Tennis. ATP - Classement, calendrier et primes : une révolution se prépare...
Par Alexandre HERCHEUX le 15/10/2026 à 15:30
Le circuit masculin pourrait connaître une profonde transformation à partir de 2028. Ce jeudi 15 octobre 2026, Andrea Gaudenzi, président de l'ATP, a dévoilé dans une lettre ouverte les grandes lignes d'une réforme concernant les rémunérations des joueurs, le classement mondial, le calendrier et le format des compétitions. Avec un objectif financier de 350 millions de dollars par an, hors tournois du Grand Chelem, l'instance souhaite mieux récompenser les performances tout en réduisant la pression exercée sur les joueurs. Mais plusieurs questions restent encore en suspens.
350 millions de dollars et des primes largement augmentées
C'est le chiffre fort du projet présenté par Andrea Gaudenzi. À l'horizon 2028, l'ATP ambitionne de porter la rémunération globale annuelle des joueurs à 350 millions de dollars, sans compter les dotations des quatre tournois du Grand Chelem. Ce montant comprendrait les prize money des tournois ATP, les mécanismes de partage des bénéfices et les différentes primes distribuées par l'organisation. En 2025, cette rémunération globale avait atteint 269,6 millions de dollars, selon les chiffres communiqués par l'instance. Pour franchir un nouveau cap, trois mesures financières sont envisagées.
La première concerne le Bonus Pool, dont l'enveloppe passerait de 21,5 à 50 millions de dollars. Une augmentation de 28,5 millions destinée à mieux récompenser les joueurs les plus performants dans les grands rendez-vous du circuit. L'ATP souhaite également instaurer une enveloppe de 25 millions de dollars de primes de fin de saison pour les 250 premiers joueurs mondiaux. L'objectif est notamment de soutenir ceux qui doivent financer leurs déplacements, leur encadrement et leur préparation sans disposer des revenus des toutes premières stars. Enfin, environ 30 millions de dollars par an seraient consacrés aux retraites de 300 joueurs.
Au total, ces trois dispositifs représenteraient 105 millions de dollars, portant les engagements financiers centraux de l'ATP au-delà de la barre des 100 millions annuels. "Nous avons la responsabilité de renforcer la compétition, de mieux aligner les incitations et d'étendre notre soutien à davantage de joueurs, afin de les aider à faire face aux coûts liés à leur activité sur le circuit", a expliqué Gaudenzi dans sa lettre ouverte.
Un classement ATP repensé pour encourager les joueurs à moins jouer ?
L'autre chantier majeur concerne directement le classement ATP. Le président de l'instance souhaite modifier la répartition des points afin de donner davantage de poids aux performances réalisées dans les tournois les plus importants. Aujourd'hui, certains joueurs multiplient les engagements pour compenser une élimination précoce ou récupérer les points nécessaires au maintien de leur classement. L'idée défendue par Gaudenzi est de réduire cette incitation à disputer un nombre excessif de compétitions après un résultat décevant. Le système devrait davantage valoriser les grandes performances plutôt que pousser les joueurs à courir après les points tout au long de l'année.
Cette réflexion intervient dans un contexte où le calendrier fait régulièrement l'objet de critiques. Les joueurs dénoncent notamment l'enchaînement des déplacements, le manque de récupération et la difficulté de prendre de véritables périodes de repos. L'ATP avait déjà engagé une évolution en 2026, en réduisant de 19 à 18 le nombre de résultats pris en compte dans le classement et en allégeant les obligations liées aux ATP 500. Le projet pour 2028 irait donc plus loin. Mais aucune nouvelle grille de points n'a encore été présentée, et les modalités exactes du futur classement restent à définir.
Un calendrier plus lisible avec un dixième Masters 1000
Le calendrier ATP pourrait lui aussi être profondément réorganisé. L'instance envisage de créer des semaines davantage consacrées à certaines catégories de tournois, afin de rendre la saison plus cohérente et de faciliter la programmation des joueurs. Cette nouvelle structure accompagnerait l'arrivée d'un dixième Masters 1000 en Arabie saoudite, prévue à partir de 2028. L'objectif n'est pas simplement de renforcer les plus grandes compétitions. Gaudenzi souhaite également permettre aux joueurs de choisir plus librement leurs engagements, avec des incitations sportives et financières plutôt que des obligations supplémentaires. Une ambition qui devra toutefois être conciliée avec l'ajout d'un Masters 1000 au calendrier. La question de la place laissée aux ATP 500 et ATP 250 sera donc centrale dans les prochaines discussions.
Le double pourrait perdre une partie de ses dotations
Dernier volet, et sans doute le plus sensible : la possible réforme du double masculin. L'ATP réfléchit à une modification du format des compétitions, notamment de la taille des tableaux, afin d'améliorer leur viabilité économique. Selon les propositions présentées, une partie des dotations actuellement consacrées au double pourrait être réaffectée aux qualifications et aux premiers tours des tableaux de simple. Une perspective qui avait déjà provoqué de vives réactions parmi les spécialistes de la discipline. Les Français Pierre-Hugues Herbert et Sadio Doumbia avaient notamment exprimé leurs inquiétudes face à une réforme susceptible de réduire les opportunités offertes aux joueurs de double.
L'ATP assure que les éventuelles économies réalisées resteraient destinées aux joueurs. Cette redistribution n'en poserait pas moins la question de l'avenir économique du double professionnel. Pour l'heure, aucune réduction des tableaux ni aucun transfert financier n'ont été définitivement approuvés. Les propositions doivent encore être discutées avec les représentants des joueurs, ceux des tournois et le conseil d'administration de l'ATP. Andrea Gaudenzi souhaite présenter un ensemble de mesures finalisées lors des réunions de fin de saison à Turin.
