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Stan Wawrinka : "J'ai tout fait pour ne jamais rien regretter"

Roland-Garros
Mis à jour le par Sebastien CLAUDE

Stan Wawrinka a officiellement disputé son dernier match à Roland-Garros. Ce lundi 25 mai, le lauréat de l'édition 2015 s'est incliné au premier tour face à Jesper De Jong, repêché de dernière minute après le forfait d'Arthur Fils (6-3, 3-6, 6-3, 6-4). Après une jolie cérémonie sur le court Simonne-Mathieu, le Suisse s'est rendu en conférence de presse, où il a notamment pu revenir sur ses meilleurs moments à Roland-Garros et sa relation avec ce tournoi, avant de s'arrêter sur son état d'esprit tout au long de sa carrière. 

Stan Wawrinka en conférence de presse après sa défaite à Roland-Garros

 

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"C'est toujour surprenant de recevoir tant d'amour"

Ce n'est pas le résultat que tu attendais aujourd'hui mais tu peux nous parler de l'atmosphère et du soutien du public sur le Simonne-Mathieu ?

C'était dingue, plus que ce à quoi je m'attendais. En finissant avec un tel soutien et l'amour du public, c'est exactement la raison pour laquelle j'ai joué si longtemps au tennis.

 

Depuis quelques jours, on parle beaucoup aux autres joueurs de toi et ils sont complètement dingues de toi. La question que je te pose : est-ce que tu es conscient de l'impact que tu as sur des joueurs qui ont 10-15 ans de moins que toi ? Est-ce que ça te surprend cet hommage que tu as cette année de leur part ?

Bien sûr, c'est toujours surprenant de recevoir tant d'amour et de soutien d'autres joueurs ou même des fans, ou même de tournois en général. Mais cela fait plus de 20 ans que je suis sur le circuit. Quand j'étais jeune, mon rêve était de devenir un professionnel et d'être parmi les meilleurs et de jouer ces tournois. Je ne m'attendais absolument pas à arriver si haut dans le monde du tennis, mais en fait je ne me suis jamais fixé de limite dans ma carrière. A chaque fois je voulais aller plus loin, je travaillais pour aller plus loin, je me poussais dans mes derniers retranchements pour trouver la meilleure façon d'y arriver. Je suis content et fier de ce que j'ai réussi à faire depuis toutes ces années bien sûr.

Aujourd'hui, cela a été vraiment dur et ce n'est jamais simple de toute façon de dire au revoir à quelque chose que l'on a tant aimé et j'y ai dédié ma vie, toute ma vie. Donc, je sais que ce sera un peu difficile de quitter Roland-Garros.

 

"Lorsqu'on est dedans, c'est une vie incroyable"

Félicitations Stan et merci vraiment profondément pour ta contribution au mythe et au sport du tennis. Pendant les années d'or 2014, 2015, 2016, notamment, tu étais sûrement le plus enragé des quatre grands. Maintenant, avec le recul, est-ce que tu crois que tu étais au courant, enfin tu te rendais compte que tu écrivais l'histoire du tennis ou c'était simplement l'amour du jeu qui te faisait engranger réussites, succès après succès ?

Non, pour moi c'est la passion pleine et totale. C'était ce que je voulais faire, me pousser dans tous mes retranchements. Je n'ai jamais dit : « Mon objectif, c'est d'être n° 1 ou gagner un Grand Chelem », non. Mon objectif, quand j'étais enfant, quand je commençais à jouer, quand je voulais vraiment jouer au tennis, c'était ma vie, c'était de jouer contre les Top 100, d'être dans les Grands Chelems, de jouer les grands tournois. Une fois de plus, je dirais que j'ai toujours eu cette passion pour le tennis. La vie du circuit aussi. Lorsqu'on y est, lorsqu'on est dedans, c'est une vie incroyable, on voyage dans le monde entier, on joue les plus grands tournois au monde et on a cette occasion de jouer devant tellement et tellement de fans, devant tellement de personnes en définitive. Donc c'est vrai, je ne me suis jamais vu penser « Je vais écrire l'histoire du tennis ou dans le tennis » ou d'atteindre tel ou tel niveau ou de battre telles statistiques ou de gagner des Grands Chelems. Non, à chaque fois, c'est moi-même qui m'intéressais, comment m'améliorer au tennis, comment mieux jouer, comment mieux repousser mes limites, comment gagner l'un des 4 grands, les Big 4. C'étaient eux qu'il fallait battre pour gagner les meilleurs tournois.

