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Daria Kasatkina : "J'ai vécu tant de choses, mais j'ai déjà oublié"

Roland-Garros
Mis à jour le par Sebastien CLAUDE

Après une défaite dès son entrée en lice à l'Open d'Australie, Daria Kasatkina a retrouvé le chemin de la victoire en Grand Chelem. Ce lundi 25 mai, au premier tour de Roland-Garros, l'Australienne a disposé de Zeynep Sonmez en deux manches, 6-4, 6-4. Au tour suivant, Daria Kasatkina retrouvera la Suissesse qualifiée Susan Bandecchi. Lors de son passage en conférence de presse, après sa victoire, la demi-finaliste de Roland-Garros 2022 est notamment revenue sur l'importance de la confiance sur un court de tennis, elle qui avait connu un passage à vide important sur la dernière année, et son changement de nationalité. 

Daria Kasatkina après son premier tour à Roland-Garros

 

Retrouvez ICI le tableau complet du simple messieurs de Roland-Garros 2026

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"J'ai montré que mon mental était au rendez-vous"

Bravo pour ta victoire contre une adversaire de taille ! Peux‑tu nous parler un peu de ce match et de ton ressenti ?

C'était un match très serré. Les conditions étaient difficiles. Je suis ravie d'avoir réussi mon entame en lice dans des conditions aussi difficiles. Peu importe ces conditions, je suis ravie des efforts déployés, je suis fière de la manière dont j'ai pu gérer le match.

 

Tu as dit que tu as dû traverser beaucoup de…

De « merdes » ?

 

Oui. Est‑ce que tu es ravie d'avoir traversé le Rubicon ?

Eh bien, j'ai le sentiment de ne pas avoir produit le tennis le plus fabuleux, mais c’étaient des conditions très chaudes. La balle rebondissait vite, elle allait un peu partout. On a commencé à jouer à 11 heures. C'était le premier match de la journée, et le premier match du Grand Chelem, aussi, donc il y avait beaucoup de choses à gérer.

Il y a quelques semaines, j'aurais certainement perdu ce match. Aujourd'hui, j'ai été en mesure de le remporter, peut‑être pas en déployant le meilleur tennis, mais tout de même, j'ai rendu une copie honorable et c'est cela, le plus important.

Même quand on sort des difficultés, cela ne signifie pas que l'on a forcément déployé le meilleur du tennis. Ce n'est pas comme cela que le tennis fonctionne. C'est juste une question d'état mental. Aujourd'hui, j'ai montré que mon mental était au rendez‑vous et c'est cela, le plus important.

 

On a beaucoup parlé de confiance, surtout quand on a une mauvaise suite d'échecs. Comment est‑ce qu'on en sort ?

Cela n'arrive pas du jour au lendemain, malheureusement. On ne peut pas l'infuser comme une piqûre. Il s'agit de créer un momentum.

Bien sûr, un tir peut changer quelque chose, peut changer la donne. Et puis, il y a des fois où l'on peut gagner cinq fois de suite, et on ne récupère pas cet état de grâce.

J'ai toujours dit que c'est très facile de perdre cet état de grâce, et très difficile de le récupérer. On ne peut pas forcément le contrôler. La meilleure façon de pouvoir récupérer quelque chose et d'avoir un contrôle, c'est de se battre sur chaque point. On ne peut pas juste travailler sur sa confiance. La seule chose que l'on puisse faire, c'est essayer de se battre pour chaque balle.


En fait, c'est pour cela que c'est si facile de le perdre, c'est parce qu'on ne peut pas le contrôler.

 Oui, malheureusement. Ce sentiment est si épuisant. On peut perdre cela avec une défaite cuisante, ou avec un coup boisé. Votre confiance en soi, votre niveau, ne doivent pas dépendre de la confiance en soi, parce que ce n'est pas le plus important. Rafa, Roger, Novak ont foulé le court et gagné, quel que soit leur niveau de confiance en eux.

