Elsa Jacquemot : "Je peux pleurer, je peux ne pas être bien..."
Roland-GarrosÀ quelques heures de lancer son Roland-Garros 2026, Elsa Jacquemot s’est présentée en conférence de presse avec une volonté de tourner la page. La Française, de retour “à la maison”, assure se sentir bien malgré une période plus compliquée, marquée par moins de victoires, un changement d’entourage et les critiques reçues après son Open d’Australie. Désormais mieux entourée, accompagnée mentalement et portée par le public parisien, Jacquemot veut s’appuyer sur Roland-Garros pour relancer sa saison.
Elsa Jacquemot avant de débuter Roland-Garros 2026
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"Je me sens bien, j’évolue bien"
Bien, ma préparation s’est plutôt bien passée. Je m’entraîne bien depuis des mois. Donc je me sens plutôt bien, super excitée d’être venue ici à Paris, à Roland, parce que forcément ça me procure beaucoup d’émotions. Donc vraiment contente d’être de retour à la maison.
Bonjour Elsa. Si tu devais te remémorer par rapport à il y a un an, donc tu as fait un super parcours, comment tu juges cette année, ton évolution depuis un an ?
Bonjour. Comment je juge l’évolution depuis un an ? Il y a eu beaucoup d’évolution parce que j’ai fait mon meilleur classement, 53e. Là, c’est un peu plus compliqué, où forcément il y a moins de victoires. Après, forcément, je joue les plus gros tournois, donc je joue directement des filles qui jouent super bien. Donc je vous dirais directement qu’il y a eu quand même beaucoup d’évolution. Je m’entraîne vraiment bien, niveau physique, mental, tennis, parce que c’est assez global quand même, le tennis. Donc je dirais que, ouais, je me sens bien, j’évolue bien. Donc c’est cool.
"Ce n’est pas évident, en tant que personne, que les personnes soient aussi dures"
Je voulais savoir, en termes de confiance, où est-ce que tu te situes ? Parce que, comme tu dis, le fait que tu joues les plus gros tournois, tu tombes sur de plus grosses adversaires et éventuellement, donc, il y a plus de défaites. Mais est-ce qu’au niveau de la confiance, tu arrives dans quel état d’esprit à Roland-Garros, dans ton niveau de jeu et tout le reste ?
En termes de confiance, je me sens vraiment bien parce que je m’entraîne bien et c’est ce qui aide. Parce que forcément, on peut se dire que comme il n’y a pas forcément eu beaucoup de victoires, on peut douter, on peut être pas forcément bien préparé. Est-ce que ça aurait été mieux d’avoir plus de victoires ? Certainement. Mais est-ce que ça change quelque chose pour mon parcours ? Je pense pas. Pour mes matchs, je pense pas. Parce que je suis bien entourée. Je m’entraîne dur chaque jour. Et je pense que le plus important, c’est de bien s’entraîner. Et je pense que c’est ce qui va faire que, après, je vais avoir des victoires et que ça va bien se passer pour moi, pour ma carrière. Donc, pour répondre à ta question, je me sens plutôt en confiance. C’est vrai que pour moi, c’est un avantage parce que j’adore le public quand il me pousse. Et je suppose qu’à Roland, comme chaque année, le public est à fond, il est juste incroyable. Donc ça va vraiment pousser, ça ne peut que m’aider.
Comment tu as construit un peu ton équipe, ton entourage, après l’Open d’Australie, avec tout ce qui s’est passé ? Ce n’était pas forcément le plan de retrouver un coach et tout ça. Où tu en es maintenant ? Est-ce que ça peut perturber ta saison et expliquer aussi les résultats ?
Pour être honnête, ça n’a pas été évident pour moi parce qu’avant d’être une joueuse, je suis humaine, je suis une personne. Après l’Australie, on m’est vachement rentré dedans. J’ai eu mes torts, c’est vrai, et ça, c’est complètement vrai. Mais c’est vrai que ce n’est pas évident, en tant que personne, que les personnes soient aussi dures. Parce que, je le redis, c’est un sport qui est vraiment dur, qui est vraiment ingrat. Il n’y a pas beaucoup de victoires. Il n’y en a qu’une qui gagne les tournois. Donc chaque semaine, on a des défaites.
