Tennis. Open d'Australie - Novak Djokovic, agacé : "Il devrait toujours y avoir une limite"
Le quart de finale de l'Open d'Australie entre Lorenzo Musetti et Novak Djokovic, ce mercredi 28 janvier à Melbourne, a pris une drôle de tournure. L’Italien menait deux manches à rien contre le Serbe avant d'être touché aux adducteurs. Finalement, à 6-4, 6-3, 1-3, Musetti a été contraint d'abandonner. Le Transalpin a quitté le court en larmes, conscient qu'il se dirigeait vers une victoire contre Nole et une demi-finale en Grand Chelem avant d'être victime de cette blessure. Après le forfait de Jakub Mensik, Novak Djokovic a donc profité de l'abandon de Musetti pour décrocher une 54e demi-finale en Grand Chelem.
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Notons tout de même que le Serbe avait un bandage à l'épaule et avait demandé des soins pour des sévères ampoules au pied. Il affrontera le vainqueur de Jannik Sinner – Ben Shelton pour une place en finale. En conférence de presse, Nole a évoqué sa situation physique et n'a pas manqué de recadrer un journaliste qui le définissait comme un chasseur à l'époque Nadal/Federer puis aujourd'hui avec Alcaraz/Sinner.
"J’ai toujours quelques petits trucs, au niveau du corps. Mais des problèmes majeurs, non"
Quand avez-vous compris que Lorenzo avait un problème, ou y a-t-il eu un moment où vous l’avez vu gêné par sa blessure ?
Honnêtement, la première fois que je l’ai vu un peu en difficulté, c’est dans le troisième jeu du troisième set, quand je lui ai pris son service. Mais j’ai parlé avec des membres de son équipe — mon ancien agent Edoardo, notamment — et il m’a dit que Lorenzo s’était déjà plaint au début du deuxième set. Moi, je n’ai pas eu l’impression que ça affectait tellement son jeu dans le deuxième, mais ça a probablement empiré, et c’est ce qui s’est passé.
Évidemment, quel que soit votre adversaire en demi-finale, ce sera très excitant. Expliquez-nous ce qui rend d’abord Jannik, puis Ben, si dangereux, et ce que vous devez faire, vous, pour contrer ces dangers.
J’ai joué Ben une seule fois, en demi-finales de l’US Open il y a des années, donc… si on a l’occasion de rejouer, j’espère qu’on pourra faire un bon match. Si je joue Jannik, j’ai perdu contre lui, je crois, quatre ou cinq fois de suite, donc oui… il joue à un niveau très élevé en ce moment, avec Carlos. Ce sont les deux meilleurs joueurs du monde. Il est favori absolu, mais on ne sait jamais. J’espère pouvoir sortir mon A-game pour ce match-up, parce que c’est ce qu’il faudra au minimum pour avoir une chance. Aujourd’hui, je n’ai pas joué proche de mon meilleur niveau, donc je vais devoir changer ça.
Vous avez aussi pris un temps mort médical aujourd’hui. Pouvez-vous nous faire un point sur votre condition physique ? Et expliquer les exigences physiques à ce niveau, parce que je pense que les gens à la maison ne s’en rendent pas forcément compte.
Oui. J’avais une ampoule qu’il fallait examiner et re-taper. C’est ce que j’ai fait au dernier match et encore aujourd’hui. C’est, honnêtement, ma principale préoccupation. Je n’ai pas d’autres gros soucis. J’ai toujours quelques petits trucs, au niveau du corps, au moins pour moi c’est tous les jours. Mais des problèmes majeurs, non. Heureusement, ça ne m’empêche pas de jouer et de bouger comme je le veux. Oui, c’est un sport très physique. C’est un sport individuel, et l’exemple d’aujourd’hui avec Musetti montre très clairement à quel point c’est difficile. Il était le meilleur joueur sur le court. Il était proche de gagner. Il contrôlait le match, et puis, évidemment, il se passe quelque chose.
Dans un sport collectif, vous sortez et quelqu’un vous remplace pendant un set, vous vous occupez du problème, et vous avez peut-être une meilleure chance de finir le match. Dans notre sport, ce n’est pas possible. C’est la beauté du tennis en tant que sport individuel, mais aussi un énorme défi. Il faut toujours être au meilleur niveau, surtout à ce stade final d’un Grand Chelem. On met tous les heures, on travaille tous dur, mais parfois des choses comme ça arrivent dans le feu de l’action, quand vous poussez le corps à ses limites. Les émotions jouent beaucoup : on se crispe, on bouge moins fluide qu’à l’entraînement, et le risque de blessure est élevé. C’est ce qui m’est arrivé à moi aussi, honnêtement, plusieurs fois l’an dernier en Grand Chelem, donc je connais exactement ce que ça fait. C’est horrible, surtout quand vous sentez que vous jouez très bien, comme lui, et que vous ne pouvez plus faire ce que vous voulez. Votre corps ne vous le permet pas. C’est difficile à avaler, mais c’est le sport.
