Tennis. Le Havre (W15) - Michel Ruiz : "L'Open du Havre, on aide les jeunes à démarrer"
Par Alexandre HERCHEUX le 16/03/2026 à 17:34
Le Tennis Club Municipal du Havre accueille cette semaine la 36e édition de l’Open du Havre, une épreuve W15 disputée sur terre battue indoor. Cette épreuve est née en 1989 sous l’impulsion de Michel Ruiz, directeur du tournoi. L'épreuve est le plus ancien tournoi international féminin de sa catégorie en France. Le prestige de l’Open du Havre tient aussi à sa capacité à avoir vu passer, très tôt, des noms devenus majeurs. Le TCMH retrace dans son historique les passages d’Amélie Mauresmo, Marion Bartoli et Alizé Cornet, pour ne citer qu'elles. Iga Swiatek y a joué en 2017 avant d'exploser un peu plus tard. C’est toute l’identité du tournoi : un laboratoire de futures têtes d’affiche. Le directeur du tournoi, Michel Ruiz, est revenu sur cette nouvelle édition, en faisant passer un message : "Si quelqu’un pouvait nous aider, ou devenir partenaire lui-même..."
Vidéo - Michel Ruiz, directeur de l'Open du Havre, avec Tennis Actu
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"Notre rôle, c’est ça : aider les jeunes à démarrer. Comme il y a deux ans avec Loïs Boisson..."
Monsieur Ruiz, nouvelle édition de l’Open du Havre, la 36e. J’imagine qu’il y a toujours autant d’excitation et aussi de stress dans la préparation ?
Oui, mais un peu moins tous les ans. On sait pourquoi on fait ce tournoi : permettre à de jeunes joueuses de se développer, leur donner des opportunités. Encore une fois cette année, il y a des jeunes dans le tableau.
C’est encore l’ADN du tournoi ?
Oui, notre rôle, c’est ça : aider les jeunes à démarrer. Comme il y a deux ans avec Loïs Boisson, que tout le monde connaît maintenant. L’an dernier, nous avions presque une dizaine de filles entre 14 et 16 ans. Cette année, on a deux toutes jeunes de 2010, et quelques autres à peine plus âgées. Il y a un petit peu moins de très jeunes que l’an passé, mais le but reste le même : aider les plus jeunes à débuter.
"On a eu Iga Swiatek, Elise Mertens, Loïs Boisson, Marion Bartoli, Amélie Mauresmo et aussi Sandrine Testud"
Chaque année, vous avez aussi le privilège de voir passer de futures grandes joueuses. Vous pouvez nous rappeler quelques noms qui sont passés au Havre ?
La dernière en date, c’est quand même Iga Swiatek, qui a été numéro 1 mondiale. On a aussi Élise Mertens, devenue numéro 1 mondiale en double. Et bien sûr, plus récemment, Loïs Boisson, qui a ensuite atteint les demi-finales de Roland-Garros. Je ne parle même pas des anciennes comme Marion Bartoli, Amélie Mauresmo… Et puis il y a aussi Sandrine Testud, qui a fait une très belle carrière. Elle était venue à 18 ans et elle a ensuite réalisé plusieurs quarts ou huitièmes de finale en Grand Chelem. Elle a été dans le Top 10.
Forcément, Iga Swiatek, c’est un nom qui parle. Mais surtout, pour les jeunes Françaises, on a l’impression que presque toutes celles qui ont percé sont passées chez vous…
Oui, tout à fait. Parmi les meilleures Françaises, je crois que 19 sur 20 sont venues chez nous. Caroline Garcia n’est pas venue, parce qu’à l’époque elle n’aimait pas la terre battue. Mais à part cette exception, quasiment toutes les Françaises sont passées par ici.
Sur les parieurs : "Un jour, on a même appelé la police à cause de ça..."
