Tennis. Open d'Australie - Novak Djokovic : "Ce qui me manque pour rivaliser avec eux ?"
Par Alexandre HERCHEUX le 17/01/2026 à 10:15
Le tirage au sort de l’Open d’Australie 2026 a placé Novak Djokovic [4] sur une route à la fois abordable sur le papier en début de quinzaine… et potentiellement explosive à partir de la deuxième semaine. Le Serbe démarre face à l’Espagnol Pedro Martinez, avec en ligne de mire un possible huitième contre Hubert Hurkacz ou Jakub Mensik, puis un quart contre Lorenzo Musetti [5], puis une éventuelle demi-finale de rêve face à Jannik Sinner [2]. Objectif affiché : aller chercher un 25e titre du Grand Chelem, record absolu en simple. Le physique va-t-il tenir ? Djokovic peut-il encore vaincre Sinner puis Alcaraz potentiellement ? En conférence de presse, le Serbe a évoqué son état d'esprit avant son 81e tournoi du Grand Chelem.
Vidéo -
Lire la suite de l'article
Retrouvez ici le tableau Messieurs de l'Open d'Australie 2026
Retrouvez ici le tableau Dames de l'Open d'Australie 2026
"C’est mon Grand Chelem le plus fructueux et j’ai toujours adoré jouer en Australie"
Novak, bon retour à Melbourne Park. C’est la 21e fois que vous disputez l’Open d’Australie et vous y avez remporté 10 titres. Qu’est-ce qui est si particulier ici, à Melbourne, et chez les fans, qui vous pousse à donner le meilleur ?
Eh bien, bonne année à tout le monde. C’est super d’être de retour une nouvelle fois. 21 participations, c’est énorme. Je veux dire, le nombre de fois où je suis venu en Australie… La première fois que je me suis qualifié pour un Grand Chelem ici, c’était en 2005, et j’ai joué ma première session de nuit sur la Rod Laver contre Marat Safin, qui a ensuite remporté le titre ici. Donc ça a été un long parcours, mais très réussi. C’est mon Grand Chelem le plus fructueux et j’ai toujours adoré jouer en Australie. On l’appelle le “Happy Slam” pour une bonne raison. Vous savez, on est tous motivés pour bien lancer la saison. Évidemment, pour moi, j’essaie de ne rien considérer comme acquis et, j’espère, de tirer le meilleur de moi-même sur ce tournoi.
"Il faut plus de temps pour se reconstruire, et aussi plus de temps pour “réinitialiser”, récupérer"
L’an dernier, vous avez obtenu des résultats réguliers en Grand Chelem malgré des difficultés physiques. Je me demandais : maintenant que vous avez eu un peu de temps loin des courts, avez-vous réussi à comprendre l’origine de certains soucis physiques ? Comment vous sentez-vous actuellement ?
Oui, écoutez, j’ai terminé la saison la première semaine de novembre, donc ça fait un moment que je n’ai pas joué de compétition, de tournoi officiel. J’ai pris un peu de repos et, évidemment, davantage de temps pour reconstruire mon corps, parce que je sais que, ces deux dernières années, c’est ce qui a le plus changé pour moi : il faut plus de temps pour se reconstruire, et aussi plus de temps pour “réinitialiser”, récupérer. Malheureusement, j’ai eu un petit contretemps qui m’a empêché de jouer le tournoi d’Adelaïde. C’est pour ça que je n’y suis pas allé, mais pour l’instant, ici, ça se passe très bien. Évidemment, chaque jour il y a un petit truc par-ci par-là, pour moi comme pour chacun de nous, mais globalement je me sens bien et j’ai hâte de rejouer.
"24, ce n’est déjà pas un mauvais chiffre"
Ces dernières années, on a beaucoup insisté sur votre quête d’un 25e Grand Chelem record. À quel point est-ce que ça vous motive encore ? Est-ce que c’est quelque chose qui vous pousse à continuer jusqu’à ce que vous ne puissiez plus ?
Oui, on parle beaucoup de ce 25e, mais j’essaie de me concentrer sur ce que j’ai déjà accompli, pas sur ce que je pourrais encore accomplir. J’espère que ça arrivera, bien sûr, mais 24, ce n’est déjà pas un mauvais chiffre. Je dois apprécier ça et me rappeler la carrière incroyable que j’ai eue. Et puis, vous savez, il faut aussi se libérer d’une partie de cette pression inutile. Il y a toujours de la pression et des attentes, évidemment, mais je ne pense pas que ce soit nécessaire pour moi d’aborder les choses avec un état d’esprit “ça passe ou ça casse”, “maintenant ou jamais”. Je ne crois pas que ce soit utile. Et ce n’est pas non plus ce qui me permet de m’exprimer au mieux. Comme je l’ai dit, je suis simplement reconnaissant d’avoir une nouvelle opportunité, surtout ici, là où j’ai gagné 10 titres du Grand Chelem et où j’ai régulièrement bien joué en atteignant les derniers tours. Les dernières années : demi-finales en 2024, demi-finales en 2025. Et j’ai signé une belle victoire contre Carlos en quarts l’an dernier.
