Le nouveau partenaire de l'US Open fait jaser : "Un échec moral"
US OpenC'est une annonce commerciale qui dépasse largement le simple affichage d'un nouveau sponsor sur les courts. Depuis lundi 31 août, Kalshi est officiellement le premier "Official Prediction Market Partner" de l'US Open. L'accord, exclusif et pluriannuel, prévoit une présence de la plateforme sur les supports numériques du tournoi mais aussi sur la signalétique à Flushing Meadows. Sur le papier, l'USTA présente cette arrivée comme un outil supplémentaire pour rapprocher les supporters du jeu. Mais derrière le vocabulaire de l'innovation se trouve une question devenue particulièrement sensible dans le tennis : jusqu'où un tournoi peut-il rapprocher son produit des marchés sur lesquels de l'argent est engagé ?
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L'US Open interdit déjà les marchés sur les blessures et l'arbitrage
Premier élément révélateur : l'accord comporte lui-même plusieurs garde-fous. L'USTA a annoncé que les marchés susceptibles de présenter un risque pour l'intégrité seront restreints. Sont explicitement cités les décisions arbitrales, les blessures des joueurs et les violations du code de conduite. Kalshi a parallèlement conclu un accord confidentiel de partage de données avec l'International Tennis Integrity Agency (ITIA) afin de permettre une surveillance en temps réel de l'activité des marchés.
Kalshi is now the exclusive Prediction Market Partner of the US Open.
The multi-year deal is designed to deepen our understanding of tennis through the power of free markets, live price discovery, and crowd wisdom.
Together with the USTA, we're also building a comprehensive… pic.twitter.com/HCFzpeIC7F — Kalshi (@Kalshi) September 1, 2026
Craig Tiley, nouveau directeur général de l'USTA depuis juillet, assure que le partenariat doit permettre au tennis d'innover3 tout en protégeant l'intégrité de notre sport". L'ITIA a toutefois apporté une nuance importante. Dans une déclaration transmise au journaliste Ben Rothenberg, l'agence a rappelé que les accords commerciaux ne relevaient pas de son champ de compétence, tout en confirmant travailler avec ses organismes financeurs pour identifier et gérer les nouveaux risques liés aux marchés prédictifs.
Un accord qui n'était initialement envisagé que pour 2027
La chronologie de la signature alimente également les interrogations. Selon une enquête de Front Office Sports, l'USTA ne prévoyait initialement pas de conclure ce type d'accord pour l'édition 2026. Les discussions avec plusieurs plateformes portaient plutôt sur une éventuelle collaboration à partir de 2027, avec les problématiques d'intégrité au cœur des échanges. Toujours selon le média américain, l'arrivée de Craig Tiley aurait accéléré le processus. Le contrat n'aurait été définitivement verrouillé qu'après les qualifications, quelques jours avant son officialisation. Front Office Sports souligne même que la catégorie des prediction markets n'avait pas encore été formellement approuvée comme catégorie commerciale par l'USTA la semaine précédente. Une rapidité qui n'a pas convaincu tout le monde. Le journaliste américain Jon Wertheim a réagi très vivement sur X après avoir obtenu la position de l'ITIA : "Quel échec moral absolu".
Kalshi n'est pas juridiquement un bookmaker traditionnel
La nuance est essentielle. Kalshi ne se présente pas aux États-Unis comme un opérateur classique de paris sportifs, mais comme une bourse de contrats événementiels. Ses utilisateurs achètent ou vendent notamment des contrats binaires dont le résultat dépend de la réalisation d'un événement. La plateforme bénéficie depuis 2020 du statut de Designated Contract Market auprès de la Commodity Futures Trading Commission, le régulateur fédéral américain des marchés de produits dérivés.
Cette qualification est précisément au cœur d'une immense bataille juridique aux États-Unis. Plusieurs États considèrent que, lorsqu'ils portent sur le sport, ces contrats s'apparentent à des paris et devraient donc respecter leurs législations locales sur les jeux d'argent. Le sujet est devenu encore plus brûlant cette semaine. Le 28 août, une cour fédérale d'appel a donné raison au Nevada, estimant que l'État pouvait appliquer sa réglementation sur les jeux aux contrats sportifs proposés par Kalshi. Et mercredi 2 septembre, le New Jersey a officiellement saisi la Cour suprême des États-Unis, demandant aux juges de trancher le conflit de compétence entre réglementation fédérale et législations des États. La démarche intervient après des décisions contradictoires rendues par différentes cours d'appel fédérales.
Publié le par Alexandre HERCHEUX