Adrian Mannarino, puni : "De Minaur fait tout un peu mieux que moi"
WimbledonAdrian Mannarino n’a pas trouvé la solution. Opposé à Alex de Minaur au deuxième tour de Wimbledon, le Français s’est incliné nettement 6-3, 6-2, 6-2 face au 5e mondial, trop rapide, trop solide et trop difficile à dérégler sur gazon. Pourtant spécialiste de la surface, Mannarino a reconnu en conférence de presse avoir été frustré par un adversaire qui “fait tout un petit peu mieux” que lui et contre lequel il n’a “pas trop de solution”.
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"C’est rare de voir quelqu’un, sur gazon, que je n'ai pas l’impression de gêner"
J’étais déçu. Je trouve qu’avec son jeu, il dépasse un peu le mien. Il a toutes les armes pour tout avoir après. Sur le court, c’était un match qui était sympa quand même à jouer, avec des beaux points.
Est-ce que tu as pris du plaisir quand même ?
C’est des conditions de jeu qui sont quand même assez agréables. C’est un joli court et tout ça, mais après, c’est difficile de prendre du plaisir. Sur le terrain, j’ai essayé surtout de trouver des solutions. Et je savais déjà d’avance que c’est un joueur contre qui j’ai du mal à jouer. Il se déplace bien, il est très bas. Il faudrait que je joue encore plus puissant peut-être pour le gêner, que je serve un peu mieux. Et voilà, je n’ai pas réussi à le faire. Mais c’est rare de voir quelqu’un qui, sur gazon, j’ai l’impression de vraiment pas le gêner.
Ça devient un peu frustrant parce qu’on voit vraiment que c’est compliqué. Sans ça, je vais essayer de trouver des solutions. Je ne sais pas, j’essaie quelque chose et j’ai l’impression que ça peut marcher, finalement non, ça ne marche pas. C’est comme ça.
C’est vraiment impressionnant en termes de vitesse de déplacement. On a l’impression qu’il y a des balles que 95% des mecs ne ramènent pas, et puis lui, il est dessus, non ?
Oui, il est hyper rapide et il voit bien, il sent bien le jeu. Par exemple, moi, je ne suis pas un grand volleyeur. Il arrive toujours à me faire jouer un passing, une balle de plus. Il récolte quelques points importants là-dessus.
En tout cas, moi, quand je suis en face de lui, j’ai vraiment l’impression qu’il est très fort. Après, il n’a pas forcément des super résultats par rapport à ce que j’estime être son niveau.
“Il fait tout un petit peu mieux que moi”
Qu’est-ce qu’il fait un peu mieux que toi, dans le sens où c’est difficile à bouger, à déranger, à perturber ?
Il fait tout un petit peu mieux que moi. J’ai l’impression qu’en retour, il fait tout le temps jouer. J’ai eu l’impression d’avoir très peu de points gratuits avec mon service. Il m’a obligé de toujours mettre le retour dans le court. À chaque fois, je dois batailler pour gagner des points, pour gagner des jeux. Et physiquement, il est plus rapide, un peu plus endurant, un peu plus jeune. C’est la pression de jouer un joueur qui joue un petit peu comme moi, mais un peu mieux, un peu plus en forme.
Il faudrait peut-être que je tombe sur un jour où il ne se sent pas bien, ou alors qu’il y ait des conditions particulières. Mais là, quand on joue dans des bonnes conditions de jeu comme aujourd’hui, il est juste un peu plus fort.
Et à l’instant, au filet, qu’est-ce que vous vous êtes dit ? Qu’il y avait des beaux points sur la fin ?
Oui, on se connaît pas mal. C’est quelqu’un avec qui je m’entends bien. Moi, je lui dis : “Je n’arrive pas trop à trouver de solution contre toi.” Il m’a dit désolé. Mais non, c’est un mec bien. C’est un super joueur.
“L’ATP voit ça un peu comme une entreprise”
Petite question, on ne te la pose pas directement parce que tu n’es pas un joueur de double en essence, mais tu as beaucoup de potes qui font ça. Qu’est-ce que tu penses de cette décision de l’ATP, de la volonté de l’ATP de réduire le double ? Est-ce que tu penses que c’est une bonne chose pour le tennis ?
