Tennis. Roland-Garros - Moïse Kouame : "J’ai toujours rêvé de faire le show sur le court"
Par Jeremy MARTIN le 28/05/2026 à 19:36
Il n’en finit plus d’impressionner. Moïse Kouame s’est imposé contre Daniel Vallejo en cinq sets 6-3, 7-5, 3-6, 2-6, 7-6[8] au deuxième tour de Roland-Garros ce jeudi. Après avoir remporté les deux premières manches, le Français a vu le Paraguayen élever son niveau de jeu pour revenir à hauteur. Le dernier set s’est ensuite transformé en véritable combat. Mené 5-2, Kouame est parvenu à revenir à 5-5 avant de conclure au super tie-break. Il jouera au prochain tour Alejandro Tabilo, qui a profité du forfait de Valentin Vacherot. En conférence de presse, Moïse Kouame a notamment été interrogé sur son nouveau statut.
Vidéo - Moïse Kouame en conférence de presse après son marathon de 5h
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"Je tiens à les remercier"
Ça a été un match très serré. Félicitations, Moïse ! Où as-tu puisé l’énergie de remporter la victoire ?
Bien sûr, le public m’a transmis beaucoup d’énergie. Ça m’a permis de continuer mentalement et physiquement. Et sans eux, ce serait probablement une tout autre histoire. Donc, j’étais vraiment content de pouvoir compter sur eux. J’ai reçu beaucoup de soutien aujourd’hui. Je tiens à les remercier.
Après le premier tour, Marin Cilic a parlé de toi en disant qu’il était très impressionné par ton calme sur les points importants et ta façon de jouer dans les moments déterminants. Il a été impressionné par ta force mentale. Est-ce quelque chose que tu possèdes déjà ou travailles-tu sur cet aspect mental ?
Sur les points importants, on essaie de garder la balle dans le court et de l’emporter, évidemment. Mais c’est un point sur lequel nous travaillons. En fait, nous travaillons sur beaucoup de choses. C’est effectivement un élément très important parce que c’est essentiel, quand le niveau monte, de jouer à son meilleur niveau sur les points déterminants parce que ce sont les petits détails qui vous font perdre ou remporter un match. Donc, je suis très content qu’il ait dit cela et j’en suis d’autant plus content que j’investis beaucoup de temps pour m’entraîner sur cet aspect.
Remporter un tel match à Roland-Garros, après un tel combat, dans un tournoi qui n’a pas été remporté par beaucoup de Français, 2 en 80 ans. Est-ce un rêve pour toi ? Est-ce une satisfaction d’autant plus importante, la meilleure à laquelle tu pouvais t’attendre ? Est-ce un rêve pour toi ?
Gagner Roland-Garros est évidemment un rêve, mais gagner les 4 tournois du Grand Chelem est aussi un rêve. Évidemment, Roland-Garros est particulier. Il est peut-être un peu tôt pour parler de remporter un tournoi, mais je suis très content d’être au troisième tour et je vais faire de mon mieux pour remporter un autre match.
"J’en ai découvert plus sûr moi-même aujourd’hui"
Félicitations ! Tu as su te servir du public de façon remarquable en montrant ton oreille, en échauffant la foule. J’imagine que tu n’as pas eu l’occasion de jouer sur des courts aussi grands dans ta vie. Avais-tu anticipé cela ou est-ce venu naturellement pour toi ?
À l’entraînement, je m’entraîne là-dessus. Je suis le panier pour mon coach… J’ai toujours rêvé de faire cela, d’échauffer la foule, de faire un peu le show sur le court. J’en ai toujours rêvé, j’aime le faire en plus.
C’est un peu trop de le faire sur chaque point. Donc, j’essaie de comprendre quand le moment est bien choisi pour recevoir le plus d’énergie possible de la part du public.
Et comme tu le dis : aujourd’hui, je m’en suis très bien sorti. Donc, j’en suis vraiment content.
Bravo pour ta victoire ! Il y a de jeunes joueurs qui jouent Roland-Garros : Fonseca, Jodar. Est-ce que tu penses que, quand vous êtes plus jeune, vous avez un côté adolescent extrêmement audacieux ? Est-ce un avantage pour vous ? Cela vous pousse à faire de votre mieux dans les matchs ?
