Elina Svitolina : "Même si ma carrière devait se finir demain..."
Roland-GarrosElina Svitolina va-t-elle réussir le doublé Rome–Roland-Garros ? L’Ukrainienne arrive Porte d’Auteuil avec le statut d’outsider sérieux pour le titre. Après avoir remporté le Masters 1000 de Rome en enchaînant les victoires face à Elena Rybakina, Iga Swiatek puis Coco Gauff, la joueuse de 31 ans peut légitimement viser haut. Son tournoi sera également marqué par la dernière apparition de son mari, Gaël Monfils, à Paris. Présente en conférence de presse ce samedi, elle a longuement été interrogée sur son sacre en Italie.
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"Il y a toujours beaucoup de travail à accomplir"
Bienvenue à Roland-Garros. Comment se passe ta préparation à Roland-Garros ? Est-ce que ça change d'arriver en ayant gagné à Rome ?
Évidemment, il se passe plein de choses super, des choses très particulières. D'abord cette victoire à Rome. C'est un sentiment très particulier de venir ici après, d'arriver en forme. Le dernier Roland-Garros de Gaël, pour moi, c'est très particulier. J'essaie d'en profiter autant que possible avec tout ce qu'il se passe et le fait que l'on en parle beaucoup.
À Rome, tu as battu 3 des 4 têtes de série favorites et des titulaires de Grand Chelem. Quelle est ta réaction face à ce que tu as accompli ?
Pour moi, le plus important, et cela fait quelques années, c'est de me concentrer sur mon jeu, sur ma performance et de ne pas trop réfléchir au fait d'être capable de gagner un match, un titre. Si on veut gagner un titre, il faut gagner des matchs, il faut être en forme, prêt mentalement. Il y a toujours beaucoup de travail à accomplir. Pour moi, il faut se concentrer sur le premier tour, prendre les matchs un par un et être prêt à tout ce qui peut se passer.
Est-ce que c'est difficile avec le dernier Roland-Garros de Gaël ici, avec ce titre, avec tout ce qui se passe ? Y a-t-il une pression supplémentaire ou c'est comme d'habitude pour toi ?
Non, c'est comme d'habitude, cela n'ajoute pas de pression supplémentaire. Il se passe bien sûr un peu plus de choses et j'ai l'impression qu'il est aussi enthousiaste, un peu nerveux parce qu'il y a tous ces sentiments qui se jouent. Cela le concerne lui, cela n'a rien à voir avec ce que je serai capable d'accomplir ici. Mon état d'esprit, c’est une chose et le sien, c'est autre chose. Je lui souhaite de bien jouer ici, d'en profiter et de passer un bon moment pour son dernier Roland-Garros à la fin de ce voyage. Je veux juste être là pour lui.
"Aujourd'hui, je suis plus lucide à ce sujet"
Je voulais te poser des questions sur ton super match contre Iga à Rome. Elle parle beaucoup de la façon dont elle modifie son jeu à l'heure actuelle. Qu'est-ce que cela signifie pour toi tout ce que tu as été capable de faire ? As-tu été surprise par des aspects de son jeu ?
On a joué des matchs, des sets difficiles, mais nous sommes toutes les deux très compétitives. Je m'attendais à ce que la bataille soit très intense, de haut niveau. Je l'avais vue avant dans le tournoi, donc je savais à quoi m'attendre. Iga amène toujours beaucoup d'intensité, de domination sur le court, en particulier sur terre battue. J'ai essayé d'être là, d'être prête et de saisir les petites opportunités que ce soit en retour ou au service pour reprendre l'initiative. Je ne pense pas que cela ne concerne que le fait de jouer contre Iga. Contre les meilleures joueuses, vous n'avez pas beaucoup d'occasions, il faut être prête à les saisir dès qu’elles se présentent.
C'est la troisième fois que tu arrives à Paris avec une victoire à Rome, mais avec tes victoires contre Elena, Iga et Coco, te sens-tu encore plus confiante en arrivant à Roland-Garros ?
Peut-être un peu, mais la réponse reste la même, je dois bien commencer mon tournoi. À l'époque, il y a 8 ans, je me disais : je dois gagner, il faut que je remporte Roland-Garros. Aujourd'hui, je suis plus lucide à ce sujet. Je sais que je suis en forme. Pour moi, il s'agit d'essayer de profiter de cette aventure et de ne pas me mettre trop de pression et de ne pas trop réfléchir aux différents scénarios. C'est une question de préparation mentale et physique. À mon sujet, on le dit toujours et on le sait, il faut être frais physiquement mais aussi frais et dispo mentalement parce que c'est à ce moment que l'on peut être sur le court et jouer son meilleur tennis. C'est mon objectif, on verra ce que cela donne.