Je ne sais pas vraiment. J’ai entendu dire qu’il se passait pas mal de choses, qu’il y avait des réunions et tout ça, mais je ne suis pas hyper concerné par ça. Et je ne me suis pas trop penché. En gros, ils veulent le réduire dans les 250, et dans les 500 et les 1000, les tableaux de moitié ? Et plus dans les 250 ? Et plus dans les 500 ? Non, bref, je pense que l’ATP voit ça un peu comme une entreprise. Qu’est-ce qui rapporte de l’argent ? Qu’est-ce qui ne rapporte pas d’argent ? Et qu’est-ce qui coûte de l’argent ? Voilà, je pense que c’est un peu cruel pour certaines personnes, certains potes à moi qui sont vraiment spécialistes là-dedans.
Pour le sport même, tu penses que le double fait partie de l’histoire du tennis ?
Oui, oui, c’est vrai qu’il y a quelques paires légendaires. On se souvient aussi du tennis à travers le double. Mais voilà, je ne sais pas vraiment si on en a besoin en soi. C’est une question un peu compliquée, je ne vais pas être...
Tu en as parlé avec tes potes ?
J’en ai parlé vaguement avec Manu Guinard, qui est lui, en plus, fait partie des très bons joueurs de double en ce moment. Et lui-même n’était pas hyper au courant de ce qui se passe à l’ATP. On a simplement les prémices à tout ça. Mais c’est comme le tennis féminin, comme la répartition du prize money et tout ça. Il faudrait savoir, il faudrait faire des études un peu plus poussées pour savoir qu’est-ce que c’est, qu’est-ce que ça rapporte, et pour que les gens puissent prétendre en avoir plus ou ne pas en avoir.
“Est-ce que ça ramène des gens ? Est-ce que ça rapporte quelque chose ?”
Parce que les directeurs, quand ils avaient pu discuter, le double, c’est le fait de perdre de l’argent. Mais après, il y a deux choses : il y a le fait de gagner ou perdre de l’argent, puis il y a le fait de se dire, éthiquement, est-ce que quand même ces mecs-là, on les met sur le carreau ? Et puis, s’il ne se passe plus rien d’autre, c’est ça en fait.
C’est quand même des mecs qui jouent et ils ont un niveau.
Et puis après, il y a quand même sur les Grands Chelems, tu vois que les gens vont quand même voir du double.
Sur les Grands Chelems, après, est-ce qu’ils vont voir du double parce que les terrains sont pleins ? J’ai plein de gens qui vont à Roland-Garros, ils me disent : “Tous les terrains, on n’arrive pas à aller dessus parce qu’il y a une queue de dingue, donc on se retrouve à aller voir du double.” Par défaut. Donc il faudrait voir vraiment dans le fond : est-ce que ça ramène des gens ? Est-ce que ça rapporte quelque chose ?
“Je ne sais pas si parmi les quatre, il y en a un qui est plus prestigieux que d’autres”
Je voulais juste poser une dernière question qu’on t’a posée dix mille fois. Toi, en grand spécialiste du gazon, qu’est-ce que tu penses de ce tournoi-là, que beaucoup considèrent comme la Mecque du tennis ? Est-ce que pour toi, c’est le plus grand tournoi du monde ici ? En tout cas, le plus fort, le plus grand tournoi du monde tout simplement ?
Je ne sais pas si parmi les quatre, il y en a un qui est plus prestigieux que d’autres. Ça dépend pour qui. Parce que si tu parles à tous les joueurs sud-américains, ils n’ont que ça, Roland-Garros. Si tu parles aux Anglais, ils vont te dire Wimbledon. Je ne sais pas comment le considérer. C’est vrai que c’est un super tournoi. Ils mettent tout en place pour que d’année en année, ce soit de mieux en mieux, que les joueurs se sentent bien, qu’on soit dans de super conditions, que ce soit un plaisir de revenir ici.
Publié le par Alexandre HERCHEUX