Novak Djokovic sur la fronde : "Je n'en fais pas partie"
Roland-GarrosUn 25e titre du Grand Chelem pour Novak Djokovic à Roland-Garros ? Le Serbe était présent en conférence de presse ce vendredi 22 mai, jour de son anniversaire, à l’occasion du traditionnel media day. À 39 ans, il est longuement revenu sur sa préparation avec seulement un match sur terre battue, mais aussi sur l’absence de Carlos Alcaraz. À noter que Novak Djokovic affrontera le Français Giovanni Mpetshi Perricard au premier tour.
Novak Djokovic en conférence de presse ce vendredi à Roland-Garros
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"Je n'ai pas fait partie du processus"
Merci de passer ton anniversaire avec nous ! Je voudrais savoir comment tu vas depuis Rome, et comment tu te prépares ?
Ce n'était pas exactement ce que j'imaginais pour mon anniversaire, mais bon… Cela fait plaisir de vous voir néanmoins. J'ai passé beaucoup d'heures sur le court pour améliorer le jeu, le corps, être prêt physiquement pour jouer en cinq sets. On verra ! Je ne sais pas si ce sera le cas sur l'ensemble du tournoi, quelle qu'en soit la durée pour moi. Mais les Grands Chelems, je l'ai déjà dit, ont toujours été mes priorités, notamment depuis 2 ans. Donc j'essaie d'être au meilleur de mes capacités, pour gagner encore des Grands Chelems. Donc on va se battre.
Joyeux anniversaire ! Peux‑tu nous donner ton avis sur la protestation, les 15 minutes, est‑ce que tu en fais partie, et est‑ce que tu comptes les minutes ?
Non, je n'en fais pas partie, donc je ne peux pas commenter là‑dessus. (Sonnerie de téléphone.) Si vous voulez, je peux répondre à votre téléphone ! C'est probablement quelqu'un qui veut me souhaiter un bon anniversaire ! Donc, je disais : je n'ai pas fait partie de ce mouvement, je n'ai pas fait partie du processus ni des conversations qui ont eu lieu, ni de la planification, l'organisation, la prise de décision, donc je ne peux pas commenter.
Mais ce que je peux faire, en revanche, c'est rappeler ma position, que j'ai déjà affirmée plusieurs fois par le passé : en tant que joueur, et c'est ce que j'ai fait, j'ai été joueur pendant des années, j'ai toujours été du côté des joueurs. Je me bats pour les droits des joueurs, pour un meilleur avenir pour les joueurs, et pas uniquement les joueurs de haut niveau, mais à tous les classements, et dans tous les domaines, notamment le tiers du bas du classement des joueurs professionnels, que l'on a tendance à oublier. Quand je dis "on", c'est nous et les médias, et tous les gens du monde du tennis qui parlent du Prize Money, de ce que gagnent les grands joueurs, mais ils oublient le peu de gens qui arrivent à vivre de ce sport.
Je l'ai déjà dit, c'est le point important du tennis professionnel, c'est qu'effectivement, le haut du classement doit s'occuper des autres, si on veut que les joueurs vivent et ne soient pas en train d'essayer de survivre de leur sport. Il faut tenir compte du fait que le sport, c'est un tout. Il faut augmenter le nombre d'enfants, par exemple, qui veulent se lancer dans le tennis professionnel, et pour moi, ça, c'est le sujet essentiel, c'est‑à‑dire comment développer le sport dès le départ, à la base.
Il ne s'agit pas de quelques joueurs qui expriment leur contentement ou mécontentement. Cela doit être le sujet pour tout le monde. On est très fragmenté, c'est un sport très complexe, la manière dont il est divisé, réglementé. Le fait qu'il se fragmente davantage, cela me fait mal, en fait. Je n'aime pas voir cela. Voyons ce qu'il se passe, et apprenons aussi du golf. Je crois que le golf est un bon exemple. C'est un sport professionnel individuel, qui est passé par des temps difficiles en termes de gouvernance, et parfois, les joueurs ne peuvent faire qu'un circuit, puis s'ils vont à l'autre, ils ont du mal… Voyons ce qu'il se passe.
L'idée, c'est d'espérer parler d'une même voix, et que notre sport ait un meilleur avenir. Je pense que le moment est venu, parce que ce n'est pas une chose qui se passe ici, ou une autre, et dans laquelle les joueurs participent pour les médias, mais il y a beaucoup de rumeurs, de ressentis quant au changement du sport. C'est quelque chose d'inévitable. J'espère que l'on pourra progresser avec le moins de turbulences possible.
"Quand je suis sur le court, j'y crois"
Quant à ta préparation, tu as décidé de ne pas avoir joué à Genève. On sait comment tu as fini en Australie, avec une semaine où tu n'avais pas raté un seul set. Comment est‑ce que tu te prépares, quand tu as des tournois aussi gros que celui‑là à jouer ?