Je vais m’exprimer pour mon propre cas. Je ne sais pas comment eux ressentent les choses, mais en ce qui me concerne, j’essaie d’utiliser ces avantages de façon positive. Quand je rentre sur le court, je sais que je ne suis pas le favori sur chacun des matchs. Le public est là pour voir un match. Personne n’est là pour me voir gagner le tournoi. C’est quelque chose que j’ai réussi à comprendre assez bien. Donc, aujourd’hui, je veux aller le plus loin possible ; mais encore une fois, penser avec trop d’avance serait une erreur, comme j’ai pu le dire. Quand on est sur le court, on se focalise sur le match qu’on est en train de jouer et non pas sur le prochain adversaire. C’est quelque chose que j’ai bien réussi à faire. Donc, je suis assez satisfait.
Bonjour Moïse et bravo ! Avant le match d’aujourd’hui, quelles étaient les expériences les plus folles que tu avais eues en termes de durée de match et en termes de chaleur, conditions ? Par rapport à cette référence, l’expérience d’aujourd’hui, à quel point est-elle différente ?
C’est une bonne question parce que jouer 4 heures et 56 minutes, c’était ma première. Même à l’entraînement, je n’ai pas fait 5 heures. Donc, je me suis un peu découvert. J’en ai découvert plus sûr moi-même aujourd’hui.
Mais voilà, si j’ai pu gagner un tel match, ça veut dire que, physiquement, on bosse très bien avec mon préparateur physique. C’est une bonne chose. Il faut continuer. L’objectif, si je veux gagner un Grand Chelem, c’est de le faire sept fois. Je l’ai fait une fois. Les plus grands voyages commencent toujours par un pas. Là, c’est mon premier pas et j’espère qu’il y aura beaucoup de pas comme cela.
"Je me suis vraiment amusé sur le terrain"
Bonjour, Moïse. Félicitations ! Tu viens de dire que tu as découvert des choses sur toi-même. Qu’as-tu découvert sur toi-même et à quel moment as-tu pensé à la citation de Carlos Alcaraz sur le fait qu’il y croyait même avec 3 balles de match contre lui ?
J’en ai découvert plus sur l’aspect physique. Que je suis capable finalement de tenir une intensité assez haute, pendant ces 4 heures et 50 minutes. Quand on s’entraîne, c’est l’entraînement, il n’y a pas ce facteur stress, ni ce facteur public. Il n’y avait pas non plus ce facteur chaleur. Ce sont 3 éléments très, très importants. Aujourd’hui, ils étaient tous réunis et j’ai vu que j’ai pu me pousser au maximum dans mes retranchements. Et repartir avec la victoire me donne encore plus le sourire parce que j’ai travaillé très dur, forcément. Avoir ce genre de récompense me fait vraiment plaisir.
Pour la citation, quand tu perds 5-2, il y en aurait qui baisseraient les bras. Ce que j’ai appris l’année dernière de cette finale où Carlos Alcaraz a dû sauver 3 balles de match, c’est qu’il faut toujours croire en soi. Même si tu es à un point de perdre, même si tu es à un point de gagner, c’est très important d’avoir toujours confiance en soi et ne jamais baisser les bras, toujours y croire. Aujourd’hui, c’est ce que j’ai fait et je suis très content.
Bonjour Moïse ! Félicitations ! Je me demande si tu avais d’autres mantras dans ta tête à part : il ne faut jamais cesser d’y croire. D’autres mantras dans ta tête que tu répètes pendant le match.
Aujourd’hui, celle-ci m’a vraiment aidé, parce qu’il y a beaucoup de citations dans le sport. Il faut utiliser la bonne pour te faire gagner. Aujourd’hui, c’est vraiment la seule qui m’est venue à l’idée parce que j’étais un peu dans le scénario. Donc, j’ai bien réussi à utiliser cette magnifique phrase et j’espère qu’elle ne me quittera jamais.
Bonsoir, Moïse. En février, tu gagnais à un niveau ITF. Il y avait 1 000 personnes environ et tu disais, j’ai hâte que ce soit encore plus. Peux-tu expliquer à quel point tu as pris du plaisir aujourd’hui à entendre plus de 10 000 personnes crier ton nom et à quel point tu t’es libéré dans le match, à quel point tu as joué de plus en plus avec eux ?
C’est clair que j’aime ce sport pour ce genre d’atmosphère et de pression. J’ai joué devant 10 000 personnes ; c’est cela ? Ce n’était pas facile. J’ai réussi à bien capter leurs énergies parce qu’ils sont là pour me faire gagner pas pour me stresser, pas pour me tendre. Oui, c’est clair que, pour ma part, je prends plus de plaisir en jouant devant 10 000 personnes qu’en jouant devant 10. Je me suis vraiment amusé sur le terrain. C’est le plus important.
