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Gaël Monfils : "Ce sera gravé à jamais dans mon coeur..."

Roland-Garros
Mis à jour le par Alexandre HERCHEUX

Gaël Monfils a vécu une nuit bouleversante pour son dernier Roland-Garros. Battu par Hugo Gaston 6-2, 6-3, 3-6, 2-6, 6-0 après avoir pourtant recollé à deux manches partout, “La Monf” a fait ses adieux à la Porte d’Auteuil sur le court Philippe-Chatrier, dans une ambiance immense et chargée d’émotion. En conférence de presse, le Français a reconnu avoir tenté de “bloquer” ses émotions, parlant de sentiments mélangés “entre le bonheur et la tristesse” et d’une nuit qui s’annonçait difficile. Très touché par le soutien du public, de sa famille et d’Elina Svitolina, Monfils a expliqué que ce dernier Roland-Garros resterait “gravé à jamais” dans son cœur. Mais le showman tricolore n’a pas encore totalement refermé le livre : il espère encore Wimbledon, Montréal, l’US Open et Paris, avec un objectif symbolique en tête, jouer jusqu’à ses 40 ans.

Gaël Monfils... sa dernière conférence de presse à Roland-Garros !

 

Retrouvez ici le tableau Messieurs de Roland-Garros

Retrouvez ici le tableau Dames de Roland-Garros

 

"Je vais passer une mauvaise nuit..."

"Même dans mes rêves les plus fous, je n'imaginais pas comme cela..."

Tu as parlé des émotions pendant ce match, que peux-tu nous raconter de ce qu’il y avait de plus difficile ? C'était quoi, trouver la concentration ? Des repères ? Qu'est-ce qui était le plus compliqué dans ta tête, notamment au début du match ?

En fait, toute la préparation ! D'un coup, c'est différent, tu rentres sur le terrain, tu as une sensation différente, tu te sens bien, mais tu te sens mal, et donc, c'est hyper dur de l'expliquer… Je suis rentré, et j'étais moins bien que je ne l'étais 5 minutes avant. Et forcément, c'est comme si tu as envie de trop bien faire, et en fait, cela te met dans une position assez délicate, en vrai ! Pas vraiment… Tu sais, la tête... C'était plutôt le ressenti de mon corps, de comment je bougeais dans l'espace. C'était ça qui me dérangeait le plus, on va dire.

 

En général, au tennis, la fin, c'est après une défaite. Est‑ce que le moment que tu as vécu ce soir est conforme à ce que tu espérais ? Est‑ce que c'était beau comme tu l'imaginais ? Est‑ce que tu es comblé de ce que tu as vécu ce soir, et jeudi soir aussi ? Est‑ce que ce Roland, tu imaginais un dernier Roland comme celui‑ci ?

Franchement, même dans mes rêves les plus fous, je n'imaginais pas comme cela. Je ne vais pas te mentir que c'était exceptionnel, une chance de malade. En fait, on imagine sans vraiment imaginer, mais ce que j'ai reçu, entre jeudi et ce soir, c'est gravé à jamais. C'est une chance inouïe. C'est quelque chose… qui sera gravé à jamais dans mon cœur.

 

Bravo pour ta carrière et ton discours ! Tu parles souvent de ta fille et de ta famille comme un élément qui te manquait, là encore, ces dernières années, pendant que tu étais sur le court. Ta fille, en ce moment, qu'est‑ce qu'elle comprend ? Qu'est‑ce que vous lui dites ? Est‑ce qu'elle sent, j'imagine que oui, quelque chose de spécial autour de toi, même si elle est petite ? Qu'est‑ce qu'elle vous renvoie comme vibration ? Qu'est‑ce que vous lui dites ?

Non, elle ne comprend pas, pas grand‑chose… Et c'est beau ! Tu vois, hier soir, je lui disais : "Papa, il doit jouer un match, et s'il finit, il rentre à la maison", et en rigolant, je lui dis : "Tu veux que je rentre à la maison demain ?" Et elle me dit : "Oui, rentre à la maison demain !"

Tu vois... Elle ne comprend pas. Honnêtement, on la protège beaucoup sur cela. Avec Elina, on est partis du principe qu'elle va le savoir plus tard. Elle sait que l'on joue au tennis. Tu lui demandes, elle te dit : "Maman c'est une tenniswoman, papa c'est un tennisman."

Tu vois, par exemple, à Rome, Elina était en finale, moi je regardais, elle faisait des allers‑retours, j'avais du mal à la canaliser pour qu'elle regarde un peu. Vu qu'on ne lui a pas vraiment appris cela, elle n'est pas dans cela. "Allez, viens, papa, on va jouer !" "Attends, balle de break…!"

(Rires.)

Mais c'est beau, tu vois. C'est beau. C'est bien qu'elle reste comme cela.

