Tennis. Open d'Australie - Aryna Sabalenka sur l'arbitre : "Elle m’a vraiment énervée"
Par Alexandre HERCHEUX le 29/01/2026 à 13:59
Aryna Sabalenka a dominé Elina Svitolina 6-2, 6-2 ce jeudi 29 janvier 2026 en demi-finale de l’Open d’Australie. La Biélorusse a conclu sans trembler son match pour valider une victoire nette, construite sur une pression constante et une cadence trop élevée pour l’Ukrainienne. Impressionnante, Sabalenka jouera sa quatrième finale de suite à Melbourne et aura l'occasion d'aller chercher un cinquième titre du Grand Chelem samedi. Il faudra vaincre Elena Rybakina. Notons que depuis l'Open d'Australie 2023, la reine du tennis féminin a joué 12 tournois du Grand Chelem et atteint 8 finales !
Vidéo -
Lire la suite de l'article
Retrouvez le tableau masculin de l'Open d'Australie 2026 ICI
Retrouvez le tableau dames de l'Open d'Australie 2026 ICI
Un moment de tension dès le début de match
Une séquence a fait parler. Alors qu’Aryna Sabalenka menait 3-1 dans le premier set face à Elina Svitolina en demi-finale de l’Open d’Australie, la numéro 1 mondiale s’est vue retirer un point après une décision rarissime : gêne pour un bruit jugé perturbateur. L’action a fait immédiatement réagir le public et les commentateurs, tant la séquence semblait, au départ, relever d’une routine classique chez la Biélorusse, connue pour ses grognements puissants. Sur l’échange incriminé, Sabalenka frappe, grogne, puis laisse échapper un second son “différent”, "ahyahhh". Davantage un bruit de dépit, au moment où elle croit la balle faute… avant que celle-ci ne retombe finalement dans le court. C’est précisément ce deuxième bruit qui a motivé la sanction de l’arbitre de chaise, Louise Azemar Engzell, considérant qu’il intervenait au milieu du point et pouvait gêner l’adversaire.
"Je dirais que l’an dernier m’a beaucoup appris : beaucoup de leçons, beaucoup de choses à comprendre sur moi-même"
Aryna, félicitations. Vous êtes en finale de l’Open d’Australie pour la quatrième année de suite. Qu’est-ce qu’il y a dans ce tournoi et sur ce court qui, selon vous, fait ressortir votre meilleur tennis ici ?
Je ne sais pas. J’adore cet endroit. J’adore ce stade. À chaque fois que je joue ici, je profite vraiment. J’aime Melbourne. On dirait que j’aime tout à Melbourne, donc je savoure vraiment ces moments.
Carlos se fait souvent demander comment sa forme se compare à son parcours à l’US Open l’an dernier. Comment votre forme à cet Open d’Australie se compare-t-elle à celle des trois éditions précédentes ?
Je n’aime pas me comparer, je ne sais pas… même à hier. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose. Je crois qu’il faut juste aller sur le court et faire tout ce qu’on peut avec ce qu’on a aujourd’hui. Quand je regarde en arrière, quand j’étais en grande forme, j’essaie de la reproduire, et ce n’est pas bon. Mais si vous me demandez comment je me sens là maintenant : je me sens bien dans mon tennis. J’ai l’impression que tout ce sur quoi j’ai travaillé pendant la préparation fonctionne. J’en suis contente, et je prends les choses un jour après l’autre.
On a déjà parlé du fait que vous avez ce “problème”… enfin pas un problème, plutôt un objectif que beaucoup de joueuses rêveraient d’avoir : gagner davantage de finales, puisque vous êtes très souvent en finale. Qu’avez-vous fait pendant l’intersaison pour aborder ces finales différemment, afin de jouer votre meilleur tennis au plus grand moment ? C’est quelque chose qui vous avait frustrée l’an dernier.
Oui, en fait je sais ce qui n’allait pas dans toutes ces finales que j’ai jouées et perdues. Je dirais que l’an dernier m’a beaucoup appris : beaucoup de leçons, beaucoup de choses à comprendre sur moi-même, et ça n’arrivera clairement plus cette saison.
C’est surtout une mentalité différente que je veux avoir dans chaque finale. Je pense que ces frustrations venaient du fait que je n’acceptais pas ce qui se passait à l’instant T. Et maintenant, ma mentalité, c’est : je suis prête à tout. Peu importe ce qui se passera en finale, je suis prête à aller me battre avec ce que j’ai et à faire tout ce que je peux. Quand j’ai cette mentalité, je joue mon meilleur tennis : je suis là, je me bats, j’ai mes opportunités. Voilà mon approche pour les finales cette saison.
"C’était une mauvaise décision, mais bon… Comment le dire gentiment ? Elle m’a vraiment énervée, et en fait ça m’a aidée"
L’appel de “hindrance” est arrivé très tôt. D’abord, quel était votre point de vue sur le moment ?
Oh, ça ne m’était jamais arrivé. Jamais, surtout avec mes grognements… Je ne sais pas. Je trouve ça complètement à côté de la plaque, et la manière dont… je ne sais pas, “ça a escaladé”, c’est juste… je ne sais pas comment l’expliquer. C’est comme si la balle était profonde, le rebond était bizarre, et c’était une question de timing. Je “m’exclamais”, et c’est venu naturellement. Et là elle l’a appelé, et moi j’étais là : “Quoi ? Qu’est-ce qui ne va pas chez toi ?” Je pense que c’était une mauvaise décision, mais bon… Comment le dire gentiment ? Elle m’a vraiment énervée, et en fait ça m’a aidée, ça a servi mon jeu. J’ai été plus agressive. Je n’étais pas contente de l’appel et ça m’a vraiment aidée à gagner ce jeu. Donc si elle veut le refaire, qu’elle n’ait pas peur : qu’elle y aille, qu’elle l’appelle. Ça va m’aider.