Sur un sujet un peu moins léger, on sait que c’est difficile d’organiser ce type de tournoi, les 15 000 dollars. Et il y a aussi des fléaux comme les parieurs, dont on entend régulièrement parler. Vous me disiez en off que vous êtes un peu plus tranquille ces dernières années, mais vous avez connu des épisodes compliqués…
Oui, on a connu ça. C’était avant le Covid, il y a déjà quelques années. On avait des gens qui venaient au TCMH, qui s’installaient pour regarder les matches. Personne ne les connaissait. On les voyait avec plusieurs téléphones, on se demandait s’il n’y avait pas un problème. Un jour, on a même appelé la police à cause de ça. Ce n’était pas simple, et ça a quand même un peu inquiété tout le monde.
Ensuite, l’ITF a mis des choses en place, notamment avec les accréditations. Toutes les personnes qui viennent au club pendant le tournoi — joueuses, coaches, bénévoles, dirigeants ou autres — ont désormais leur badge. Le but, c’est qu’il n’y ait pas de personnes non référencées sur le site pendant la semaine. On a été embêtés avec ce risque lié aux parieurs, mais depuis quatre ou cinq ans, on n’a plus eu de problème. L’ITF a bien réagi et continue à lutter contre ce fléau.
Est-ce que des joueuses vous ont déjà rapporté avoir été menacées, ou s’agissait-il surtout de présences suspectes autour des courts ?
À l’époque, j’ai eu deux ou trois joueuses qui sont venues me voir pour se plaindre de personnes qu’elles ne connaissaient pas. Donc oui, c’est arrivé. Mais encore une fois, c’était avant le Covid, autour de 2018-2019.
Quand on traverse plusieurs éditions plus calmes, est-ce qu’on garde quand même la vigilance, au-delà des accréditations ?
Oui, les accréditations, c’est hyper important. J’avoue que comme nous n’avons pas été embêtés depuis plusieurs années, on a peut-être un peu baissé la garde. Mais on y repense régulièrement et on reste vigilants. Cette année, on n’a vu personne qu’on ne connaissait pas sur les courts ou dans le club.
"Un remplaçant et des partenaires... Quelques fois, je dirais même : au secours !"
Dernière question. L’an dernier, vous nous confiez que vous songiez éventuellement à vous retirer ou à laisser votre place à quelqu’un. Est-ce que ça a avancé ?
Non, c’est assez calme, ça n’a pas vraiment avancé. Je vais faire encore une année de plus. Ça a été un peu compliqué, notamment avec quelques soucis de santé et puis la situation générale. Mais déjà, à la 36e édition, je ne m’occupe plus de toute l’organisation. Je suis surtout directeur du tournoi, donc davantage en contact avec les joueuses. C’est quand même moins lourd. J’ai déjà un peu levé le pied.
J’aimerais trouver quelqu’un pour prendre la suite, mais le problème, c’est qu’il n’y a pas beaucoup de gens assez “fous” pour faire ce genre de travail bénévolement. On a déjà du mal à trouver des bénévoles. Cela dit, cette année, au niveau du club, ça roule très bien. Franchement, l’équipe du TCMH fonctionne super bien. Si je pouvais trouver parmi ces gens-là quelqu’un pour reprendre ce que je fais, ce serait génial. Dans les tournois plus importants, comme certains 60 000 dollars, ce travail-là est effectué par des personnes dont c’est le métier, et qui sont rémunérées. Nous, ici, tout repose sur le bénévolat. C’est évidemment une difficulté majeure.
C’est aussi ça, finalement, la difficulté d’un 15 000 dollars ?
Bien sûr. Non seulement parce que cela repose sur du bénévolat, mais aussi parce qu’au Havre, on a énormément de mal à trouver des partenaires. Il y a beaucoup d’entreprises, beaucoup de zones industrielles, mais les décideurs ne sont pas forcément ici : ils sont souvent à Paris, à Rouen, à Caen ou ailleurs. Donc on a beaucoup de mal à trouver des partenaires qui pourraient nous permettre, éventuellement, de rémunérer quelqu’un. On est très pauvres en partenariat. Si quelqu’un pouvait nous aider sur ce point, ou devenir partenaire lui-même, on serait vraiment preneurs.
Donc il y a un double appel : pour le poste de directeur, pourquoi pas auprès d’une ancienne joueuse, et aussi auprès des sponsors ?
Voilà, c’est exactement ça. Ce sont les deux appels. Quelques fois, je dirais même : au secours !
