Bienvenu Bolangi, de la guerre au Congo à la Mouratoglou Academy
Rodez (M15)Il y a encore moins de deux ans, l'avenir sportif de Bienvenu Bolangi oscillait entre basket-ball et tennis. Aujourd'hui, le Congolais s'entraîne à la Mouratoglou Academy, possède un classement ATP et dispute les qualifications des Internationaux de Rodez. Originaire de Goma, dans le Nord-Kivu, Bolangi a grandi avec une raquette. Son père, Modeste, était lui-même une figure du tennis congolais. Mais faute de moyens pour voyager et disputer des tournois, le jeune homme s'est progressivement tourné vers le basket. À 17 ans, quelques mois seulement après avoir découvert sérieusement la discipline, il rejoint une équipe de première division avant de devenir capitaine et de poursuivre son parcours au niveau professionnel au Rwanda.
Le tennis n'avait pourtant jamais totalement disparu. Avec son salaire de basketteur, Bolangi continuait à acheter des raquettes et du matériel pour jouer lorsqu'il en avait l'occasion. Un appel de la sélection congolaise de Coupe Davis va finalement le ramener sur les courts.
Trois jours enfermé dans une salle de bains à Goma
Puis tout bascule début 2025. Revenu à Goma sans savoir s'il devait poursuivre dans le basket ou revenir définitivement au tennis, Bolangi se retrouve au cœur des combats. Pendant trois jours, il reste enfermé dans une salle de bains alors que les affrontements font rage autour de lui. À la reprise des communications, il reprend contact avec une famille américaine rencontrée plusieurs années auparavant grâce au tennis. Eve Thompson et Richard Robinson vont jouer un rôle déterminant pour l'aider à quitter la région. Alors que la situation sécuritaire se détériore encore, Bolangi quitte finalement sa famille avec quelques affaires, une petite valise et deux raquettes, avant de rejoindre Kinshasa en passant par le Rwanda et l'Éthiopie. Après plusieurs difficultés administratives, il obtient finalement un visa Schengen. Première étape en Espagne, à la Soto Tennis Academy, puis direction la France et la Mouratoglou Academy, à Biot.
Une banque congolaise finance six mois chez Mouratoglou
Le principal obstacle reste alors financier. S'entraîner sur la Côte d'Azur représente un coût considérable pour un joueur encore très loin des places permettant de vivre du circuit. Une banque congolaise, Rawbank, décide toutefois de soutenir son projet et finance l'équivalent de la moitié d'une année à la Mouratoglou Academy. D'autres soutiens privés complètent son budget. En parallèle, son histoire va bientôt faire l'objet d'un documentaire, produit par Eve Thompson et Richard Robinson, qui ont suivi et filmé une partie de son parcours entre la RDC et l'Europe.
Sportivement, un premier tournant intervient en mai au Challenger de Brazzaville. Invité dans les qualifications après des désistements, Bolangi remporte ses matchs et accède au tableau principal. Sa victoire 6-1, 6-3 contre Cheik Pandzou Ekoume lors du premier tour des qualifications est notamment répertoriée. Cette semaine-là lui permet de décrocher ses premiers points ATP et de devenir le premier joueur de République démocratique du Congo à intégrer le classement ATP. Quelques semaines plus tard, il apparaissait au 1565e rang mondial. Le Congolais est désormais à Rodez, où il doit passer par les qualifications du tournoi M15 disputé sur dur indoor. Tête de série n°5 des qualifications, il est opposé au jeune Français Albin Colette pour tenter de poursuivre son aventure.
Publié le par Alexandre HERCHEUX