"Je sais que si je me sens bien, si le corps tient, et si je joue bien, alors… j’ai toujours une chance"
Quand vous arrivez dans les derniers tours d’un Grand Chelem, c’est souvent là que votre jeu monte en puissance, et vous avez l’habitude de ça depuis des années. La confiance est-elle là, que ça va encore arriver, ou un match comme aujourd’hui vous fait-il vous dire : “OK, peut-être que c’était la dernière vitesse” ?
Je ne veux rien enlever à la variété de Musetti ni à la qualité du tennis qu’il a produit aujourd’hui. C’était très bon, c’est sûr. Mais je pense que j’ai sous-performé par rapport au niveau que j’avais montré dans le tournoi jusque-là. Donc oui, je dois jouer mieux. Il n’y a pas de doute. Je sais que si je me sens bien, si le corps tient, et si je joue bien, alors… j’ai toujours une chance. C’est une demi-finale de Grand Chelem, donc en termes de confiance et de motivation, bien sûr que c’est là. Ça doit l’être. Sinon, à quoi bon concourir ? J’ai été dans cette situation énormément de fois dans ma carrière, et quatre fois l’an dernier. Je suis content de répéter mon meilleur résultat en Grand Chelem de l’an dernier, qui est d’atteindre les demies. Je sais que ça ne fera que devenir plus dur, mais je dois être prêt. Je ne peux pas prédire si je vais bien jouer ou non, mais je vais clairement donner le meilleur de moi-même.
On a vu beaucoup de forfaits et d’abandons dans ce tournoi. Est-ce une anomalie de ce tournoi-ci, avec la chaleur, ou est-ce que le calendrier ne laisse pas assez de récupération aux joueurs ? On sait que le calendrier peut être brutal.
Oui, on parle beaucoup du calendrier. C’est le début de saison, donc d’un côté on peut se dire : les joueurs se sont reposés, ils se sont entraînés, ils se sont mis dans un bon état physique, émotionnel, mental, pour performer, donc il n’y aurait “pas de raison” d’avoir des blessures. Mais c’est un peu à double tranchant, honnêtement. L’intersaison, c’est le seul moment de l’année où vous pouvez vraiment vous pousser physiquement, mais aussi mentalement et émotionnellement sur le court, pour ajuster certaines choses, améliorer votre jeu, et fournir plus d’efforts que d’habitude pendant la saison. Ça demande énormément d’énergie et d’efforts, et ça ajoute une contrainte supplémentaire. Donc si on voit les choses comme ça, c’est aussi compréhensible. Et puis, la plupart des joueurs n’ont pas disputé de match officiel depuis un mois et demi ou deux mois. Quand vous arrivez dans une nouvelle saison, le corps réagit différemment en match officiel qu’en sets d’entraînement.
Ça fait partie des facteurs qui influencent, je pense, les forfaits ou les blessures qu’on a vus. Moi, je n’ai pas eu de grosses blessures en Australie pendant la première partie de ma carrière, mais depuis cinq ou six ans, j’ai quasiment un souci chaque année. Dans mon cas, c’est peut-être l’âge, ou d’autres choses… mais encore une fois, on est “frais” d’une certaine manière et motivé, mais le corps est aussi un peu “choqué” quand la saison commence et qu’on se dit : je vais faire plus que d’habitude parce que c’est le début et je veux bien faire. Ça peut créer des soucis physiques.
"Je pense qu’il devrait toujours y avoir une limite, une frontière : “OK, ici c’est notre espace"
Des joueuses ont parlé de leur frustration concernant les caméras dans les zones backstage, les couloirs, et le fait que ça montre des moments qu’elles considèrent privés et intrusifs. Je vous avais interrogé là-dessus quand ces caméras ont été introduites il y a sept ans, et vous aviez dit qu’on vivait dans un “monde Big Brother”. Qu’en pensez-vous aujourd’hui, avec cette volonté de transformer le tournoi en sorte de “téléréalité”, et est-ce que les joueurs peuvent être écoutés, alors que les joueuses disaient ne rien pouvoir faire pour changer ça ?