Moi, ce qui est dur pour moi, c’est que les personnes ne comprennent pas l’arrière du tennis. C’était une période qui n’était pas évidente pour moi. Je n’ai pas de préparatrice mentale pour rien. Je ne fais pas de prépa mentale pour rien. C’est aussi, je le dis, juste parce que j’en ai besoin pour gérer mieux mes émotions. Quand je vais sur un court de tennis, par exemple, je me mets dans un combat un peu de boxe. J’ai besoin, parce que si je suis Elsa de tous les jours, c’est impossible pour moi d’aller sur un court de tennis parce qu’il y a une fille en face. J’ai besoin de me mettre un peu dans un scénario, un peu de combat, pour pouvoir être la vraie Elsa sur le match.
"J’ai craqué, c’est vrai. Je suis humaine, c’est vrai que j’ai eu mes torts"
Et c’est vrai que des fois, comme en Australie, j’ai mal su gérer mes émotions. J’ai craqué, c’est vrai. Je suis humaine, c’est vrai que j’ai eu mes torts. J’aimerais des fois que les gens soient un peu plus cool parce que, finalement, ils vont tous me parler comme… Ils veulent parler, mais c’est juste être en mode : “OK, tranquille, je suis une fille, je n’ai pas fait de mal.” Je peux aussi m’en vouloir à moi, parce que je perds mon match à cause de ça aussi. Donc je dirais que non, cette période n’a pas été évidente pour moi parce qu’on a été très dur avec moi. Mais je dirais que j’ai la chance d’être bien entourée. J’essaye de reconstruire une équipe. C’est vrai que ce n’est pas évident de reconstruire une équipe en qui tu as confiance parce qu’on est dans un sport où il y a beaucoup d’argent, beaucoup de notoriété. Donc ce n’est pas évident de trouver des personnes saines autour de toi et de retrouver aussi cette confiance aussi rapidement.
Je trouve qu’en ce moment, je me sens bien. J’ai un bon entourage autour de moi. Ça ne fait pas si longtemps que je suis vraiment entourée. J’essaie de mettre cette stabilité parce que je trouve qu’une stabilité autour de moi, ça ne peut être que bonus, ça ne peut être que bénéfique. Je pense que c’est le principal. Je ne vais peut-être pas dire le nom de mon coach, je ne sais pas si longtemps, mais en tout cas je suis bien entourée.
Pour que je puisse être clair, si j’avais bien compris, tu étais avec Bertrand Perret jusqu’à Roland-Garros ?
Non. Si c’est pour répondre à la question, en fait, Bertrand n’était pas pour moi. C’est la Fédération qui s’occupait de moi. Et du coup, ils se sont occupés de moi sur des tournois. Ils étaient là où ils se sont occupés de moi. Et je remercie la Fédération de s’être occupée de moi.
Mais depuis ce temps-là, tu as trouvé une autre solution ?
Oui. Maintenant, j’ai mon coach en privé, plus la Fédé qui m’aide toujours, qui est toujours là. Mais j’ai mon coach à moi en privé.
"Je peux pleurer, je peux être pas bien, je peux avoir des jours où je suis vraiment dans le mal"
OK, d’accord. Et je reviens sur ce que tu disais : “On a été très dur avec moi.” Quand tu dis “on”, tu penses aux commentaires sur les réseaux ? Tu penses au coach qui t’entourait ? Qui a été le plus dur avec toi ?
Pour vraiment être transparente, avec mon coach, ce qui s’est passé sur le court, on a parlé et ça s’est super bien passé. Je n’ai aucun souci avec lui. Il s’appelle Simon (Simon Blanc), et je l’apprécie énormément. C’est une personne qui m’a beaucoup aidée, qui m’aide encore. Donc vraiment, avec Simon, il n’y a aucun souci. Moi, c’est plus avec les gens extérieurs, où on ne se rend pas compte. À prendre l’Australie, mais même après, quand on perd un match en règle générale, on se fait assez, entre guillemets, fracasser. Mais je dirais juste que j’aimerais — et encore, j’aimerais, mais je ne peux pas changer ça — que les gens soient plus cool. Après, il y a forcément des gens qui parient, qui perdent de l’argent, mais qui comprennent que nous aussi, on perd de l’argent, nous aussi on perd des matchs, nous aussi on n’est pas bien.
