Tennis. Roland-Garros - Moïse Kouame : "Les Français me connaissent maintenant..."
Par Jeremy MARTIN le 30/05/2026 à 22:55
Moïse Kouame a encore bluffé ce samedi 30 mai à Roland-Garros, mais ce n'était pas suffisant pour se hisser en huitièmes. Au troisième tour du Grand Chelem parisien, la pépite de 17 ans a une nouvelle fois fait vibrer le public du Lenglen face à Alejandro Tabilo, 36e joueur mondial. Auteur d'un début de match canon, le jeune Français a pris la première manche après presqu'une heure de jeu. Derrière, le Chilien a haussé le ton et a remporté les trois sets suivants. En conférence de presse d'après-match, Kouame a notamment fait le bilan de son très beau parcours.
Vidéo - Moïse Kouame après sa défaite au troisième tour de Roland-Garros
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"Ce que j'ai appris me concernant, c'est que physiquement, je peux tenir le coup pendant longtemps"
Moise, c'était serré comme match. Que penses-tu de ce match ? Que penses-tu déjà de la semaine passée ici, à Roland ?
Effectivement, il était très accroché ce match. Oui, une belle semaine pour moi, ici, à Roland-Garros. Il y a beaucoup de choses positives que j'ai apprises me concernant.
Pour parler d'aujourd'hui, le match était un grand match, je me suis bien battu. Dans le quatrième set, j'ai essayé de bien tenir. Il y a eu un débreak et au tie-break, on était proches l'un de l'autre. Cela s'est joué à quelques détails. De façon générale, je suis content de la semaine passée ici. J'attends encore plus des moments comme celui-ci à l'avenir.
Bravo Moise ! Selon toi, quels sont les enseignements principaux que tu tirerais de cette semaine ici, à Paris ? Que faut-il pour pouvoir être à ce niveau en tant que joueur ?
Ce que j'ai appris me concernant, c'est que physiquement, je peux tenir le coup pendant longtemps, c'est-à-dire que je peux jouer plusieurs matchs. Bien sûr, c'est difficile de jouer à ce niveau-là, à plusieurs reprises. Comment pourrais-je dire ? Un match complet comme ça, c'est difficile physiquement. Cependant, avec quelques matchs à venir comme celui-ci, dans ma sacoche à expériences, ce sera plus simple. J'essaierai peut-être de raccourcir la durée du match. S'ils sont plus longs, j'essaierai de trouver les moyens de gagner ces matchs. En tout cas, côté expérience, je n'aurais pas pu faire plus. J'ai eu des matchs de trois sets, de 5 heures, de quatre sets, avec beaucoup de stress pendant toute la durée du match.
Donc, une semaine bien remplie côté expérience, et j'en suis très content.
Tu viens de parler de stress. Est-ce que ça se manifeste dans ton corps quand tu es nerveux, peut-être pas obligatoirement dans ce match, mais pendant tout le tournoi ? Quels sont les symptômes que tu as ressentis et qu'as-tu fait pour les gérer ?
En fait, j'étais plus content parce qu’au cours des matchs, je n'ai pas ressenti de crampes, presque aucune crampe. C'était la grosse question avant le tournoi. Je me suis dit : si les matchs sont longs, plus de 3 heures, est-ce que mon corps va tenir ? Et la réponse, je l’ai, c’est oui. Ça, c'est positif pour moi et mon équipe. À chaque fois, il y a la question du stress pendant les matchs. Aujourd'hui, c'était principalement pendant le jeu décisif où j'ai servi quelques balles de match. J'ai dû faire encore plus pour me donner cette balle de manche. Mais c'est bien, c'est bien d'avoir à ressentir le stress pendant un match, ça veut dire que l'adrénaline est là et me permet de rester en bonne forme.
Aujourd'hui, malheureusement, je n'ai pas pu transformer cela pour gagner mais la prochaine fois, j'espère que ce sera le cas.