Pour être honnête, ce n'était pas vraiment un choix. Mon corps ne m'a pas permis de jouer après Indian Wells, mon corps demandait un repos. Il fallait que je me soigne. Je ne pouvais pas me battre, je n'ai pas pu me battre pendant des semaines, pendant plusieurs mois ! Donc je me suis dit que cela valait la peine d'essayer, et de voir où j'en étais. Mais il fallait quand même que je fasse au moins un match, pour que l'arbitre annonce le score, et le dise, et que je sache un peu ce qui allait se passer en arrivant à Roland‑Garros. Fort heureusement, la réponse de mon corps, la réaction de mon corps à cette préparation, ces dix derniers jours, a été positive, donc je suis là. On va voir ce qu'il se passe.
Je me rends compte que ta préparation n'a pas été idéale, mais quand tu vois que Carlos Alcaraz n'est pas là cette année, est‑ce que tu penses que tu as davantage de chances ?
Il a gagné Roland‑Garros deux fois. C'est le champion en titre, donc c'est un gros coup pour le tournoi, son absence.
Est‑ce que cela change mon approche du tournoi ? Je ne pense pas que cela la change de manière significative. Mon corps m'a fait passer par des moments difficiles depuis 6 à 8 mois. Cela a été ma principale préoccupation, et pas vraiment le fait de savoir que Carlos soit là ou pas, cela allait me donner plus de chances. Si je suis en forme, et capable de maintenir cette forme sur tout le tournoi – bien entendu, on n'est pas dans la même forme au début du tournoi qu'à la fin – mais si j'arrive à maintenir mon niveau de fraîcheur et de progrès, à ce moment, je pense que j'ai toujours mes chances, et je l'ai déjà prouvé en Australie cette année, où je n'étais pas loin de gagner un autre Grand Chelem.
J'ai toujours cela à l'esprit, quand je suis sur le court, J'y crois.
"Je ne suis pas un joueur qui naturellement, fait des services volées"
Jannik a aussi beaucoup gagné, il vient de gagner un Masters. Est‑ce que tu peux dire, quand on gagne autant de matchs, l'un derrière l'autre, quelle est la confiance que l'on ressent ?
Je le félicite sincèrement. Je l'ai fait, d'ailleurs, sur les réseaux sociaux. Je crois que lui et son équipe ont fait quelque chose de fabuleux. Nous avons beaucoup parlé du fait que Jannik est impressionnant sur toutes les surfaces. Les gens se posent la question de savoir si, compte tenu de son type de jeu, il est aussi bon sur terre battue, mais il a montré que c'était le cas, et c'est fabuleux.
Je suis un des deux qui, dans l'histoire, a gagné les Masters d'or. Je le félicite, parce que c'est une vraie réalisation. Il est très jeune, en plus. Il a encore beaucoup de temps devant lui. Je crois qu'il vise aussi le Grand Chelem d'or. L'absence de Carlos augmente encore ses chances à lui aussi. Mais on est tous là pour essayer de gagner contre lui, et de l'empêcher de gagner davantage de titres. Mais on a vu hier soir sur le terrain qu'il n'a perdu que pour la troisième fois cette année, contre Monfils et Svitolina, pendant l'exhibition. Je lui ai dit sur le court, d'ailleurs : si tu ne fais pas un effort, tu vas perdre contre Gaël !
Blague à part… Excusez‑moi, il faut que je boive un peu d'eau.
Je voulais dire quelques mots sur Gaël, aussi. Gaël est un ami et un adversaire que j'ai toujours beaucoup admiré. Depuis l'âge de 13, 14 ans, on a grandi ensemble. Hier, la soirée a été fantastique, une atmosphère fabuleuse. Il a insisté pour que l'on joue. C'est la première fois que j'ai joué à ce jeu qu'il avait organisé hier. Cela a été très amusant. On était ravi d'être là pour lui, il le méritait. Il le mérite.
C'est un petit message pour Gaël, il le mérite, non seulement en tant que joueur de tennis, mais en tant qu'être humain, aussi, en tant que personne. C'est quelqu'un qui a touché le cœur de beaucoup de gens. Il est respecté dans tous les vestiaires, vestiaires pour hommes ou femmes, partout. Je ne connais personne qui n'aime pas Gaël dans notre monde. C'est l'un des joueurs que je préfère regarder jouer. Je me réjouis de le voir jouer pour son dernier Roland‑Garros.
Il semble que ces dernières années, tu aies joué de manière très agressive. Est‑ce que c'est une décision consciente, ou c'est quelque chose qui s'est mis en place tout seul ?
C'est naturel, logique et rationnel de monter davantage, rentrer davantage sur le terrain, prendre la balle plus tôt, ne pas prendre de risque. Je ne rajeunis pas, comme vous le savez. Et le corps, plus difficile à gérer, pour les longs matchs, et après les longs matchs. On récupère moins vite qu'avant.
Je sais que c'est le type de plan de jeu qui est souhaitable. C'est une tactique souhaitable. Est‑ce que c'est facile à mettre en jeu dans tous les matchs ? Non. Je ne suis pas un joueur qui naturellement, fait des services volées. Mais quand il le faut, on le fait.
Je suis assez confiant dans mon jeu de défense, je l'ai toujours été et parfois, cela joue contre moi, parce qu'il faut que je cours davantage, et que je fasse subir davantage de pression à mon corps. Mais c'est aussi quelque chose sur lequel je travaille davantage, des balles plus courtes, prises plus tôt, davantage de pression sur l'adversaire. Cela semble continuer à marcher.
Publié le par Jeremy MARTIN