"J’ai déjà la tête à penser au prochain match"
Au-delà de la question du public, si on parle de Hazebrouck ou de Bressuire, il y a une très grosse différence de niveau ou d’événements et cela fait très vite, en 5, 6 mois. Est-ce que cela te paraît dingue la vitesse à laquelle cela va ? Est-ce qu’il y a un moment entre janvier et aujourd’hui où tu t’es dit que tu serais prêt déjà pour ce Roland, pour gagner un match, 2 matchs et faire ce que tu es en train de faire aujourd’hui ?
Le truc, c’est que je m’entraîne vraiment beaucoup. Mais c’est vrai que dire que, avant de jouer ce Roland, j’allais faire le troisième tour, battre un ancien gagnant de Grand Chelem, gagner mon premier 5 sets au tie-break 18. Si quelqu’un me l’avait dit, je ne sais pas si je l’aurais cru. Le fait est que c’est arrivé. Je n’ai pas le temps de me reposer sur ce que je viens de faire. J’ai déjà la tête à penser au prochain. Le prochain, ça va être aussi un très bon match. J’espère qu’il y aura une atmosphère similaire à celle d’aujourd’hui. En tout cas, je vais tout donner pour remporter un nouveau match ici.
Bravo, moise ! Tu n’as pas vraiment d’expérience de ce genre de match, un peu la dramaturgie, tout cela. Dans le jeu décisif, quand il revient et que cela commence à basculer, je me demande justement à quoi tu te raccroches, où tu vas puiser parce que c’est ta première là-dessus, tu n’as jamais vécu ça, il y a beaucoup de pression, tu pourrais te dire : « holà là, mince ! » Comment arrives-tu à reprendre tes esprits ?
C’était dur, très dur. Mentalement, c’était franchement très, très dur.
Encore une fois, quand je passe de 6-1 à 6-7, je ne sais même pas à quoi je pense à part : « il faut que je continue, le match n’est pas terminé. Il faut que je continue, que je donne tout. Il faut que je fasse le meilleur coup pour le déranger ».
C’est vrai que, mentalement, ce n’était vraiment pas facile de passer de 6-1 à 6-7. J’ai vraiment dû travailler sur moi, rester très calme, penser au point suivant et pas à « je viens de perdre 6 points d’affilée » ou des trucs comme cela ; et c’est ce que j’ai fait.
Encore une fois, avec l’aide du public, c’était encore mieux parce que sans public, est-ce que j’aurais réussi à rester concentré sur le prochain point ? Je ne sais pas. Avec l’aide du public, j’ai pu rester assez lucide, posé et calme pour remporter ce tie-break. J’en suis vraiment fier.
C’est sûr que, en termes d’expérience, finalement, quand tu joues, pour ma part, j’avais juste envie de gagner, je ne pensais même pas à qui j’avais en face, ni à mon âge, ni à l’expérience que j’avais ou pas. Je pensais juste à courir, à m’arracher et à gagner ce match.
Bonjour, moïse. Félicitations pour ta victoire ! En conférence de presse avant tournoi, tu disais que tu ne savais pas si tu étais vraiment connu encore. J’ai regardé sur les réseaux sociaux, avant le tournoi, tu avais 40 000 abonnés ; maintenant, tu en as plus de 120 000. Félicitations ! Sur les réseaux sociaux, on voit beaucoup ton nom. J’imagine qu’à la radio et à la télévision, on entendra beaucoup ton nom dans les prochaines heures. Es-tu prêt à affronter cette attention, cette attractivité médiatique ? Est-ce que tu t’es préparé ?
Ce n’est pas à moi qu’il faut dire bravo sur les réseaux, mais à mes sœurs parce que ce sont elles qui gèrent.
(Rires.)
C’est un boost médiatique assez agréable à voir. Si je suis prêt ? On ne le sait vraiment jamais que quand on est dans l’action, dans le moment.
Je suis quelqu’un qui ne regarde pas trop les réseaux, pour être honnête. Voilà, je ne sais pas trop quoi répondre. C’est à mes sœurs qu’il faut dire bravo parce que ce sont elles qui font le travail, en fin de compte.
Si j’ai eu cette montée en termes d’abonnés, j’en suis fier et c’est parce que je suis au troisième tour, mais je suis au troisième tour parce que je me suis entraîné. Est-ce que je suis prêt ? Peut-être et on verra à l’instant t.