Oui, j’ai vu ce qui s’est passé avec Coco après son match. Je compatis avec elle. Je sais ce que ça fait de casser une raquette. Je l’ai fait quelques fois dans ma carrière. Je sais ce que c’est d’être frustré, surtout après un match où vous sous-performez. Je suis d’accord avec elle. C’est vraiment triste que vous ne puissiez pas vous éloigner quelque part et… comment dire… évacuer votre frustration, votre colère, d’une manière qui ne soit pas captée par une caméra. Mais on vit dans une société et une époque où le contenu est tout, donc c’est une discussion plus profonde. Honnêtement, j’ai du mal à imaginer une tendance inverse, où on enlèverait des caméras. Si vous regardez, ça ne pourra être que pareil ou encore plus de caméras.
Je suis surpris qu’on n’ait pas de caméras pendant la douche. C’est peut-être la prochaine étape. Je suis contre. Je pense qu’il devrait toujours y avoir une limite, une frontière : “OK, ici c’est notre espace.” Mais commercialement, il y a toujours une demande : comment les joueurs s’échauffent, ce qu’ils disent à leurs coaches, leur récupération, les voir arriver en voiture et marcher dans les couloirs… Donc oui, il faut faire attention. Ça fait longtemps que je suis sur le circuit, et je me souviens de l’époque où il n’y avait pas autant de caméras. Cette transition, s’habituer à cet œil que vous n’entendez pas, que vous oubliez parfois, toujours posé sur vous, c’est effrayant. Parce que parfois, vous voulez vous détendre et être vous-même, d’une manière que vous ne voulez pas forcément montrer au public. Mais j’ai du mal à voir ça revenir en arrière. C’est quelque chose qu’on doit, j’imagine, accepter.
"Je trouve ça un peu irrespectueux..."
Au début de votre carrière, vous “chassiez” Roger et Rafa pour les titres, et maintenant, en fin de carrière, vous “chassez” Jannik et Carlos.
Je “chasse” Jannik et Carlos ? Dans quel sens ?
Dans le sens de gagner des titres du Grand Chelem, aujourd’hui.
Donc je suis toujours celui qui chasse et je ne suis jamais celui qu’on chasse ?
Entre-temps, vous avez gagné 24 Grands Chelems.
Merci. Ça vaut la peine de le dire parfois, non ?
Désolé. Je voulais dire : est-ce qu’on peut comparer ce que vous ressentiez quand vous couriez après Rafa et Roger, et maintenant que Carlos et Jannik se sont partagé les derniers Grands Chelems ?
Je trouve ça un peu irrespectueux de passer sous silence ce qui s’est passé entre les deux, parce qu’entre le moment où j’ai commencé à “chasser”, comme vous dites, Rafa et Roger, et maintenant où je “chasserais” Carlos et Jannik, il y a environ quinze ans pendant lesquels j’ai dominé les Grands Chelems. Je pense qu’il faut le remettre en perspective. Honnêtement, je n’ai pas l’impression de “chasser”. Roger et Rafa resteront toujours mes plus grands rivaux. J’ai énormément de respect pour ce que Jannik et Carlos font, continuent de faire, et feront pendant les 10, 15, 20 prochaines années… Dieu sait combien de temps ils joueront, ils sont si jeunes. C’est un cycle naturel du sport. Vous aurez deux autres superstars, peut-être un troisième gars aussi… que je soutiendrai, parce qu’au début j’ai toujours été le troisième gars, mais c’est bon pour notre sport.
Ces rivalités, le contraste des personnalités et des styles de jeu, c’est très bon pour le tennis. Et moi, comment ça m’affecte ? Comme je l’ai dit, je n’ai pas l’impression de “chasser”. Je construis ma propre histoire, et j’ai été très clair : en termes d’objectifs et de résultats, je veux atteindre le match pour le titre dans chaque tournoi, surtout en Grand Chelem. Les Grands Chelems sont l’une des plus grandes raisons pour lesquelles je continue à jouer et à compétitionner. Est-ce qu’ils sont meilleurs que moi et que les autres en ce moment ? Oui, ils le sont. Leur niveau est incroyable. C’est phénoménal. Mais est-ce que ça veut dire que je sors avec un drapeau blanc ? Non. Je vais me battre jusqu’au dernier coup, jusqu’au dernier point, et je ferai mon maximum pour les défier.

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