Tennis. ATP - Double - Sadio Doumbia tacle l'ATP : "On est le dindon de la farce..."
Par Alexandre HERCHEUX le 15/07/2026 à 16:12
Une réforme encore à l'étude provoque une profonde inquiétude dans le vestiaire. Selon les éléments présentés aux joueurs, les tableaux de double des Masters 1000 pourraient passer de 32 à 16 équipes. Ceux des ATP 250 et ATP 500 pourraient être réduits à seulement huit paires, contre 16 actuellement. La part du prize money réservée à la discipline pourrait parallèlement tomber de 20 à 10 %, au bénéfice probable du simple. Ces changements sont envisagés à partir de 2028, mais aucune décision définitive n'a encore été officialisée. Interrogé sur cette menace, Sadio Doumbia a livré une analyse particulièrement directe. Selon lui, la solution envisagée permettrait surtout de transférer de l'argent d'un groupe de joueurs à un autre, sans répondre au débat de fond sur la redistribution des revenus du tennis.
"On va prendre au double pour vous donner à vous"
"On sait que les joueurs de simple font front pour obtenir plus d'argent. Ça, on le sait. Et l'ATP essaie de vendre un peu le projet en disant aux joueurs de simple : "Bon, vu que vous voulez plus d'argent, on va prendre au double pour vous donner à vous." Donc, nous, ça nous paraît quand même un peu compliqué parce que, pour moi, ce sont tous les gens du tennis qui sont là pour essayer d'avoir une meilleure distribution du prize money. Et là, l'ATP fait un coup de génie en disant aux joueurs de simple : "Les gars, vous voulez plus d'argent ? OK, on ne va pas prendre aux tournois, on ne prendra pas à l'ATP. Par contre, on peut vous proposer d'enlever le double ou de réduire le prize money en double, et là, on le donnerait au simple."
"Les joueurs de simple ne savent pas trop quoi dire non plus"
Donc, c'est sûr que, après, c'est bien joué. Mais c'est hyper compliqué parce que les joueurs de simple ne savent pas trop quoi dire non plus, dans le sens où eux savent qu'ils méritent plus d'argent, que ce soient les meilleurs ou que ce soient les joueurs classés entre la 80e et la 90e place. Et là, on vient leur dire : "Bon, on va prendre au double ou on va le supprimer, et on va vous donner l'argent." Ça nous paraît gros. Ce que l'on voit, en fait, on se dit : "Est-ce que ce n'est pas une diversion pour éluder le problème, qui est une meilleure distribution du prize money aux joueurs, que ce soit en simple ou en double ?"
"On va juste prendre à des joueurs pour le donner à d'autres"
Et là, on dit : "Non, en fait, on ne va pas redistribuer. On va juste prendre à des joueurs pour le donner à d'autres." C'est quand même particulier. En tout cas, c'est comme ça que nous, on le ressent. On a l'impression d'être un peu le dindon de la farce, c'est-à-dire que l'on va être mis de côté pour que l'ATP ou les tournois gagnent quand même au change, qu'ils gagnent quand même sur le prize money et qu'il n'y ait pas de redistribution. Il y a juste une suppression d'une entité pour donner à l'autre. Mais bon, c'est ce que l'on se dit. Après, on n'a pas la maîtrise de ce qui se passe vraiment. On est quand même de pauvres joueurs de double. On fait ce que l'on peut, on essaie de comprendre ce qui se passe. Mais c'est ce qui ressort. Même les joueurs de simple ont quand même ça en tête."
Quel avenir pour le double ?
Le projet créerait mécaniquement moins de places dans les tournois. Un tableau limité à huit équipes dans un ATP 250 ou un ATP 500 concentrerait presque toutes les invitations autour des meilleures paires mondiales et des joueurs de simple les mieux classés. Pour les spécialistes situés hors du Top 30, intégrer régulièrement les tableaux deviendrait extrêmement difficile. Une déclaration collective publiée pendant Wimbledon a ainsi accusé l'ATP de vouloir rendre le double non viable comme profession, sous couvert d'économies et de modernisation. Julian Cash, Lloyd Glasspool et Neal Skupski ont notamment contesté l'idée selon laquelle la discipline constituerait un mauvais produit. Ils estiment que le manque d'audience vient aussi d'une promotion insuffisante des joueurs et des équipes.
