Coco Gauff : "Je pensais qu’il n’y avait pas de caméra..."
Open d'AustralieElina Svitolina [12] a corrigé Coco Gauff [3] 6-1, 6-2 ce mardi 27 janvier en quarts de finale de l'Open d'Australie.
Un match expédié en 59 minutes, avec une Gauff en grande difficulté, notamment au service. En panne, l'Américaine a commis cinq doubles fautes, toutes dans le premier set. Le bilan global résume le naufrage : Gauff n’a inscrit que trois coups gagnants, pour 26 fautes directes, dont 12 en coup droit, habituellement plus fiable. Ajoutons à cela seulement 13 points gagnés sur 32 derrière sa première balle, et un 2/11 sur seconde.
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"Le revers ne partait pas. Le coup droit non plus. Les retours… Il y avait beaucoup de choses qui n’allaient pas"
Coco, journée difficile aujourd’hui. Donnez-nous vos impressions générales sur le match et sur la façon dont Elina a joué.
Oui, elle a très bien joué et, malheureusement, d’habitude quand les gens élèvent leur niveau, j’arrive à élever le mien aussi, et aujourd’hui… je ne l’ai pas fait. Donc je dois comprendre comment ne pas reproduire ça.
Vous dites qu’elle a très bien joué, mais ce n’était pas votre meilleure journée. À quel moment vous êtes-vous dit : “Ça ne vient pas aujourd’hui” ?
Oui, je dirais vers le milieu du deuxième set. Parfois tu perds un set 6-1 et tu te dis : “OK, peu importe, on repart.” À 3-0, j’étais contente de prendre ce jeu. Je ne sais pas… j’ai juste eu l’impression que tout ce que je fais bien, je ne le faisais pas bien aujourd’hui. Le revers ne partait pas. Le coup droit non plus. Les retours… Il y avait beaucoup de choses qui n’allaient pas. Je lui donne le crédit parce qu’elle m’a forcée à jouer comme ça. Ce n’est pas juste “je me suis réveillée et j’avais une mauvaise journée” : souvent, les mauvaises journées sont provoquées par l’adversaire. Elle a été très bonne. D’habitude, j’arrive au moins à m’accrocher pour resserrer le score, et ensuite on ne sait jamais, la nervosité peut venir chez l’autre, ce genre de choses. Aujourd’hui, je n’ai pas réussi à faire ça.
"J’ai essayé d’être positive, mais j’avais l’impression que rien ne fonctionnait pour moi sur le moment"
On a vu votre frustration sur le court. Quand vous n’avez pas votre meilleur tennis, qu’est-ce qui se passe mentalement et émotionnellement ?
Oui, j’ai juste ressenti… forcément tu veux gagner le premier set quand tu es en quart de finale, mais je ne pouvais pas changer ça, donc émotionnellement c’était surtout de la frustration, et ça s’est vu. J’ai essayé d’être positive, mais j’avais l’impression que rien ne fonctionnait pour moi sur le moment. C’est frustrant quand tu es là et que tu sens que tes points forts ne font pas leur boulot.
On a eu l’impression qu’il y avait un souci avec le cordage, et que vous avez envoyé des raquettes. Que s’est-il passé ? Et quand vous étiez frustrée, que vous disait votre box : comment se passent ces échanges, ce que vous demandez et ce qu’on vous répond ?
Ce n’était pas une erreur. Je jouais avec la tension que j’utilise d’habitude. Mais aujourd’hui c’était un peu particulier, parce que j’ai appris assez tard que le toit allait être fermé. Je me doutais qu’il le serait, mais on ne sait jamais. Je n’avais pas joué avec le toit fermé, donc je ne savais pas. J’avais l’impression que la balle allait moins vite. Évidemment, j’ai surtout joué en journée, toit ouvert, avec la chaleur, donc je me suis dit que je devais baisser la tension. Mais ce n’est pas une erreur, et je ne pense pas que ce soit la raison de ma défaite. Je ne suis pas difficile avec les raquettes. C’était juste : “OK, je ne me sens pas bien. Qu’est-ce que je peux changer que je contrôle ?” La tension en fait partie, je me suis dit que ça pouvait aider. Mais je ne pense pas que ce soit pour ça que j’ai joué comme ça aujourd’hui.
Concrètement, qu’est-ce que vous demandiez à votre box, et qu’est-ce qu’ils vous disaient ?
Je demandais juste : “Est-ce que je joue mal ?” Je demandais des conseils.
Et eux, qu’est-ce qu’ils vous ont répondu ?
