Thanasi Kokkinakis, le guerrier miraculé : "Ça consume ma vie"
Roland-GarrosThanasi Kokkinakis revient de très loin, dans tous les sens du terme. L’Australien a renversé Térence Atmane 6-7(5), 6-2, 4-6, 6-3, 7-5 ce lundi à Roland-Garros, après avoir été mené 2-5 dans le cinquième set, dans une ambiance brûlante face à un Français porté par le public. En conférence de presse, Kokkinakis a raconté une victoire presque irréelle après un an et demi de galères physiques, sans presque toucher la raquette pendant plusieurs mois, avec une épaule, un pectoral et un bras à reconstruire. Très ému, il a reconnu avoir eu peur de ne même pas pouvoir jouer ce premier tour, au point de demander à certains proches de ne pas venir. Mais dans la fournaise parisienne, avec 24 aces et une énergie folle, l’Australien a retrouvé ce qu’il était venu chercher : ces “petites victoires” qui donnent envie de continuer.
Thanasi Kokkinakis au 2e tour de Roland-Garros 2026
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"Quelqu'un derrière moi criait à pleins poumons"
Félicitations ! Est‑ce que tu peux nous parler du match et de l'ambiance, sachant que tu jouais contre un favori français ?
L'ambiance était incroyable. C'est vrai que le public est extrêmement dynamique. Que le public soit contre moi ou avec moi, quoi qu'il en soit, l'ambiance est électrique. C'est pour cette raison que l'on aime jouer à Roland. J'étais vraiment content de pouvoir retourner à Roland, sur terre battue.
Félicitations pour cette belle victoire ! Lorsque le public est pour ton adversaire, est‑ce que tu l'utilises à ton avantage ? Tu arrives à en tirer parti ?
Oui, c'est certain que je m'en rendais compte. D'ailleurs, quelqu'un derrière moi criait à pleins poumons. À la Coupe Davis, cela m'était déjà arrivé, donc je m'y attendais. C'est vrai que parfois, entre les services, cela peut être difficile. Mais une fois de plus, lorsque mon adversaire était au service, l'ambiance était électrique. Je pense que quand même, j'ai réussi à rallier certains membres du public, d'ici à la fin du match.
C'est vrai qu'un public complètement silencieux, c'est déprimant.
Oui, j'ai fait quelques sessions d'entraînement et matchs d'entraînement complètement silencieux, et c'est vrai que cela peut être décourageant.
"J'avais demandé à certaines connaissances de ne pas se rendre à Roland‑Garros"
Tu as uniquement joué un match, entre l'Open d’Australie l’année dernière et le début de ce mois. Donc est‑ce que tu es surpris de ce résultat aujourd'hui, en un sens ? Et cette performance, comment va‑t‑elle te servir ? Sachant que tu étais à 2/7 dans le dernier set, et qu’il servait pour le match.
Revenir après Adélaïde, et battre un joueur tel que Korda, après n'avoir pas pu toucher une raquette pendant six ou sept mois, ce qui a été la plus longue période de ma vie où je n'ai pas pu toucher de raquette, et avoir cette blessure à l'épaule, et ensuite me réveiller, chaque jour, me demander ce que j'arriverai à faire ou pas... Du point de vue de mon niveau de tennis, c'est vrai que j'ai pu déjà montrer, dans le passé, que j'étais capable de revenir. Et revenir après si peu de tennis, dans un Grand Chelem, dans ces conditions, contre un joueur favori, français, ici à Roland‑Garros, c'est une belle victoire. Je n'en étais pas sûr jusqu'à il y a quelques jours. D'ailleurs, j'avais demandé à certaines connaissances de ne pas se rendre à Roland‑Garros, car je n'étais absolument pas sûr de l'issue du match. Mais je suis ravi de ce match et de cette énergie.
Tout ce travail de rééducation a été utilisé à bon escient, mais sachant que ce match a duré presque 4 heures et demie, sachant que tu disais que tu n'étais absolument pas sûr de pouvoir jouer, qu'est‑ce que tu envisages maintenant ? Comment tu te projettes ?
