Francesca Jones : "Je suis un monstre mental"
Roland-GarrosPour sa septième apparition dans un tableau principal de Grand Chelem, Francesca Jones tient enfin sa première victoire. Ce dimanche 24 mai, au premier tour de Roland-Garros 2026, la Britannique a eu besoin d'un set pour lancer la machine et disposer de Beatriz Haddad Maia 1-6, 7-6[4], 6-2. L'actuelle 102e mondiale valide donc sa toute première victoire en Grand Chelem pour sa toute première apparition à Roland-Garros, elle qui avait découvert le tableau principal d'un Grand Chelem pour la première fois en 2021, à l'Open d'Australie et Wimbledon. Lors de son passage en conférence de presse après sa victoire, Francesca Jones est revenue sur les émotions ressenties au moment de valider cette première victoire, elle qui est rapidement allée célébrer ce nouveau cap franchi avec ses parents.
Francesca Jones après sa victoire au premier tour de Roland-Garros
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"Cette anné, cela a été très compliqué"
Quel match ! Comment tu as réussi à retourner le match ?
Bonjour à tous. Je pense que je suis très rouge dans cette lumière…
Bien sûr, il est difficile, quand on joue contre quelqu'un qui est beaucoup plus expérimenté pour ces scénarios que moi, c'est mon premier grand tirage. Elle a beaucoup plus d'expérience. Elle sait ce qu'elle fait sur le court. Même si elle n'est pas au meilleur de sa forme, je pense que pour ce premier set, elle n'a loupé aucun coup droit. Son tennis était excellent.
Bien sûr, je n'étais pas au meilleur de ma forme non plus, donc on parle de deux joueuses qui ne sont pas au meilleur de leur forme de manière générale. C'est difficile de vivre cette expérience pour mon premier tirage ici. Je ne veux pas me faire des éloges, mais je suis un monstre dans le mental. Je pense que dans ce type de moment, je trouve que tu n’as plus aucune chance de revenir. J'ai essayé de rendre les choses difficiles pour elle, et tous les points avaient de l'importance.
Tu as fêté avec tes parents ! Est‑ce que tu peux nous parler des sacrifices qu'ils ont fait pour toi ? Et du temps que tu as passé loin d'eux ? On aurait dit que c’était une vraie fête de ton équipe famille !
Oui, normalement, j'ai dit : il ne faut pas pleurer avant la fin du tournoi, mais tout ce que j'ai vécu cette année, cela a été très compliqué, surtout pour mes parents. Pendant le protocole commotion etc., ils étaient de l'autre côté du monde.
Bien sûr, je ne peux pas trop en parler. C'était aux États‑Unis, mais c'était difficile pour eux, on était dans des zones horaires difficiles, d'essayer d'appeler les hôpitaux, ne pas comprendre les problèmes de l'assurance médicale aux États‑Unis. Donc, cela a été très compliqué. Ils ont souffert avec moi, même s'ils étaient éloignés.
Bien sûr, on peut prendre de la hauteur, mais l'émotion pour moi, ce n'est pas une question de cela, mais le fait que cette année a été très difficile. Donc j'ai perdu un mauvais match. Il a fallu que je revienne cette semaine, et de revenir dans la même semaine, ce n'est pas quelque chose de facile à réussir, donc je suis très ravie d'avoir vraiment pu aller au fond de moi‑même.
"Béa est sans doute une de mes plus grandes fans"
Vous vous êtes enlacées assez longuement avec Beatriz au filet. Je me demandais ce que vous disiez. Ayant perdu 6 premiers tours de Grand Chelem avant de réussir ton premier tour ici, est‑ce que tu avais vraiment la volonté de ne pas lâcher le match ?
Ça fait 6 ?
Je pense que c’est 6 ou 7.
Oui, quand je me suis retirée en Australie, ça ne compte pas. J’avais une très mauvaise blessure.
Cela fait donc 5.
On va dire que cela fait 5.
Clairement, tu n’y pensais pas.
Tout d'abord, la question autour de Béa, c'est sans doute l'une de mes plus grandes fans. C'est l'une des joueuses qui m'envoie des textos quand je joue bien. Il n'y a pas de secret, j'ai passé beaucoup de temps en Amérique du Sud. Elle est coachée aujourd'hui par quelqu'un que je considère comme étant mon oncle. Il était avec moi lors de mon deuxième tournoi à Wimbledon, et ensuite, pendant la saison sur gazon de 2024. Je lui parle toutes les semaines, donc on a une bonne relation. C'est un bel exemple pour tout le monde. C'est une battante. Elle donne tout sur le court. Elle est vraiment la définition d'une joueuse de tennis professionnelle, donc il y a beaucoup de respect mutuel. Elle est comme une grande sœur pour moi sur le circuit.
