Valentin Royer sans filtre : "C'était une performance pathétique..."
WimbledonValentin Royer n’a pas cherché d’excuse après sa défaite au deuxième tour de Wimbledon. Opposé à Alexander Zverev sur le Court n°1, le Français s’est incliné 6-1, 6-3, 7-6(3) face au numéro 3 mondial, récent vainqueur de Roland-Garros, qui retrouvera Marcos Giron au troisième tour. Mais au-delà du score, c’est surtout les mots durs de Royer qui a marqué sa conférence de presse. Le Tricolore a parlé d’une “performance pathétique”, regrettant de ne pas avoir réussi à se libérer, à mettre de l’adversité et à montrer ce “sursaut d’orgueil” qu’il attendait de lui dans un tel rendez-vous.
Vidéo: Valentin Royer, battu par Alexander Zverev au 2e tour de Wimbledon
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“C’était vraiment très, très moyen de ma part”
Est-ce que tu peux expliquer ton match ?
Franchement, c’était vraiment très, très moyen de ma part. J’ai pas réussi à faire la différence. Et surtout, à me détacher du fait que je suis sur le Court numéro 1 contre Zverev. C’était vraiment un match très moyen. Je suis vraiment déçu de moi.
Tu es déçu par rapport à quoi, en particulier ?
Ce qui me déçoit, c’est que j’ai pas réussi à avoir ce sursaut d’orgueil pour, au fond de moi-même, jouer mon jeu, faire les choses différemment et plus positivement sur le court. C’est pour ça que je suis très déçu.
Tu peux l’expliquer ?
Je pense que lui a très bien commencé. J’ai commencé un peu trop haut au niveau intensité. Je voulais frapper trop fort, le mettre sur les talons un peu vite. J’ai fait énormément de fautes directes dès le début du match. Énormément de fautes directes. J’ai pas réussi à mettre en place mon jeu, à faire ce dont j’avais besoin pour le bousculer. C’est facile quand tu lui donnes les jeux. Lui, il prend confiance, il sert mieux, il retourne mieux et puis dans l’échange, il est plus dominateur. C’était moi qui courais, donc je pense que...
“Il y avait un oiseau sur le court, c’est le highlight du premier set”
À Roland, tu t’es trouvé aussi face à un grand joueur sur un grand court. Qu’est-ce que tu as senti de différent là dans la préparation ? Parce que tu avais plutôt très bien géré le moment à Roland. Qu’est-ce qui a été différent ?
À Roland, c’est sur terre, donc il y a plus de temps. Lui, je pense qu’il a préparé le match différemment. Quand c’était Djokovic à Chatrier (à Roland-Garros), sur une surface très lente aussi, ça me permettait d’avoir du temps. Lui, il m’a agressé direct sur le coup droit, sur mes points à améliorer, les choses que je travaille à l’entraînement. Il l’a plutôt bien fait. Et puis moi, je suis vite passé par là.
Quand tu es sur le court, tu te dis que le match est à ta portée ou bien dès le départ tu te dis que ça va être très, très compliqué ?
Non, en fait, je suis entré sur le court avec un plan qui était très simple : c’était de le choquer, un truc qui met mon courage dès le début, d’y aller. Je l’ai pas fait parce que j’en mettais partout, je faisais que des fautes directes. Il n’y avait pas un échange, en fait. Pas un échange. C’est pas la meilleure chose à se dire, mais je me dis que le public est là, mais il s’ennuie. C’est-à-dire qu’il n’y avait que des fautes directes, pas un échange. Je ne suis pas là pour jouer pour la galerie, mais c’était vraiment... Il y a un oiseau qui arrive sur le court dans le premier set, c’est le highlight du premier set, en fait. C’est l’oiseau qui est sur le court. Il n’y avait rien, en fait. Il n’y avait rien dans le jeu, rien dans les jambes, rien dans le bras. C’était vraiment, vraiment, pour moi, une performance pathétique, à part vers le début du troisième. À part ça, c’était vraiment très moyen.
C’est des mots très, très durs. Tu as déjà eu d’autres défaites aussi cuisantes, à chaud comme ça ?
Oui, quand j’étais un peu plus jeune. Mais là, c’est vrai que... En fait, ce que je dis au début, j’ai pas eu ce rebond d’orgueil pour pouvoir au moins mettre la balle dans le court et puis pouvoir rivaliser. Là, dès qu’il y avait un retour, un service, faute, faute, faute. Alors lui, il servait bien. C’est son arme favorite, c’est son point fort. Mais dans le jeu, je pensais que moi, il servait, je faisais service-faute, service-faute, service-coup droit. Il n’y avait pas d’adversité, en fait. Je ne donnais aucune adversité. Aucune adversité.
Donc pour lui, c’est facile de gagner des jeux derrière. Et puis quand il y a des moments chauds, dans les tie-breaks, dans les fins de set, il est là parce qu’il a confiance. L’autre en face, dès que je fais une balle dans le terrain, il fait la faute. C’est facile derrière. Mais oui, j’ai eu quelques matchs où j’ai pris des fessées comme ça.
“Je me suis déçu moi-même”
C’est quoi le sentiment qui prédomine ? Cette frustration ?
Oui, la frustration et le dégoût envers moi-même. Parce que je sais pas, c’est comme ça. J’essaie de donner l’exemple aux générations futures et tout. Là, c’est pas du tout l’exemple que j’ai envie de donner. Franchement, oui, c’est le bon mot à employer, c’est des mots forts, mais pour moi, c’était une performance pathétique de ma part. C’est une performance pathétique. Je n’ai pas eu les ressources nécessaires pour pouvoir, ou ce rebond d’orgueil, pour pouvoir rivaliser. C’est tout. Il y a juste eu trente minutes dans le match où il y avait match. C’est tout.
