Fiona Ferro : "Si j'ai un conseil pour Loïs Boisson ?"
Roland-GarrosFiona Ferro revit en 2026. Alors qu'elle a remporté son premier titre depuis 2023 à Oeiras fin avril, la Française, tombée au-delà du Top 400 l'année dernière, est de retour dans le Top 200. Ses bons résultats ont été récompensés par la FFT qui lui a accordé une wild-card pour le grand tableau de Roland-Garros. La joueuse de 29 ans aura néanmoins une mission compliquée d'entrée puisqu'elle affrontera la 8e joueuse mondiale Mirra Andreeva.
Fiona Ferro avant de débuter Roland-Garros 2026
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"Je n'ai pas forcément été très chanceuse au tirage"
Peux-tu nous dire un petit peu quel niveau de confiance à la fois dans ton jeu et au niveau physique tu arrives à Roland-Garros, après ton parcours à Rabat ?
J’étais allé chercher des matchs là-bas, j'ai pu en faire 4, j'étais contente de pouvoir enchaîner. Mon niveau de jeu a augmenté au fil des matchs. Le dernier match, je menais un set 2-1 contre une joueuse qui est dans le top 50 et qui joue très bien. C'était une semaine très positive. J'arrive ici avec pas mal de repères et une bonne forme physique.
Tu n'as pas été particulièrement gâtée au tirage au sort. Comment penses-tu que tu peux gêner ton adversaire au premier tour ? As-tu identifié quelques points faibles ?
On se connaît assez bien, je l'avais déjà jouée il y a 3 ans en finale d'un 75 000 en Suisse. On avait eu aussi l'occasion de s'entraîner pas mal ensemble dans le sud. C'est une joueuse contre laquelle j'ai déjà quelques repères , on peut dire. Je connais ses points forts. Je pense qu'elle connaît aussi les miens. Tactiquement, elle joue très juste, on sait qu'elle est très maline. Je pense qu'elle va essayer de m'attirer dans ses schémas favoris. Et donc, moi aussi, je vais faire de même, je vais essayer d'imposer mon jeu et mes schémas. Mais en tout cas, c'est un bon match à jouer. Je sais qu'il va falloir que je sorte un gros match, mais j'ai les armes pour, et aussi la forme physique pour.
Tu as joué Madison Keys en entrée au Clarins, tu l'avais accrochée, tu as l’impression que si tu devais refaire un match contre une adversaire de ce niveau, ce qui est un peu le cas, tu es mieux armée aujourd'hui ?
Ces derniers temps, je n'ai pas forcément été très chanceuse au tirage, comme vous l’avez dit, je jouais Cîrstea au premier tour à Rouen, après j’ai joué Keys au premier tour à Clarins, et là j’ai joué Bouzas qui était tête de à Rabat. Au moins, ça me permet de me confronter à des filles de ce niveau. J'ai quand même vu une évolution au fil de ces matchs, même si cela s'est soldé par une défaite à chaque fois.Contre Keys, je suis entrée sur le court avec peu d'intensité au début du match, j’ai été menée 5-2 très rapidement. Là, je sais que dès le départ, je vais devoir mettre le bon niveau d'intensité. C'est bien d'avoir eu l'occasion de faire ce type de matchs pour arriver avec des repères, et justement savoir ce qui pardonne et ce qui ne pardonne pas contre ce type de joueuse.
"J'essaie de ne pas trop me comparer à l'ancienne Fiona"
Fiona, tu as quand même eu les deux saisons perturbées par des blessures. Tu reviens, il fallait s'arrêter. Ce n’est pas facile de reconstruire son jeu dans ces conditions-là. Mine de rien, tu trouves toujours moyen de revenir à un niveau de base, j’ai envie de dire. Comment as-tu reconstruit tout ça, avec ton équipe ? Comment tu dis OK, est-ce qu’on change des choses ? Comment arriver à retrouver des repères, quand tu as tellement de stop and go ?
Ce n'est pas évident, comme tu dis. Après, quand je suis blessée, je pense qu'il y a vraiment la volonté de revenir dans ce type de tournois. Les périodes où je n'ai pas joué pendant 4 ou 5 mois, je continuais à m'entraîner physiquement. Je faisais des séances de cardio sur le vélo, par exemple, parce que je ne pouvais pas forcément me déplacer. Je me visualisais en train de jouer sur le central de Roland. Ce sont des événements qui donnent énormément de force. C'est là où j'ai toujours eu envie d'être. Et même s'il y a eu beaucoup de setback, il y a toujours eu cette volonté de revenir.
On entend les gens dire : « Ah, Fiona Ferro, quand est-ce qu’elle revient ? » « Ah, mais il manque Fiona. » « Boisson est un peu seule... »« Elsa, oui, mais Fiona va revenir... »Est-ce que tu entends que tout le monde a tendance à te mettre dans ce groupe-là, alors que pour toi, c'était tout de même dur ces dernières années.