Si, dans un match, il se passe quelque chose que vous vivez comme une injustice ou quelque chose d’injuste, est-ce que vous pensez que, d’habitude, ça vous fait jouer mieux ?
Je ne sais pas. Je pense qu’aujourd’hui, spécifiquement, ça m’a aidée. J’ai mieux joué parce que j’étais plus agressive. Mais en général, si ce n’est pas sous mon contrôle — et là ce n’était pas sous mon contrôle — j’ai demandé la vidéo, elle a maintenu la même décision. Je pensais que quelqu’un d’autre allait prendre la décision, mais c’était elle, donc je savais qu’elle n’allait pas changer. Si c’est quelque chose que je ne contrôle pas, je m’en fiche. Je pense que c’est la bonne approche dans ce genre de situation.
"On a une grande histoire avec Elena Rybakina"
Elena Rybakina : est-ce que c’est l’une des rares joueuses qui frappe aussi fort que vous ?
Ses frappes sont lourdes, profondes, des balles à plat. Ce n’est pas facile à gérer. Mais oui, on a une grande histoire. C’est une joueuse incroyable. On a eu beaucoup de grandes batailles, beaucoup de finales. J’ai hâte d’aller me battre dans cette puissance.
Elena : la finale 2023 ici contre elle, c’était votre première victoire à l’Open d’Australie, votre déclic ?
Oui, c’était ma toute première.
Quels souvenirs gardez-vous de ce match, du fait que vous étiez revenue ? Qu’est-ce que vous pouvez en retenir aujourd’hui, quelques années après ?
Je ne vais pas trop me baser sur cette finale-là, parce que moi et elle, on est deux joueuses différentes maintenant. On a traversé des choses différentes. On est beaucoup plus fortes mentalement et physiquement, et on joue un meilleur tennis aujourd’hui. Donc je vais aborder ça comme un match complètement différent. Et on a une longue histoire depuis cette finale. Je l’aborderai comme si c’était la première fois, et je ferai de mon mieux.
Vous êtes toutes les deux fair-play l’une envers l’autre : vous l’avez applaudie, elle vous a applaudie à un moment. Comment vivez-vous le fait que vous ne pouvez pas — ou que vous n’êtes pas autorisée — à dire au revoir à la fin du match et à la saluer ? Est-ce que ça vous traverse l’esprit, ou vous n’y pensez pas ?
Je ne me concentre pas là-dessus. Elles le font depuis longtemps, donc… c’est leur décision et je respecte ça. J’ai eu le temps de lui montrer mon respect, pendant l’interview sur le court, et je pense qu’elle sait que je la respecte comme joueuse. Je sais qu’elle me respecte comme joueuse. C’est tout ce qui compte. Pas de poignée de main : c’est leur décision. Je respecte.
"Le retour de Serena Williams, ce serait incroyable"
Deux petites questions. Votre collier a-t-il une signification particulière, en dehors du fait qu’il brille ? Et ensuite : est-ce que vous avez dit quelque chose à Elina en marchant vers le filet ?
Le collier, c’est un saphir bleu. Le ciel bleu ici, les vagues, l’océan… Je trouve que c’est très “australien” et très brillant, donc j’adore. Pour Elina : j’ai eu l’impression de ne même pas avoir eu l’occasion de lui dire “bravo”. Maintenant je l’ai, donc : bravo, super match, super joueuse, tournoi incroyable. Oui, elle a été incroyable.
Vous n’avez rien dit juste après la balle de match ?
Non, non, je n’ai rien dit. J’ai dit merci à l’arbitre, et c’est tout.
On parle de Serena Williams et d’un potentiel retour. En tant que numéro 1 mondiale, qu’en pensez-vous si cela arrivait ?
Ce serait incroyable.
Est-ce qu’on en parle dans le vestiaire ?
J’ai entendu dire qu’elle profite de sa vie, et tant que ça la rend heureuse, je suis heureuse pour elle. Si elle veut revenir, c’est sa décision. Ce sera fun de la revoir sur le circuit. Elle a une personnalité incroyable, et elle est amusante. Ce serait cool.
Vous avez entendu des joueuses en parler dans le vestiaire, ou pas spécialement ?
Je ne sais pas. Non, on n’en a pas… Moi personnellement, je n’en ai parlé avec personne. J’ai l’impression que tout le monde est sur la même longueur d’onde : tant que ça la rend heureuse, c’est sa vie, elle peut faire ce qu’elle veut.
Quatre finales d’affilée. En regardant vers un troisième titre ici : avez-vous l’impression d’être l’une des joueuses qui ont défini une ère de ce tournoi ? Êtes-vous dans cette position de marquer l’histoire, voire de définir une époque à Melbourne ?
Je ne pense pas à ça. Je fais juste mon travail. J’essaie de prendre les choses un jour après l’autre, un point après l’autre, un jeu, un set, et c’est mon focus. Je pense que c’est la bonne approche : se concentrer sur le présent. Et peut-être qu’à la fin de ma carrière, on pourra s’asseoir, regarder en arrière et en parler : est-ce que je fais partie de ces joueuses-là ou pas. Pour l’instant, j’essaie juste de faire mon travail du mieux possible.

Elina Svitolina : "Le retour de Serena serait incroyable"