problèmes ont commencé, parce que j’étais mentalement fatigué, et quand vous êtes mentalement fatigué, les blessures arrivent aussi. Je dois faire mieux là-dessus, mieux planifier. Mon calendrier est très différent cette année après l’Open d’Australie. C’est un apprentissage. C’est aussi comprendre que le corps vieillit peut-être un peu, qu’il se fatigue peut-être davantage au fil des matches. Là, maintenant, je veux me concentrer sur ici et jouer mon meilleur tennis sur les deux prochains matches.
Avec l’envie de gagner un Grand Chelem, comment la pression change-t-elle quand vous arrivez à ce stade du tournoi ?
En fait, j’ai l’impression que les meilleurs ressentent le plus de pression au début (sourire), pour ne pas sortir tôt. Maintenant, qui que je joue en demies, Carlos ou Alex, ce sont de grands joueurs. Vous avez juste hâte de jouer un match fantastique. C’est ça qu’on attend. Bien sûr, dans mon cas, je cours encore après ce Grand Chelem. Je veux évidemment y arriver, mais je veux aussi prendre du plaisir sur le court. Et en ce moment, c’est ce que je fais, et c’est le plus important pour moi.
Sascha, le toit était fermé, donc vous n’avez sans doute pas ressenti la chaleur. Mais quel effort cela représente-t-il, surtout pour vous avec votre diabète, même avec le toit fermé ? Qu’est-ce que ça vous a coûté ?
Avec le toit, ce sont des conditions parfaites. Il fait un bon 24 degrés avec la climatisation. C’est génial. J’adorerais jouer avec le toit fermé à chaque match, donc ce n’était pas difficile à cause des conditions. C’était difficile physiquement, mais pas à cause des conditions.
Vous vous êtes échauffé dehors, à l’extérieur, avant le match ?
Oui, oui.
Et c’était comment ?
Oui, il faisait chaud (rires).
Pouvez-vous citer deux ou trois choses dans le jeu de Learner qui se sont améliorées depuis votre dernière rencontre ? Et vous avez aussi un excellent bilan contre les gauchers : y a-t-il quelque chose dans votre jeu, ou une clé que vous avez trouvée, qui neutralise ce qui est souvent considéré comme un avantage des gauchers contre les droitiers ?
Oui, souvent les gauchers aiment charger en coup droit sur votre revers. Surtout des balles hautes côté revers. Moi, j’adore frapper les revers hauts (sourire), donc ça, c’est probablement une des raisons. L’autre, c’est que j’ai grandi avec un gaucher : mon frère. J’ai donc joué contre des gauchers toute ma vie. Concernant Learner, ce qui m’a le plus impressionné, c’est… j’en ai parlé avec mon équipe après : j’ai eu le sentiment de ne pas avoir une zone sur le court où je pouvais juste mettre la balle et me sentir “hors danger”. Peu importe la vitesse, peu importe la hauteur : si je frappais fort mais dans sa raquette, il utilisait ma vitesse pour rediriger la balle. Si je frappais un peu moins fort, il prenait la balle tôt et il agressait lui-même. J’ai eu le sentiment qu’il n’y avait pas vraiment d’endroit où vous pouviez poser la balle pour relancer l’échange tranquillement, et c’était assez impressionnant. Ce n’était pas le cas l’an dernier, donc il a beaucoup progressé là-dessus. Et je pense qu’il faut aussi créditer Michael Chang. Ce qu’il fait avec lui est phénoménal. Oui, il est sacrément fort en ce moment.
Publié le par Alexandre HERCHEUX