Oui, oui… Moi aussi, j'ai tendance à me mettre dans ce groupe-là. Après, je pense que ce n'est pas forcément la chose à faire, dans le sens, non pas que je n'ai pas le niveau de jeu pour appartenir à ce niveau-là, mais j'essaie de ne pas trop me comparer à l'ancienne Fiona et à rester dans le mot présent, essayer de reconstruire quelque chose au jour le jour. D’être bien entouré aussi, et là je me sens vraiment bien avec l'équipe que j'ai actuellement.Je n'ai pas l'impression d'aller à la guerre avec un bâton, mais vraiment d’aller à la guerre en étant bien entourée.C'est quelque chose que je veux essayer de garder dans le temps. Jour après jour, on construit quelque chose depuis le début de l'année, c'est de mieux en mieux, il y a beaucoup de progrès. On va essayer de continuer dans ce sens-là.
Trouves-tu que le jeu a changé ? Tu as connu des époques un peu différentes, tu es entre plusieurs générations. Quand tu reviens après être un peu sortie, tu te dis : « Oh là, je vais devoir changer-ci… » ou au contraire, tu te dis : « Je suis toujours bien. » ?
Le nombre de filles qui jouent bien a augmenté, le niveau des filles entre 100 et 200 est, je trouve, assez élevé. On peut vite passer de, allez, 60ème à 120ème sans avoir une énorme différence de niveau de jeu. C'est vraiment la grosse différence que j'ai remarquée sur ces dernières années.
Je suis désolé, je n'ai pas toute la programmation en tête, tu sais déjà quel jour et sur quel court tu joues ?
Demain, en troisième, sur le central.
Ok, parfait. Le central, plutôt un bon plan contre Andreeva qui on l’avait vu l’an dernier, face à Lois, peut être un peu surchauffée quand il y a un public hostile...
Oui, exactement, je pense qu’il va falloir se servir du public. De toute façon, c'est toujours une force à Roland, quand tu es française et que tu ne joues pas contre une française. Je vais essayer de m'en servir. Tactiquement, c'est assez clair. On va essayer de peaufiner avec le coach ce que j'ai à faire. Mais j'ai une vision assez claire.
"Un conseil pour Loïs Boisson ?"
Tu as déjà une belle expérience sur le circuit. Comment classerais-tu le public français par rapport au public des autres Grands Chelems ? Certains joueurs, évidemment étrangers principalement, se plaignent d'un comportement qui est de plus en plus limite, voire irrespectueux.Toi, tu estimes qu’ils sont aussi fous que les Australiens, aussi fous que les Américains, moins, plus ?
Franchement, sur mes matchs, j'ai quand même eu pas mal de matchs où c'était un peu chaud, mais jamais irrespectueux.J'ai le souvenir notamment, en 2023, quand je m’étais qualifiée ; j'ai joué sur le 14 presque tous mes matchs, c'était vraiment un petit chaudron, il y avait une super ambiance, mais pas irrespectueuse envers les adversaires.Mais j'ai pu voir des matchs où c'était effectivement un petit peu limite, mais je n'ai personnellement jamais été confrontée à ce genre de comportement.
À l'inverse, sur d'autres Chelems où tu jouais des joueuses nationales locales, as-tu eu des expériences où vraiment c'était compliqué ?
Non, franchement non, pas trop.
Je sais que le tennis est un sport individuel, mais dans le groupe de joueuses françaises actuelles, comment te places-tu ? Tu es un peu entre deux générations, celle de Caroline, Alizé qui est partie, et celle des Lois, Diane, relativement jeune qui arrive. Tu te donnes quel rôle dans ce groupe ?
Déjà, j'aimerais bien revenir parmi le groupe. Il y a des filles que je connais très bien. Diane, on a eu l'occasion de jouer plusieurs fois ensemble en double, dès qu'on a l'occasion, on s'entraîne ensemble.Lois, Elsa, je les connais, mais peut-être un peu moins personnellement. Et donc, oui, l'objectif, c'est déjà… Je pense si je n'avais pas été blessé à la dernière Fed Cup, j'aurais fait partie du groupe.J'aimerais être au sein de ce groupe pour avoir aussi l'occasion de mieux les connaître, et savoir où je me positionne là-dedans. Parce que sans y avoir été, ce n’est pas facile de donner une réponse.
Et si tu avais juste un conseil à donner à Lois pour son retour à Roland-Garros ?
Un conseil à Lois, elle a été tout de même beaucoup sollicitée ces dernières semaines, par les attentes de la part des médias, etc. Même des attentes d'elle-même, je pense qu'elles doivent être assez élevées. De toute façon, la seule solution dans ce genre de situation, c’est vraiment de ne pas se projeter trop loin, de prendre match après match, de s'appuyer sur son équipe au maximum.
Publié le par Paul MOUGIN