Je sais que quand je suis en bonne santé, quand j’arrive à assembler toutes les pièces du puzzle un jour donné, j’ai le sentiment de pouvoir battre n’importe qui. Si je n’avais pas cette confiance et cette conviction, je ne serais pas ici, à vous parler, ni à compétitionner. J’ai toujours cette envie. Et je comprends évidemment que Sinner et Alcaraz évoluent en ce moment à un niveau différent du reste. C’est un fait, mais ça ne veut pas dire que personne d’autre n’a une chance. J’aime toujours mes chances, dans n’importe quel tournoi, et particulièrement ici. Et oui, j’adorerais : j’adorerais avoir l’occasion de me battre contre l’un d’eux, voire contre les deux, ici. On verra. On verra si ça arrive.
"Je suis encore en train de vivre ce rêve"
Bon retour. On connaît tous le nombre de titres que vous avez remportés, et certains des meilleurs matchs de votre carrière. Souvent, on entend des athlètes, quand ils partent à la retraite ou approchent de la fin, parler davantage des défaites que des victoires. Y a-t-il des matchs ou des moments auxquels vous repensez comme à des occasions manquées ?
Vous parlez des athlètes en général ou des joueurs de tennis ?
Des athlètes en général : on les entend souvent évoquer les occasions manquées.
Je ne sais pas si je suis d’accord, parce que… je pense qu’il y a, disons, deux catégories : certains athlètes peuvent avoir des regrets, parce qu’ils n’ont pas atteint certains objectifs, certains accomplissements, et peuvent nourrir une forme d’amertume.
Mais je pense aussi qu’il y a un grand groupe d’athlètes — en tout cas, ceux que j’admirais et que j’écoutais quand ils prenaient leur retraite — qui étaient heureux et reconnaissants de ce qu’ils avaient accompli. Tout est une question de perspective. C’est un sport individuel et extrêmement compétitif. Je suis le dernier à devoir me plaindre ou regretter quoi que ce soit. J’ai battu pratiquement tous les records possibles dans ce sport, et je suis éternellement reconnaissant envers le tennis : il m’a donné l’opportunité de voyager, de vivre mon rêve — parce que c’est mon rêve.
Et honnêtement, je suis encore en train de vivre ce rêve. Oui, les accomplissements existent : c’est l’une des plus grandes sources de motivation, bien sûr. C’est une sorte d’étoile directrice, mais ce n’est pas la seule motivation. Il y a la passion, l’amour du jeu, l’interaction avec les gens, l’énergie qu’on ressent quand on entre sur le court. Cette montée d’adrénaline… c’est presque une drogue, pour être honnête. Je pense que beaucoup de grands athlètes, dans d’autres sports, peuvent s’y reconnaître. C’est tellement addictif, ce sentiment de compétition. Donc oui, on m’a beaucoup demandé quand “le moment” arriverait pour moi, mais je n’ai pas envie d’en parler ni d’y penser maintenant, parce que je suis là, je compétitionne. Quand ce sera vraiment mûr dans ma tête, je le partagerai avec vous, et on en parlera à ce moment-là. Mais là, je suis encore n°4 mondial, je joue encore au plus haut niveau, et je ne vois pas l’intérêt de détourner l’attention vers ce sujet.
"Je sais comment le système fonctionne, et je continue de penser qu’il nous fait défaut"
Vous avez toujours eu des opinions très tranchées sur le fonctionnement du sport. Comment comptez-vous garder une influence à l’avenir, maintenant que vous ne faites plus partie de la PTPA ? À quel point a-t-il été difficile de décider de vous en éloigner ?
Honnêtement, ça a été difficile, parce que je suis l’un des deux cofondateurs de l’entité canadienne de la PTPA, qui était à but non lucratif, avec Vasek. Vasek et moi avons mis énormément de cœur, d’énergie, de temps dans la création de la PTPA en 2020, quand elle a été officiellement fondée. Mais pour moi, ça a pris des années : j’avais déjà tenté plusieurs fois auparavant, sans y parvenir. Et puis, grâce à la détermination de Vasek et à son énergie incroyable, on a réussi. Dès le premier jour, la mission était claire : essayer d’avoir une association qui donne une voix plus forte aux joueurs et qui puisse, je l’espère, contribuer à augmenter le nombre de joueurs capables de vivre de ce sport, à tous les niveaux.