Pour ce qui est du reste, qu'est‑ce qui m'est passé par l'esprit ? Il y a beaucoup d'historique avec des pertes précédentes, etc. Si on compte 2021, en Australie, et avant… Je pense que pour moi, il s'agissait vraiment ici de réussir sur terre battue. C'est ma surface ! Et ma saison sur terre battue a été difficile cette année. C'est difficile, par rapport à tout cet historique. Donc, d'essayer au moins de compenser un peu, c'est très important à ce niveau.
Félicitations ! Je sais que l'on n'en est qu'au premier tour, mais lorsqu'on a vu tes émotions sur le court, je me demande comment tu considères cette victoire par rapport aux années passées ? Est‑ce que c'est l'un de tes moments les plus forts sur le court ?
Oui, ce sera l'un des moments les plus forts. Mais je ne vais pas vivre dans l’ombre lors de mon prochain match. Je sais que je suis dangereuse sur cette surface. Je ne suis pas au meilleur de ma forme, mais cela me permet de croire en moi.
Si on revient au fait que l'on m’avait dit que je n’arriverais jamais à jouer au tennis, et que l’on est en train de gagner des matchs d’un tirage de Grand Chelem, en battant quelqu'un qui est dixième mondial, cela met fin à tout commentaire. C'est un moment monumental. Mais ne vous y trompez pas, je vais me battre pour le prochain match !
"Je sais que j'ai un QI élevé en dehors des courts"
Je suis désolé, c'est un peu une question à la Billy Elliott, mais 2 à 1 au dernier set, tu as joué plusieurs jeux de suite où tu n'as fait aucune erreur. Comment est‑ce que tu arrives à jouer ce type de tennis dans ces moments ?
J'ai toujours trouvé que mon mental qui bascule tout le temps est difficile à gérer. Je sais que j'ai un QI élevé en dehors du court. Parfois, il est difficile pour moi de le comprendre. Dans ces moments, cela passe ou cela casse. Je peux l'utiliser à mon avantage, parfois. Et parfois, je vois tout ce que je dois améliorer, et cela peut être me submerger. Je vois des diagrammes, des schémas dans ma tête pour voir comment je peux gagner. Mais je pense qu'aujourd'hui, j'ai emprunté le bon chemin. Bien sûr, il y a des moments où il est difficile de choisir la bonne balle à renvoyer, d'accepter que les erreurs que l'on fait sont les bonnes. Mais je ne me suis pas rendu compte que je n'ai presque loupé aucun coup, mais je me battais pour chaque point.
Le match était long, il faisait très chaud. Est‑ce que tu es satisfaite du côté physique ?
Oui, c'est certain. Encore une fois, ce n'est pas un secret qu'auparavant, j'ai eu du mal en trois sets. Mais pour être honnête, l'année dernière et cette année également, de commencer à jouer en trois sets contre une joueuse bien classée, c'est quelque chose. Je gagne en confiance au niveau des trois sets, mais avec la chaleur, c'est difficile pour les deux joueuses. Je voyais qu'elle était très rouge également. Je ne voulais même pas me regarder dans la glace !
Je sais que tous les joueurs vont trouver que ce sera difficile sur le court, mais c'est le tennis. Il faut trouver un moyen pour gérer les conditions.
Félicitations ! Tu as parlé de ta solidité mentale. D'où est‑ce que c'est venu ? Est‑ce que tu as toujours eu cette force contre l'adversité ?
Oui, c'est aussi simple que ce que vous voyez. On passe par beaucoup de difficultés, on gère les choses, on arrive à tolérer les choses. C'est aussi noir et blanc que cela. J'aimerais vous apporter une meilleure réponse, mais c'est noir et blanc.
Tu es quelqu'un de très positif.
Ah bon ?
Oui, quand on t'a dit il y a quelques années : tu ne vas jamais jouer au tennis, les médecins t'ont dit que tu n'allais jamais y arriver. Tu es devenue joueuse de tennis, et tu viens de gagner un match dans un Grand Chelem. Est‑ce qu'il y a une partie de toi, je sais que tu regardes vers l'avant, mais est‑ce qu'il y a une partie de toi qui se dit : finalement, ils avaient tort ?
C'est évident. J'espère que je pourrais continuer dans cette voie, pour faire passer ce message, puisque je sais qu'alors que le circuit me respecte beaucoup et fait énormément de choses pour moi, je souhaiterais aller plus loin dans ce monde. Je me donnerais tout pour faire avancer cette histoire. On peut en parler comme d’une histoire, mais en fait, c'est la réalité.
Publié le par Sebastien CLAUDE