Tu as senti une nervosité ? C’était ça qui t’a bloqué ? Tu étais rattrapé par le moment ?
En fait, je ne le vois pas comme ça. Comme je disais au début, je suis rentré, je pense, avec des intentions beaucoup trop fortes, en voulant faire des points gagnants à chaque point, en voulant l’agresser, le mettre sur l’arrière, le faire bouger. C’est ce que lui a bien contré. Il servait bien. Et puis voilà. Et puis, en fait, je me suis dit : bon, j’arrive pas à lui faire mal en frappant fort, en m’engageant dans les frappes, parce que je fais que des fautes directes. Donc, à mon avis, j’ai commencé, entre guillemets, à pousser la balle, à mettre la balle dedans et tout. Lui derrière, il a pris confiance avec les jeux qui allaient, le double break. Et bien, il faisait des coups gagnants, des super bons coups. C’est le troisième mondial, il vient de gagner Roland-Garros, c’est pas n’importe qui.
Derrière, c’est difficile de revenir un peu à la charge. Et au deuxième, c’est exactement pareil. Il y a trop de fautes d’entrée. Je lui offre le break comme ça. Et puis au troisième, heureusement que j’ai ce petit rebond. Heureusement qu’il fait la double, des trucs comme ça, pour m’aider un peu à débreaker dans le troisième. Mais s’il ne fait pas ça, je pense que je prends 1, 3 et 1. Je suis juste heureux d’avoir pu aller au tie-break dans le troisième.
“Plus jamais ça”
Qu’est-ce que tu peux retirer de ça ?
La seule chose que je peux retirer, c’est : plus jamais ça. Plus jamais. Plus jamais. Plus jamais j’ai plus ce rebond d’orgueil. J’ai vraiment envie de sortir de ce match avec une seule idée en tête : peu importe qui tu joues, si tu te fais bousculer, si tu fais des fautes directes, tu dois rester là, t’encourager à tous les points, crier, mettre de la voix dans les frappes. Parce qu’il n’y a que ça qui marche, en fait. C’est mon jeu et c’est comme ça que j’arrive à renverser des matchs aussi de temps en temps.
Là, c’est le moment, tu es à chaud, mais c’est quoi la suite pour toi maintenant ? Tu repars, tu restes sur terre ?
Moi, je retourne sur terre. Je suis trois semaines sur terre, normalement. Et puis avant d’aller faire une petite semaine d’entraînement sur dur et de passer sur dur pour la tournée américaine qui arrive vite, Montréal, Cincinnati.
C’est dur à ressasser. Demain, ça va être aussi dur ? Comment tu gères la frustration d’un jour comme ça généralement ?
Oui, on en a parlé avec l’équipe. Je sais pas trop. Je vais voir. Je vais bouffer un steak-frites, je sais rien. Non, mais je rigole.
“Libère ce que t’as dans le bide”
C’est de la frustration pour se défouler ?
Non, non. Je ne suis pas le genre de mec à me taper dessus. En fait, sur ce match, c’est vraiment ça qui m’a déçu de moi-même. Je me suis déçu moi-même. Voilà, donner l’exemple aux gens, aux jeunes qui veulent jouer, c’est pas mon image que j’ai envie de donner. Alors, j’ai pas à râler, j’ai pas à casser la raquette. En termes d’exemple pour les jeunes, c’est pas ça. Mais limite, je prends l’exemple de Novak Djokovic, qui est le GOAT, enfin un des GOATs. Limite, casse ta raquette, énerve-toi, crie un coup, mais libère-toi. Libère ce que t’as dans le bide, dans la tête, pour pouvoir mieux jouer après.
Et là, il n’y a rien qui est sorti. J’ai tout pris sur moi-même. Heureusement, dans le troisième, j’ai pu faire des choses un peu mieux, un peu plus positives. Et puis, comme par hasard, quand j’ai mis un peu plus de trajectoire, quand j’ai pu le bouger un peu, je le gardais un peu dans l’échange, j’ai fait moins de fautes. Comme par hasard, j’ai des points où je m’engage un peu plus, où je peux gérer ces occasions de venir au filet. Je sers mieux, donc lui, il est un peu plus tendu. Je retourne mieux, du coup, il force un peu plus, il joue un peu moins. Mais ça, il fallait le faire dès le premier set ou dès le deuxième set. Pas attendre le troisième.
“C’est le tournoi le plus prestigieux”
Tu nous as vendu du rêve par rapport à l’historicité, le lieu, en tant que tel. Est-ce que tu penses que Wimbledon reste le plus grand tournoi du monde ?
Le plus grand, non. Le plus prestigieux, peut-être. Pour moi, c’est quand même incroyable. Mais pour moi, c’est un des tournois. C’est le tournoi le plus prestigieux. C’est le tournoi le plus vieux du monde, donc oui, c’est le tournoi le plus prestigieux.
Tu sens qu’il y a un parfum particulier ici, une ambiance ?
Oui, clairement. C’est plus feutré. Les gens viennent ici, c’est les puristes de tennis. Les gens viennent ici voir du tennis pur et dur. Sur les courts annexes, sur les petits courts, il n’y a pas grand monde qui regarde. Les gens restent là trois, quatre heures au soleil à voir un match anodin, entre guillemets, mais ça joue extrêmement bien au tennis. Il n’y a que des gens du top 100. Ça joue extrêmement bien au tennis et les gens viennent là que pour le tennis. Donc ils respectent cette valeur du tennis ancien. Voilà, donc ça, c’est vraiment très agréable.
Publié le par Alexandre HERCHEUX