Oui, évidemment elle jouait très bien et moi non. Ils me disaient d’aller chercher des cibles plus grandes, de jouer plus au centre. Mais j’avais l’impression que jouer au centre contre elle ne marchait pas, parce qu’elle faisait des coups gagnants. Donc oui, c’était une journée un peu étrange.
"J’ai l’impression qu’ils n’ont pas besoin de diffuser ça"
Après le match, on vous a vue casser une raquette hors caméra. Est-ce que vous l’aviez déjà fait ?
Oui, j’ai essayé d’aller dans un endroit où il n’y avait pas de caméras.
Elles sont partout, non ?
Oui… j’ai un “truc” avec la diffusion. Je trouve que certains moments… La même chose est arrivée à Aryna après que je l’ai jouée en finale de l’US Open : j’ai l’impression qu’ils n’ont pas besoin de diffuser ça. J’ai essayé d’aller dans un endroit où je pensais qu’il n’y avait pas de caméra, parce que je n’aime pas forcément casser des raquettes, mais j’ai perdu 1 et 2. J’en ai cassé une en quarts — je crois — ou en huitièmes à Roland-Garros, et je m’étais dit que je ne le referais plus sur le court, parce que je trouve que ce n’est pas une bonne image. Mais oui, j’ai essayé d’aller quelque part où ça ne serait pas diffusé, et ils l’ont quand même fait. Donc oui, peut-être qu’il y a des discussions à avoir, parce que j’ai l’impression que dans ce tournoi, le seul endroit vraiment privé, c’est le vestiaire.
À vous entendre, est-ce qu’il y a une part de vous qui se dit que c’est “sain” de casser une raquette, d’évacuer et de passer à autre chose ? Est-ce que ça aide ?
Oui, complètement. Je me connais, et je ne veux pas m’en prendre à mon équipe. Ce sont de bonnes personnes, elles ne méritent pas ça, et je sais que je suis émotive. Donc oui, j’ai pris une minute pour aller le faire. Je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose. Comme je l’ai dit, j’essaie de ne pas le faire sur le court, devant des enfants et tout ça, mais je sais que j’ai besoin de sortir cette émotion. Sinon, je vais devenir sèche avec les gens autour, et je ne veux pas, parce qu’ils ne le méritent pas. Ils ont fait de leur mieux. Moi aussi. J’avais juste besoin d’évacuer la frustration.
"Je pense que c’est un pas dans la bonne direction"
Pas votre meilleure journée, et on a senti qu’elle prenait confiance, frappait de plus en plus fort. Vous effacez ça du disque dur ou vous analysez ? Et comment évaluez-vous votre niveau sur l’ensemble du tournoi ?
Je ne sais pas, je n’ai pas la réponse tout de suite. Juste après, j’analysais déjà, je regardais les stats : 70% de premières balles dedans, 40% des points gagnés derrière… Ça, ça ne peut pas m’arriver à l’avenir. Mais évidemment, ce n’est pas le genre de journée à laquelle je vais penser la prochaine fois que je joue. En revanche, je dois apprendre, mentalement, à mieux réagir quand les choses tournent mal. Mon match en United Cup était très similaire : ce n’était pas une bonne journée, et je n’ai pas trouvé la solution. J’ai eu de la chance d’arracher le deuxième set. Je dois comprendre quoi faire, sur quoi me concentrer quand je sens que je ne suis pas bien, parce que ça se reproduira. Ça dure deux semaines. Certaines jouent très bien pendant deux semaines, mais j’ai vu beaucoup de matches de Serena où elle jouait mal et arrivait quand même à s’en sortir et à gagner le titre. Moi, je dois apprendre à traverser ces mauvaises journées.
En regardant votre tournoi, on a quand même eu l’impression que votre service allait dans la bonne direction : vous avez gagné des matches en servant bien, en servant pour conclure. Vous y travaillez depuis des mois : quelle confiance ça vous donne ?
Oui, je pense que c’est un pas dans la bonne direction. Il y a clairement des points positifs à retenir, surtout sur mon dernier match contre Karolina : ce jeu-là, d’habitude, j’y mets des doubles fautes, donc c’est positif. Est-ce que mon service est là où je veux qu’il soit ? Non. J’ai bien servi sur certains matches, mais aujourd’hui, j’aurais aimé que ce soit ce coup qui me sorte d’affaire. Mais oui, je peux regarder ce tournoi et dire que ça s’est amélioré. J’espère que la tendance va continuer. Je pense qu’on travaille sur les bonnes choses. L’objectif était de rendre la seconde plus fiable — et elle l’est — mais je veux continuer, et rendre la première un peu plus agressive. Je l’ai fait par moments sur mes matches précédents, mais je veux le faire de façon plus constante.
Publié le par Alexandre HERCHEUX