 

Quand les conditions soient aussi difficiles, notamment quand on a l'impression que Roland‑Garros, c'est un peu l'Open d'Australie, qu'est‑ce que vous vous dites avant le match ? Comment vous vous préparez ? Quand vous foulez le court, quel est le discours que vous vous tenez dans votre tête ? Quelle est la bataille intérieure qui est la vôtre ?

Je ne me rappelle pas la dernière fois où il a fait aussi chaud à Roland‑Garros. Peut‑être un jour, mais là, il semblerait que l'on va avoir cette chaleur pendant toute la semaine. Quand on voit les conditions, quand on anticipe ces conditions pour le prochain match, on se prépare mentalement, déjà. Et puis physiquement, cela peut quand même être très difficile. Même pendant le match, vous avez pu voir, nous avions un ascenseur émotionnel toutes les deux.

Il ne s'agit pas simplement de se lever de notre chaise et de jouer. On joue la plupart du temps dehors, de toute façon, en plein air. C'est une bataille qu'il faut aussi jouer. C'est celle qui s'acclimate le plus, le mieux, qui va avoir l'ascendant. Bien sûr, ce serait différent si c'était un jeu en indoor, mais ce n'est pas le cas.

 

À cette époque, l'année dernière, c'était ton premier Grand Chelem en tant qu'Australienne. Un an après, tu es passée par tellement d'événements. Est‑ce que tu peux nous dire ce que tu as traversé, et ce que tu ressens, par rapport à l'année dernière ?

J'ai vécu tant de choses, mais j'ai déjà tout oublié. Vous savez, c'est cela qui arrive. On essaie simplement de traverser les périodes difficiles. Et puis, on se retrouve quelque part, et on oublie toutes les difficultés. C'est comme cela que votre cerveau fonctionne.

L'année dernière, surtout à la fin de l'année, c'était difficile. Il a fallu que je finisse la saison tôt, et il m'a fallu aussi avoir une pause plus longue. Cela m'a beaucoup aidée. J'étais épuisée mentalement. Je n'avais pas la motivation, je n'avais pas l'énergie pour être compétitive.

Au début de l'année, j'avais d'autres problèmes, j'avais l'énergie, mais j'étais trop lasse. Je me fatiguais beaucoup. Je voulais trop gagner, donc je n'arrivais pas à contrôler mes émotions. C'était un problème complètement différent. Il fallait ensuite que je gère ces émotions‑là, et cela fait partie du jeu également. Cela fait aussi partie du travail mental que l'on doit poursuivre. Les batailles mentales sont plus difficiles à livrer et à résoudre. Mais je pense que l'on traverse tous cela.

 

Ce deuxième set, quelle importance a‑t‑il revêtu ? Parce qu'il y a eu des montagnes russes en termes de confiance, compte tenu de tout ce que tu as traversé, tu en as parlé, le niveau de tennis, etc. Où est ton niveau de tennis selon toi ? Comment l'évaluerais‑tu, en termes de pourcentage ?

Le deuxième set était super important, parce que j'ai remporté le premier set, avec un score très serré, 6/4, mais après avoir joué une heure sous cette chaleur.

Cela ne s'est pas bien passé au début du deuxième set, parce que j'étais menée 3/1. Mais comme je l'ai dit, j'ai le sentiment que je manquais de concentration. Elle, elle était concentrée. Et puis, il y a eu un changement, une bascule. Et dès que j'ai eu l'opportunité de remonter dans le set, j'ai pu recoller le score, et j'y suis parvenue.

Quant au niveau de mon tennis, actuellement, c'est difficile à évaluer, parce que je revenais du tournoi à Strasbourg. Les conditions étaient l'opposé à celles que nous avons ici, et j'ai le sentiment que j'étais mieux là‑bas. Et puis quand je suis arrivée ici, le scénario du jeu a complètement changé. Il a fallu que je m'adapte. En termes de pourcentage, je ne sais pas... Je dirais 65 %, mais mentalement, émotionnellement, je suis à un niveau plus élevé, ce qui compense. Mais j'ai encore une longue voie à parcourir, dans toute cette "merde", si je peux dire !

Publié le par Sebastien CLAUDE

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