C'est marrant, parce qu'on en a parlé après l'événement. Je n'avais pas vu la lettre d'Elina, qui était magnifique. J'ai dit à Elina : "C'est un truc, je pense que j'imprimerai, et qu'on lui fera lire quand elle aura 10 ans, 11 ans, quand elle comprendra mieux." Avant, cela ne sert à rien. Je pense que peut‑être à ce moment, elle prendra conscience de qui son père et sa mère ont été.

 

"Mon souhait, c'est vraiment d'être un des sportifs qui joue jusqu'à 40 ans"

Bravo, déjà, pour ton parcours et ta carrière. Je pense que tu en as fait rêver plus d'un dans cette salle !

J'avais une question. Vous avez livré une belle bataille avec Hugo. À la fin du match, il a dit qu'il avait beaucoup de joie, mais aussi beaucoup de tristesse. Je voulais savoir comment ces mots avaient résonné en toi, et quelles émotions tu avais ressenties ce soir, pendant cette belle partie ?

Je sais que Hugo m'aime beaucoup. On rigole énormément. Hugo, c'est quelqu'un, quand il est arrivé sur le circuit, avec une grosse énergie, une belle énergie, une belle personne, une belle personnalité, et en plus, récemment, on s'est beaucoup, beaucoup entraînés ensemble. Forcément, je pense que c'était un peu plus dur pour lui, de me "finir" comme cela, on va dire….

(Sourires).

Mais il a bien joué, il le mérite, son match. Moi, j'étais heureux pour lui. Franchement, de perdre sur quelqu'un que tu apprécies, c'est cool aussi, en vrai. J'espère qu'il va pouvoir bien récupérer, et jouer sa chance à fond, parce qu'il a proposé vraiment deux très gros sets au début du match. Je lui souhaite vraiment de bien jouer.

 

Tu as évoqué ton programme un peu rêvé, jusqu'au bout. Est‑ce que tu n'as pas peur...

Ce n'est pas moi qui le rêve, ça, c'est Nico qui le rêve !

 

Toi, c'est le canapé !

Non, pas le canapé, mais d'autres choses !

(Rires).

 

On imagine tous les joueurs français, en général, ils arrêtent, j'allais dire Bercy, mais à La Défense du coup. Mais c'est loin, quand même, La Défense. Il va falloir garder un niveau de jeu…

Il y a deux choses, pour répondre à ta question avant que tu la finisses…

(Rires).

Je l'ai dit, je pense que ça t'as oublié, et pourquoi cela va être assez facile : j'ai un souhait, pourquoi j'ai envie d'arriver bien aux États‑Unis. J'ai envie de jouer jusqu'à 40 ans. Malheureusement, je suis né en septembre. Pour moi, c'est cela, c'est‑à‑dire qu'en vrai, mon souhait, c'est vraiment d'être un des sportifs qui joue jusqu'à 40 ans. Nico, il sait que je suis lock‑in au moins, ça c'est sûr, jusqu'à 40 piges. Après 40 piges et quelques jours, on verra.

 

"Comme Stan, comme LeBron, comme Cristiano, comme Ibra..."

Tu veux faire carrière comme Stan, en fait, tout comme Stan, jusqu'au bout.

Il fait 41, Stan.

 

Je sais, mais vous avez commencé en 2005 tous les deux, vous finissez aujourd'hui tous les deux. Jusqu'au bout…

Comme Stan, comme LeBron, comme Cristiano, comme Ibra… Comme tous les sportifs, jusqu'à 40 piges qui ont réussi. Ça, j'ai envie de le faire. Je sais que tu vois, quoi qu'il arrive, cet été, je suis lock‑in pour m'entraîner. La terre battue, on ne va pas se cacher, cela fait quand même 3, 4 ans, je peine beaucoup, beaucoup plus dur. Encore ce soir, je le voyais, je le disais : wawhou, pour faire des services gagnants, pour avoir des points gratuits, c'est quand même plus dur. Un bon dur américain, cela va m'aider, quoi !

 

Rafa Nadal, quand il est parti à la retraite, disait qu'au‑delà de son jeu, de ses coups, etc., ce qu'il aimerait que l'on retienne de lui, c'est que c'était une bonne personne, un bon gars de Manacor. Est‑ce que finalement, ce que tu aimerais que l'on retienne de toi, c'est plus tes coups spectaculaires, ces smashs hélicoptères, ou plus ta personnalité que tout le monde décrit comme attachante ? On ne t'a pas trouvé un seul ennemi sur le circuit ?

En fait, en vrai, sincèrement… Je ne sais pas, en vrai. Je pense que c'est super subjectif. Les gens retiendront ce qu'ils ont envie de retenir. J'ai été moi, du début à la fin. Je n'ai pas forcément quelque chose de particulier, mais voilà, je pense quelqu'un de joyeux et de chaleureux, quelque chose comme cela.

Publié le par Alexandre HERCHEUX

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