Tennis. Roland-Garros - Corentin Moutet : "J'ai sacrifié mon corps pour la Coupe Davis..."
Par Alexandre HERCHEUX le 26/05/2026 à 20:27
Ce mardi à Roland-Garros, Corentin Moutet a quitté le tournoi dès le premier tour après un énorme combat de 4h20 contre Vit Kopriva, perdu 3-6, 7-5, 4-6, 6-3, 3-6 sur le court Simonne-Mathieu. Tête de série n°30, le Français a été très cash en conférence de presse : “Je ne joue pas bien au tennis.” Soutenu jusqu’au bout par le public parisien, Moutet a expliqué qu’il n’avait jamais réussi à trouver son rythme ni “le bon état”, malgré ses efforts à l’entraînement et son envie de faire tourner le match avec le cœur. Le Tricolore a aussi rouvert le dossier de sa fracture à la main, contractée en fin d’année dernière, assumant avoir “sacrifié” son corps pour jouer la Coupe Davis en novembre 2025 et défendre les couleurs de l’équipe de France.
Vidéo - Corentin Moutet battu dès le premier tour de Roland-Garros
"Franchement je ne joue pas bien au tennis"
Comment tu te sens après ce long combat de 4 heures 20 ?
Déçu, évidemment. Fatigué. Voilà, ce sont les premières émotions, un peu, qui priment. Oui, de la fatigue et de la déception…
Tu as l'impression d'avoir loupé le coche dans le troisième ? Tu mènes 4-1, c'est peut-être ton meilleur moment de la partie. Tu lui mets la tête dans le seau malheureusement tu le laisses revenir.
Oui, c'est sûr que ça m'aurait fait du bien de gagner ce set, évidemment. Après, je n'ai pas réussi à trouver mon rythme dans cette partie. Peu importent les sets : du début à la fin j'ai essayé de, comme je pouvais, jouer de mieux en mieux, de trouver mon rythme et le bon état. Mais je n'ai pas réussi. Pendant 4 heures 20, j'ai fait le maximum pour. Je n'ai pas grand-chose à me reprocher de ce côté-là. Malheureusement, je n'ai pas été assez bon pour... enfin pas meilleur que lui pour sortir vainqueur.
C'est un problème de sensation. On a senti que tu n'étais pas trop dans la balle. Ça se sentait de l'extérieur. On te voyait en difficulté dans la balle. C'est un problème de sensation que tu traînes depuis quelques tournois ?
Franchement je ne joue pas bien au tennis. Pourquoi ? Je ne sais pas trop. Je m'entraîne. Je fais énormément d'efforts, physiquement et tennistiquement. Je passe beaucoup de temps sur le terrain, 3 à 4 heures par jour. En salle de gym, j'essaie de repousser mes limites pour arriver prêt en compétition. Je n'ai pas de bonnes sensations depuis le début d'année. Je ne sais pas trop quoi dire... J'essaie vraiment tous les jours de me relancer, de faire de mon mieux, de tous les jours de faire le travail et ça ne paie pas sur le terrain. J'ai beaucoup de mal à me sentir bien, à bien jouer, évidemment aujourd'hui, mais dans les tournois d'avant aussi. Donc, voilà, c'est hyper décevant. C'est dur.
"J'ai sacrifié mon corps pour pouvoir jouer cette Coupe Davis"
Est-ce que tu as essayé pendant le match de t'appuyer sur le bouton « magie » de Roland-Garros, la magie de ce court ? Si tu as de bons souvenirs, est-ce que tu as essayé dessus ? Ou c'était trop dur à surmonter ?
Non, évidemment, j’ai eu beaucoup de chance, tout le match, j'ai été énormément soutenu par le public. J'ai essayé de m'en servir. C'était dur, je ne pouvais pas trop m'éparpiller dans le sens où j’avais du mal à trouver mon état. Donc, il fallait que je me concentre beaucoup sur moi, que je me renferme sur moi pour trouver cet état-là. C'était assez dur de donner au public, comme j'ai pu donner auparavant. Comme je le disais, j'ai eu beaucoup de chances. Ils m'ont supporté du début à la fin. J'ai essayé de m'en sortir comme je pouvais, avec le cœur en me disant que j'avais bien fait les choses pour préparer le tournoi. Il y avait toute ma famille aussi. J'ai essayé d'être courageux ; enfin, je l'ai été jusqu'à la fin pour sortir vainqueur et leur donner cette victoire. Je n'ai pas réussi. Je ne sais pas trop quoi dire de plus. J'ai tout donné aujourd'hui pour essayer de faire tourner le match.
Tu as clairement l'impression de lutter contre toi-même en ce moment ?