Je ne me projette pas vraiment. J'ai vraiment fait tout ce que je pouvais du point de vue de ma récupération et du point de vue de ma remise en forme. Il faisait très chaud aujourd'hui, le match a effectivement duré près de 4 h 30, et j'ai réussi à tenir bon. Je le dis en toute confiance, j'ai fait tout ce que je pouvais. Et je l'ai dit à mon équipe, je vais jouer à Roland‑Garros l'année prochaine, et on verra bien ce qui se passera. Voilà où nous en sommes aujourd'hui. Maintenant, je sais que je peux passer au prochain tour.
Tu as raté de nombreuses occasions de jouer au fil des ans, du fait de tes blessures. Est‑ce que tu sens un peu plus jeune maintenant, tu sens que tu as rajeuni ?!
Non, je ne sens absolument pas que j'ai rajeuni, mais sur le plan mental, peut‑être un petit peu. C'est curieux, parce qu'il y a un certain nombre de joueurs qui sont plus jeunes que moi, qui pourtant, ont joué peut‑être deux ou trois fois plus que moi, lorsque j'étais jeune, il y a eu tant de saisons où j'ai dû rater un certain nombre de tournois. Mais j'ai dû effectivement, ces derniers temps, rater un certain nombre de matchs. Je vais voir si cela est possible, si je peux jouer tous les matchs d'une saison. Je verrai ce que mon corps me laissera faire. Mais c'est pour cette raison que j'ai pu, grâce à ce temps de repos, jouer aujourd'hui.
"J’ai parlé au médecin de Rafa, qui me disait qu’il n’avait jamais vu une telle opération chirurgicale"
La chaleur cette année, c'est un facteur à Roland‑Garros, et aujourd'hui, est‑ce que c'est un facteur, d'autant plus que tu es australien ?
Après 18 mois de pause, je n'y étais plus habitué. Si j’avais fait des tournois entretemps, j’y serai habitué, mais sur terre battue, c’est quand même particulier. À l'US Open, c'est vrai qu'en général, on joue dans des conditions assez chaudes et humides. On a, en plus, juste une minute pour le changement de côté, donc c'est extrêmement court, et cela rend les choses d'autant plus difficiles.
On ne t'avait pas vu depuis un certain temps, mais avec ta blessure à l'épaule, aux pectoraux, au bras… Quel est le travail qui est nécessaire ? D'ailleurs, tu avais demandé à certaines personnes de ton entourage de ne pas venir à Roland‑Garros. Donc, où en es‑tu ? Comment fais‑tu face à tout cela ?
Rien de cela n'est normal, et c'est vrai que je n'ai pas pu parler à qui que ce soit qui aurait subi la même intervention que la mienne. En janvier de l'année dernière, avant l'intervention, j’ai parlé au médecin de Rafa, qui me disait qu’il n’avait jamais vu une telle opération chirurgicale. C'est un peu comme une blessure de bodybuilder, ce que j'ai eu.
Dans le tennis, ce qui est difficile, c'est qu'il faut énormément manier la raquette, et pour remporter un tournoi, il faut gagner 5 à 7 matchs, donc c’est une guerre absolue ! Ce n’est pas normal, mais j’essaye d’apprendre cette nouvelle normalité, et ce que je devrais ressentir. S'il y a certains signaux d'alarme qui commencent à s'activer, et à s'allumer, il faudra que j'y fasse extrêmement attention, que je sois vigilant. Mais je prends les choses au jour le jour. C'est vraiment la première chose à laquelle je réfléchis le matin quand je me lève. Cela me consume. C'est très difficile parce que parfois, pendant un match, au final, ce n'est pas tant l'adversaire qui va me préoccuper que ma capacité à tenir le match dans son intégralité. C'est très curieux d'entrer dans un match et de se dire que l'adversaire, au final, c'est au second plan !
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Publié le par Alexandre HERCHEUX