"Ma carrière, même si elle devait prendre fin demain, est une bonne carrière"
Tu as parlé de calme. Qu'est-ce qui a changé au cours des dernières années ? Te sens-tu plus calme aujourd'hui ?
J'ai l'impression qu'aujourd'hui, je suis plus en paix avec ma carrière qui est ce qu’elle est. Si je ne remporte pas un Grand Chelem, cela ira de toute façon parce que si on ne sait pas l'accepter, alors on se détruit de l'intérieur, on est toujours frustré de ce que l'on fait sur le court. Ma carrière, même si elle devait prendre fin demain, est une bonne carrière. Quoi qu'il arrive, j'en serai satisfaite, je resterai heureuse et je mènerai une vie satisfaisante, même si je ne remporte pas de Grand Chelem. C'est l'état d'esprit dans lequel je veux être. Quand on est plus jeune, on veut gagner un Grand Chelem, c'est l'objectif absolu. On peut aussi beaucoup se frustrer et se faire beaucoup de mal mentalement si on n'arrive pas à remplir cet objectif.
Pour moi, aujourd'hui, mon état d'esprit est le suivant : je continue à croire que je peux gagner un Grand Chelem un jour mais si ce n'est pas le cas, ce n'est pas grave, cela ne sera pas la fin du monde pour moi.
Pour revenir à ta victoire à Rome, tu as sauvé tellement de balles de break en particulier au cours des 3 derniers matchs, as-tu une approche mentale ou tactique différente lorsque tu traverses ces moments à haut enjeu parce que tu en as remporté tellement ?
L'approche n'est pas différente, mais je pense qu'avec la façon dont j'ai amélioré ma concentration dans les moments les plus difficiles, j'essaie de travailler avec cette force mentale. C'est ce qui s'est passé à Rome, et je suis ravie d'avoir réussi à mobiliser ces capacités aux moments les plus importants contre les meilleures joueuses. C'est le but ultime d'être capable d'arriver à transformer cela dans les matchs. C'est plus facile à faire lorsqu'on joue contre un adversaire moins bien classé ou dans les premiers tours parce qu'on est moins stressé. Lorsqu'on arrive aux quarts, aux demies et à la finale, c'est là où ces points ont une importance cruciale, il faut être à son meilleur niveau. Je suis ravie d'avoir réussi à me gérer dans ces moments difficiles et avoir trouvé la façon juste de le faire. J'en suis très satisfaite.
Tu as une carrière pleine de succès et assez longue déjà. Tu penses que la perception du tennis féminin a évolué dans le bon sens pendant ta carrière ? Les joueuses reçoivent-elles aujourd’hui le respect qu'elles méritent ?
Je pense que la situation s'est améliorée au fil des ans. Le niveau du tennis féminin s'est beaucoup élevé au cours des dernières années. On peut le voir aussi avec les sponsors, mais aussi avec les événements auxquels les femmes peuvent prendre part, la couverture télé. Je pense qu'aujourd'hui, on en est à un très bon niveau parce que quand j'ai commencé ma carrière, on y travaillait encore. Aujourd'hui, on arrive à des niveaux très satisfaisants dans le tennis féminin, à une situation satisfaisante. Je pense que c'est agréable de voir cette évolution.
"Sa carrière est merveilleuse"
Bonjour. Tu étais dans les gradins pour Stan à Genève, peux-tu nous parler de lui, et si parfois tu le vois en dehors du court avec Gaël en Suisse ?
Oui, Gaël est très proche de lui. Bien sûr, j'ai été ravie d'être avec Gaël au match de Stan. Cela nous a fait très plaisir de le voir gagner une nouvelle fois à Genève, dans son pays. C'est une source d'inspiration formidable. Il est toujours sur le circuit à 41 ans. C'était super de le voir. Sa carrière est merveilleuse. Il est de cette génération où Federer, Nadal, Djokovic et Murray remportaient les Grands Chelems les uns après les autres. Il a été un grand concurrent pour eux. C'est super qu'il soit encore là. C'est la dernière année, mais c'est super de pouvoir en profiter encore un peu.
Publié le par Jeremy MARTIN