Je ne sais pas contre quoi je lutte franchement. Ce que je sais, c’est qu’en fin d'année dernière, j'ai sacrifié mon corps pour pouvoir jouer cette Coupe Davis, et le paie aujourd'hui. C'est une certitude : j'ai joué deux mois l'année dernière en fin d'année avec une fracture de la main, ce que je n'aurais pas dû faire. Comme je le disais avant le tournoi : ce sont des choix que je ne regrette pas. Je donnerais tout pour honorer une sélection en équipe de France. Je ne sais pas combien de mois après, j'ai toujours mal à la main, donc c'est un peu frustrant. Malgré tout, j'essaie de m'entraîner, de faire le maximum, jour après jour, en essayant d'être courageux, de croire que ça va tourner. Et ça va tourner à un moment. Ça prend du temps malheureusement. Mais c'est le sport. C'est ce qui fait les grands joueurs et qui va me permettre un jour de devenir un grand joueur, c'est d'accepter les moments de chaos et de ne pas s'écrouler là-dedans. C'est ce qui définit un grand joueur : c'est les moments de chaos. Les moments de succès c'est super facile, tout le monde est pour nous, tout nous sourit, c'est facile d'être en forme dans ces moments. Si dans le chaos on arrive à garder la tête haute, rester courageux et continuer à aller à l'entraînement, c’est ce qui fait que ça me sourira dans le futur.
Une question qui va compléter ta dernière réponse. Netflix va sortir un documentaire sur Nadal en fin de semaine où il raconte qu'il a eu mal tous les jours. Et il y a notamment eu un match contre toi en 2022, en deuxième tour, il a fallu le porter pour le ramener à l'hôtel. Est-ce que tu as un souvenir de ce match ? Est-ce que c'est le quotidien d'un joueur d'avoir mal presque tout le temps et de faire avec et de surmonter la douleur, comme la fracture de la main ?
Je ne peux parler que de mon car, je ne suis pas dans la peau des autres, mais je pense que notre sport est hyper demandeur. Aujourd'hui, on a joué plus de 4 heures sous plus de 30 degrés ; ce sont des conditions qu'on voit rarement dans le sport. Mais c'est ce qui fait aussi la beauté de notre sport : quand on rentre sur le terrain, on ne sait pas si c'est pour une heure ou cinq heures. Donc, ça nous demande de nous entraîner énormément en dehors, avec le calendrier qui est ce qu’il est. Il y a cet équilibre à trouver entre s'entraîner beaucoup pour être prêt pour ces challenges et d’un autre côté pas trop pour arriver frais sur le terrain, parce qu'il y a des tournois toutes les semaines. Je n'ai aucun doute que Nadal a traversé des moments durs dans sa carrière. Comme je le disais avant : la force des grands joueurs, c'est de ne pas s'écrouler quand on prend des claques et on en prend énormément ! Les gens ne le voient pas, mais on en prend énormément. Je fais partie des gens qui souffrent au quotidien, physiquement. Ça fait partie de notre métier, j'ai envie dire.
Le match en 2022, il a réussi à cacher sa douleur quand il était en face de toi ?
J'ai un souvenir que j'ai perdu en trois sets, donc je pense qu'il s'en est bien sorti.
"Ça a été un moment dur pour moi de donner autant pour mon maillot et de le payer autant après !"
Je te relance sur la question de ta main : qu'est-ce que tu aurais dû faire dans l'idéal que tu n'as pas pu faire et où en es-tu aujourd'hui avec cette main ?
Ce que j’aurais dû faire, c’est comme tout le monde : quand on a une fracture de la main, on met un plâtre et on se repose ou une attelle (ce que j’ai fait après). Mais le problème c'est que j'ai eu une fracture au premier tour de Vienne, et j'ai réussi à gagner mon match et celui d'après. Ça m'a un peu troublé dans la manière de gérer. Je me suis dit que je pouvais le faire quand même. Avec les antiinflammatoires, les, comment on appelle ça, les anesthésies, j'ai réussi à jouer avec cet objectif d'être prêt en Coupe Davis pour défendre mes couleurs. Ce qui a été dur, c'est que j'ai tout donné en fait pour cette équipe ;j'ai tout donné dans la tête, mon corps aussi. Je savais que je paierais après j'étais prêt à faire sacrifice. On connaît l'issue de la Coupe Davis. Ça a été un moment dur pour moi de donner autant pour mon maillot et de le payer autant après !
C'est la double peine en fait.
C'était difficile, mais comme je le disais, c'est mon choix. J'aurais pu ne pas jouer et laisser ma place, mais je me sentais apte à défendre mes couleurs ; je pense que je l'étais, j'avais un bon niveau de jeu. Mais j'ai encore mal aujourd'hui à mon os, même si c'est beaucoup mieux qu'avant évidemment. Ce n'est pas une situation souhaitable, mais bon, c'est comme ça.