Surtout dans le premier ou le deuxième “tiers” du tennis professionnel, parce qu’il y a des milliers de joueurs dans le monde. Nous, on est là à parler des chèques à plusieurs millions, mais on ne parle pas du niveau de base : c’est là que la difficulté est réelle. C’était, personnellement, mon intention quand on a fondé ça en 2020. J’étais n°1 mondial. J’ai toujours essayé d’utiliser ma voix, ma plateforme, mon influence, pour faire le bien, dès que possible : donner une plateforme aux joueurs moins bien classés, faire entendre leurs voix, leurs difficultés, leurs défis. J’ai aussi été au conseil des joueurs au sein de l’ATP : j’en ai été président, je crois, pendant quatre ou cinq ans. Je sais comment le système fonctionne, et je continue de penser qu’il nous fait défaut. Il doit changer : dans sa structure, dans son organisation, dans la manière dont il est dirigé.
"J’avais le sentiment que mon nom était utilisé — surutilisé — dans quasiment chaque article"
Sortir de la PTPA a été une décision difficile, mais je devais le faire, parce que j’avais le sentiment que mon nom était utilisé — surutilisé — dans quasiment chaque article, chaque communication. J’avais l’impression que les gens associaient la PTPA à “mon” organisation, ce qui est faux depuis le début. Ça devait être l’organisation de tout le monde : de tous les joueurs, hommes et femmes. Et je n’aimais pas non plus la direction que prenait la gouvernance de la PTPA, donc j’ai décidé de m’en retirer. Est-ce que ça veut dire que je ne soutiens pas la PTPA ? Non. Je leur souhaite le meilleur, parce que je pense qu’il y a une place et un besoin pour une organisation de représentation 100 % portée par les joueurs dans notre écosystème.
Voilà. Et pour revenir au procès, à Miami en mars l’an dernier : c’est aussi en partie pour ça que je suis sorti, parce que je n’étais pas d’accord avec tout ce qui s’y trouvait, et j’ai décidé de ne pas être l’un des joueurs plaignants. Ça a aussi été l’une des grandes raisons. C’est comme ça. J’espère qu’ils continueront d’exister, de grandir, de se développer. J’espère que les joueurs reconnaîtront la vision, et que cette vision sera claire pour ceux qui dirigent encore la PTPA. Je ne la trouve pas aussi claire qu’en 2020, mais on verra ce qui se passe.
"Ce qui me manque, c’est un peu de “jus” dans les jambes"
Vous disiez que les deux meilleurs sont très loin devant les autres, mais l’an dernier, en Grand Chelem, vous étiez probablement celui qui s’en est le plus rapproché, plus que n’importe qui d’autre. Sur le papier, c’est surprenant : vous avez 38 ans. On ne s’attendrait pas à vous voir comme le “troisième homme”, le challenger le plus proche. Qu’est-ce que vous pensez avoir encore qui vous rend compétitif, et qu’est-ce qui manque aux autres, derrière vous trois, pour se rapprocher d’eux ?
Je ne sais pas ce qui manque aux autres, honnêtement. Je peux parler pour moi. Ce qui me manque, c’est un peu de “jus” dans les jambes, pour être capable de rivaliser avec eux dans les derniers tours d’un Grand Chelem. Mais je donne clairement le maximum, comme en 2025, et j’ai très bien joué en les poussant sur leur route vers le titre. J’ai perdu, oui, dans trois Grands Chelems sur quatre, contre Sinner ou Alcaraz. On n’a pas besoin de trop les encenser : ils l’ont déjà été suffisamment (sourire). On sait à quel point ils sont bons, et ils méritent totalement d’être là où ils sont. Ce sont les forces dominantes du tennis masculin en ce moment.
J’essaie toujours de rester dans le coup. Pas forcément en termes de classement — être n°4 sans en faire une obsession, c’est déjà très bien — mais évidemment, je suis reconnaissant d’avoir un bon classement, parce que ça peut donner des tableaux plus favorables dans les premiers tours. Ça ne change pas ma façon d’aborder un Grand Chelem. Ma priorité, c’est vraiment de prendre soin de mon corps, de traiter chaque match comme une finale, tout en construisant de la confiance et du momentum, sans dépenser d’énergie inutile. Et j’espère pouvoir aller loin à nouveau et avoir une chance de les jouer.

Quel parcours pour Novak Djokovic à l'Open d'Australie 2026 ?