 

Quand on pense à toi ici, les gens pensent à la finale contre Novak et le niveau que tu as atteint ce jour-là. Est-ce que tu as regardé ce match après coup et quel sentiment as-tu ressenti lorsque tu as réussi à amener le tennis à ce niveau, battre celui qui dominait le tennis ?

Je n'ai jamais regardé le match en entier. Bien sûr, j'ai vu les meilleurs moments pour me rendre heureux et je me suis dit : ça c'est mon tennis, ça c’est mon jeu. Parfois, je me dis que j'arriverai à répéter ça, mais ce n'est pas facile malheureusement de répéter ces bons coups.

Je vais vous dire quelque chose, peu importe votre niveau et là où vous en êtes dans votre carrière, lorsque vous êtes dans le match, dans le tennis, c'est ce rythme et il faut faire au mieux dans ce rythme que vous avez. À ce moment-là, je ne disais pas « C'est incroyable, je joue super bien » ou « C'est particulier, c'est spécial ». Non, je me concentrais sur le fait que je voulais battre le n° 1 à l'époque, le meilleur d'ailleurs et c'était une finale d'un Grand Chelem, ici, à Roland-Garros. Je crois que j'ai regardé toutes les finales avant ce match de Roland-Garros. Donc un moment vraiment particulier, mais je savais que lorsque je suis rentré sur le court, j'avais les atouts pour le battre. Je connaissais mon niveau, j'avais la confiance, je croyais en mon mental, mon cerveau, mon physique et mon jeu de tennis, mon tennis pour pouvoir faire cela.

 

Avec ce match et à cause de ce match en 2015, est-ce qu'on pourrait dire qu'ici c'est d'être à la maison parce que c'est là où il y a toutes les émotions et donc difficile de dire au revoir à cet endroit particulier cette année ?

Oui, oui, sans doute, c'est sans doute le plus haut parmi les plus hauts pour de nombreuses raisons, pas seulement en 2015. Le junior que j'ai gagné était aussi très important et quand j'étais jeune, je regardais Roland-Garros côté francophone de la Suisse ; c'était mon rêve. À cette époque, je revenais de l'école et puis j'allumais France Télévisions et puis toute la journée, toute la nuit, je regardais jusqu'à très tard les matchs.

Quand j'étais enfant j'adorais cela énormément. Je regardais l'armada espagnole avec des joueurs incroyables. J'ai grandi et je me suis développé sur la terre. Jusqu'à 2003 et 2004, je ne jouais que sur terre pendant toute l'année, parce que je jouais aussi beaucoup en Espagne. Pour moi, le Roland-Garros c'est vraiment complètement différent de tous les autres tournois.

 

"Prendre un peu de temps pour digérer ces 25 ans de carrière"

Félicitations pour toutes ta carrière.

Merci.

 

Si tu as un enfant et tu dois lui dire quelque chose… un fils, et tu dois lui dire « J'ai été capable de faire ceci », qu'est-ce que tu lui dirais à ton fils ? Est-ce qu'on peut regretter qu'il y ait eu un autre Suisse ici qui a fait plus que toi ici avant toi ?

Dans ma carrière, j'ai tout fait pour ne jamais rien regretter même si, bien sûr, il y a ici et là peut-être un petit regret. Mais lorsque je suis arrivé sur le circuit et que Roger était là, je me suis dit « c'est une grande opportunité ». C'est une chance en fait. Moi, j'étais un jeune suisse, je pouvais pratiquer les entraînements, apprendre des meilleurs joueurs. Il était déjà n° 1, il était déjà au sommet et j'ai la chance de jouer la Coupe Davis, les Jeux Olympiques, etc. Et donc, si je regarde, la façon dont je vois les choses, je suis de façon générale assez positif. Je vois toujours le côté positif des choses, dans tout ce que je fais, dans toute chose et, pour moi, c'était une chance absolument fabuleuse de pouvoir arriver ici, sur le circuit et puis de passer 20 ans avec Roger qui était toujours là.