Nous aussi, après l’Australie, je peux pleurer, je peux être pas bien, je peux avoir des jours où je suis vraiment dans le mal. Et juste accepter que j’ai pu faire une erreur, accepter que j’ai merdé, je l’ai reconnu, accepter que ce n’est pas évident de gérer toujours ses émotions parce qu’on a beaucoup d’enjeux aussi. Les gens ne remarquent pas, mais il y a beaucoup d’enjeux, beaucoup de pression, beaucoup de stress.
J’essaie de donner le meilleur de moi chaque jour sur mes matchs. C’est vrai que je suis quelqu’un qui a du caractère et, des fois, ce n’est pas évident, je gère mal ça. Je pense qu’en ce moment, je gère de mieux en mieux ça, justement, j’ai beaucoup évolué sur ça. Mais c’est vrai, juste qu’on se rende compte qu’on est humain et que c’est le sport. Parce que moi, il y a beaucoup de personnes qui me disent : “Waouh, on dirait deux personnages. Dans ta vie de tous les jours et sur le terrain, tu es… Sur le terrain, tu peux être vachement froide, vachement glaciale, vachement dure. Dans la vie de tous les jours, tu es vachement souriante, vachement chill.” Mais c’est vrai que le sport nous rend un peu fou, quoi.
"C’est un sport de frustration parce qu’on ne peut pas faire un match de A à Z sans faire de faute"
Justement, tu parlais de cette gestion des matchs. C’est quoi les leviers que tu aurais trouvés pour avoir cette meilleure gestion des émotions sur les matchs, quand ça ne peut pas forcément se passer comme tu l’aurais imaginé, pour pouvoir rebondir et arriver au résultat que tu souhaites ?
J’ai ma prépa mentale qui me suit. Mon entourage m’aide beaucoup aussi, parce qu’il n’y a pas que la prépa mentale, il y a aussi mon entourage. Et j’essaye d’avoir des astuces, des choses que j’ai mises en place sur ma chaise. Par exemple, prendre plus de temps, me dire des phrases personnelles, pour justement gérer mieux ça. Après, c’est vrai que dans un match de tennis, on n’a pas beaucoup de temps, on a 25 secondes. On enchaîne beaucoup et finalement, c’est un sport de frustration parce qu’on ne peut pas faire un match de A à Z sans faire de faute. Donc je suis vachement plus dans l’acceptation. J’ai compris qu’il fallait accepter que, oui, j’allais avoir des regrets, oui, mais accepter que j’ai pu faire ce choix et accepter ce choix-là.
Concernant le mouvement par rapport aux revendications sur les dotations des tournois du Grand Chelem, comment vous positionnez-vous ? Est-ce que vous trouvez ces revendications plutôt justifiées ?
J’ai entendu parler, mais je préfère pas me positionner sur ça.
"On n’a pas envie de décevoir le public"
Il y a actuellement peu de Françaises dans le Top 100 par rapport à ce qu’on a connu dans le passé. Du coup, il y a une attente, une pression qui se concentre sur quelques joueuses, Loïs Boisson, mais vous aussi. Comment est-ce que vous le ressentez ? J’imagine que oui, et comment ? Est-ce que c’est difficile à vivre ?
À vivre, je pense que ça fait partie de notre job, notre métier, de gérer ce stress, cette pression. C’est vrai que si on est transparent avec nous-mêmes, oui, on a cette pression, oui, on a ce stress, oui, on n’a pas envie de décevoir le public. Oui, quand le public fait “oh”, forcément ça nous saoule. On dit : “Oui, nous aussi, on est déçu.”
Mais je dirais non, parce qu’on est habituées. Enfin, moi, je suis habituée à ce stress, cette pression. Donc j’essaye de travailler le mental sur moi-même, sur mes émotions, mais aussi cette pression médiatique, le public. Et finalement, moi, ça me pousse parce que je trouve que c’est dingue, le public qui nous pousse, qui nous supporte. Donc pour répondre à la question par rapport au stress, oui, ça nous met un peu de stress, mais ça nous excite aussi. Ça m’excite aussi.
Publié le par Alexandre HERCHEUX