 

Il y avait un boxe quasiment complet et à quel point c'était important que Serge, Pierre soient dans ton box aujourd'hui et est-ce que tu pourrais nous dire comment tu as vécu l'heure entre 17 et 18 heures et ce que tu as fait ?

C'est sûr que, comme je l'ai dit, Roland-Garros c'est vraiment particulier. Pour moi, sachant que c'était mon dernier Roland-Garros, c'était important de pouvoir essayer de partager cela avec la plupart des personnes qui m'ont suivi durant ma carrière ou qui me suivent encore. Je suis très heureux que Serge, Pierre et Isa* aient pu venir pour ce premier match. C'était important, comme j'ai le dit, de pouvoir partager surtout à Roland-Garros.

Ensuite, qu'est-ce que j'ai fait de 5 à 6 ? Pas grand-chose à part... J’étais dans le vestiaire, tranquille, décompresser, un petit bain froid pour décompresser. Voilà, c'est tout.

 

Est-ce que tu sais ce que tu vas faire l'année prochaine ?

 Je sais certaines choses que je vais faire, mais j'ai exprès mis beaucoup d'options de côté, parce que j'ai envie de pouvoir finir cette année le mieux possible, j'ai envie de pouvoir garder mon focus sur l'année ; j’ai envie de pouvoir penser et vivre le tennis à fond si je veux encore essayer de maintenir ce niveau jusqu'à la fin de l'année. Pour moi, c'est important. Et surtout parce qu'une fois l'année finie, j'ai envie de prendre un peu de temps pour diriger ces 25 ans de carrière, pour digérer ce chapitre qui a été toute ma vie jusqu'à maintenant et pour me retrouver un peu, savoir ce que j'aurais vraiment envie de faire une fois que j'aurais toute la journée devant moi et tous les jours. Donc, je sais que j'ai besoin un peu de calmer tout cela et de prendre le temps tranquillement.

 

"Gaël est une personne exceptionnelle"

Tes derniers mots sur le court ont été pour Gaël. Vous avez fait 20 ans ensemble, il a eu des mots très élogieux pour toi aussi en début de semaine, vous vous êtes fait des compliments respectifs fréquemment dans la carrière. Est-ce que tu peux m'expliquer à quoi est due cette amitié, à quand elle remonte et est-ce que tu as un souvenir de votre premier match à Lyon en 2004, en qualification, où vous étiez tout minot tous les deux ?

Maintenant que tu reparles de ce match, je m'en rappelle mais c'est vrai que cela date. L'amitié, pour moi, il n'y a pas besoin de l'expliquer, elle se fait naturellement, elle se fait avec nos personnalités. On s'est toujours bien entendus et je pense que plus les années ont avancé plus on a pu se connaître, passer du temps hors tennis, parler d'autre chose, se voir aussi beaucoup hors tournoi. Comme je l'ai dit, une amitié pour moi il n'y a pas besoin de l'expliquer. Gaël est une personne exceptionnelle, une personne comme moi, honnête. On n'a pas besoin de jouer un rôle, on s'entend super bien ; on est super heureux l'un pour l'autre quand il gagnait, même quand on se jouait.

On n'a jamais eu de rivalité, j'ai envie de dire. Bien sûr, chacun a voulu faire la meilleure carrière possible, mais je pense que des deux côtés, on était très heureux quand l'autre gagnait, tout simplement.

Et Lyon, cela remonte... Il va falloir que je puise dans ma mémoire... Je me rappelle avoir été nerveux sur le terrain. Je me rappelle son style aussi, sa façon de jouer. C'était le tout début de nos carrières, et donc ce sont des souvenirs exceptionnels.


Stan, la fascination de tous ces jeunes, des gens aussi, est-ce dû à ta passion pour le sport que l’on voit toujours quand tu es sur le court ?

Oui, j'espère en tout cas. C'est ce que j'essaie de transmettre, et c'est ainsi que je fais les choses. Je fais les choses à fond, je suis comme je suis, j'essaie d'être toujours honnête avec les gens, avec moi-même en premier, et avec ce que je vis sur le terrain. J'ai toujours essayé de partager un maximum mes émotions avec le public, avec les gens, avec les personnes autour, avec les jeunes surtout. Je sais ce que c'est d'avoir commencé le tennis à 8 ans, et d'avoir tout de suite été passionné par ça, d'avoir rêvé, un jour peut-être, pouvoir jouer Roland-Garros. Quand je vois les jeunes, quand je vois les ballos, quand je vois cette génération avec le sourire, qui sont trop heureux d'être là, c'est ce que j'adore, là où j'adore avoir le plus de contacts.

 

Tu as évoqué, en anglais, ton lien profond avec ce tournoi. Ce lien, tu l'as aussi avec le public français. As-tu toujours ressenti un attachement particulier avec le public français ? Là encore aujourd'hui, on avait presque l'impression que tu étais français, vu l'atmosphère ! Est-ce quelque chose que tu as toujours senti et comment l'expliques-tu ?

R. Non, à ce point-là, non ! Depuis quand est-ce ainsi ? Même si j'ai toujours eu du soutien, j'ai toujours eu un feeling avec le public, je dirais que c’est entre 2014, 2015 et 2016 que j'ai réussi à connecter avec le public français. Je pense que moi d'un côté, et le public aussi. Il a fallu un peu de temps pour me comprendre, pour savoir comment j’étais, pour vraiment avoir envie de me soutenir à ce point-là. Pour moi, c'est sûr, toutes ces dernières années, pas qu'à Roland-Garros, dans les autres tournois en France, elles ont été exceptionnelles.

Comme tu dis, quand je vois ce qui se passe aujourd'hui, quand j'entends le public qui essaie de m'encourager, qui essaie de me soutenir, je me sens "à la maison » ! Il n'y a rien d'autre à dire. C'est un sentiment exceptionnel. Et c’est une des raisons pour laquelle, à 41 ans, j'ai fait l'effort de pouvoir encore être ici. Parce que vivre des émotions comme ça, c'est ce qu'il y a de plus vrai, en tout cas pour moi, c'est ce que j'aime le plus dans ma vie de joueur de tennis. C'est ce qui m'a toujours motivé.

 

Quand on parle avec les autres joueurs, on connaît certainement tes chiffres impressionnants, mais ils parlent aussi toujours de ton caractère, de ta personnalité. Est-ce un point qui te rend particulièrement fier, de ne pas être seulement reconnu comme joueur de tennis, mais comme personnalité ?

Je ne vais pas dire que cela me rend fier, je suis très content et très heureux d'apprendre ça. Comme je l'ai dit, j'ai toujours été comme je suis, j'ai toujours été honnête avec tout le monde. Je pense être dans l'ensemble une bonne personne. J'ai toujours essayé de partager un maximum. J'ai eu la chance de pouvoir être joueur de tennis pendant 25 ans. Pour moi, c'est une chance énorme, quand on aime ce que qu'on fait, qu'on est passionné par ça.

J'ai toujours essayé de justement divulguer le message qu'avec la passion, avec le travail, avec l'envie, on peut arriver à certains résultats qui sont bien au-delà de ce qu'on pourrait rêver quand on est jeune, tout simplement. Oui, je pense qu’être joueur de tennis, c'est particulier, parce qu'on se côtoie tous, on s'entraîne tous ensemble, mais on est tous adversaires. Il faut savoir trouver les limites aussi, au niveau des émotions qu'on peut avoir avec certains potes, ou avec certains autres joueurs, tout simplement. Mais à la fin, j'ai toujours été quelqu'un qui considère que puisque l’on va se côtoyer, que l’on va s'entraîner ensemble, autant que l’on s'entende bien, autant que cela se passe bien. Et on n'a pas besoin de mettre de rivalité ou de "haine" dans tout ça. On peut faire toute une carrière de 25 ans en s'entendant bien pratiquement avec tout le monde.

Publié le par Sebastien CLAUDE

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