"C'est une défaite qui peut-être m'apporter plus que mes deux victoires"
Moise, il y a cette fin de quatrième set très très intense. À quel point tu aurais eu envie de l'amener au cinquième ? Tu étais en train d'amener le public avec toi, etc. À quel point tu aurais eu envie de le jouer, ce cinquième set, ce soir ?
C'est une bonne question. J'ai vraiment vraiment envie d'essayer un autre cinq sets, surtout que je sentais que le public commençait vraiment à me hyper de plus en plus. J'ai essayé de prendre toute leur positive énergie. Malheureusement, ce n'est pas passé loin, cela n'a pas fonctionné. Je sens que pour le futur, c'est bon à savoir que quand il y a un public, ça peut me pousser dans mes retranchements, à mes limites. C'est quelque chose de bon à savoir, je suis très content.
Bravo pour ton tournoi. À cette heure-ci, comment s'équilibre la déception de la défaite, ce qui serait normal, et la satisfaction d'avoir passé deux tours à Roland, d'avoir vécu une expérience incroyable ? Tu es quel type de perdant en général ? Tu surmontes les défaites assez rapidement ou, au contraire, tu rumines un peu dessus ?
Il y a toujours une partie après une défaite qui est un peu déçue. En tant que compétiteur que je suis, j'ai toujours envie de gagner. Malheureusement, ça ne peut pas arriver tout le temps, et je le sais. Donc, c'est pour ça que la plus grande partie de moi, quand je perds, passe au prochain.
Je suis déjà focus sur la récupération pour pouvoir arriver le mieux possible à Lyon, le prochain tournoi que je vais jouer. Voilà, aujourd'hui, j'ai perdu. Peut-être que demain, je gagnerai. Je suis content parce que j'ai bien joué. J'ai proposé de belles choses tout au long de cette semaine. Donc ce n'est pas une défaite qui me pose problème. C'est plutôt une défaite qui me fera, je suis sûr, grandir dans le futur. J'ai appris beaucoup de choses sur moi. C'est une défaite qui peut-être, même, peut m'apporter plus que mes deux victoires.
Voilà pour répondre à la question, je ne suis pas un mauvais perdant. Je suis un perdant qui apprend de ça, qui essaie toujours de rebondir le plus haut.
Tu parles déjà de la suite. Là, tu as joué sur le Suzanne-Lenglen avec une ambiance complètement folle. Redoutes-tu d'aller sur des plus petits tournois, les Challengers, ou tu considères que ça fait partie du chemin ?
Non, je ne redoute pas du tout. Non, non, je peux faire avec et je peux faire sans. On m'avait posé la même question quand je suis passé de Monaco à un 25 000. On m'avait dit : est-ce que la transition n'est pas un peu dure ? J’avais dit que non, et j'ai gagné le tournoi. Passer de Roland-Garros à Lyon ne va pas être une transition qui va être dure parce que je joue chaque match comme si c'était le dernier. Quand je vois un match, je ne viens pas en me disant : « Je suis à Roland-Garros », « Je suis à Lyon » ou « Je suis en Italie ». Non, je vais sur le terrain, j’essaie de mettre les objectifs en place, fixés avec l'équipe avant. Peu importe l'endroit. Je reste concentré sur moi. Que ce soit devant 10 000 personnes ou 5 personnes, c'est pareil pour moi, j'ai envie de dire. Quand c'est devant 10 000 personnes, t’as 10 000 personnes qui t'encouragent et te poussent. Quand t’as cinq personnes, c'est un peu différent. Les cinq personnes, ce sont les cinq personnes de l'équipe, donc les cinq personnes les plus importantes. Au final, tant qu’elles sont avec moi, il n'y aura pas de souci.
"On me reconnaît dans la rue"
Bravo, malgré la défaite. La façon dont tu as joué ici, ça te donne envie de rehausser un peu tes objectifs ? Est-ce que cela te fait penser que tu vas peut-être aller plus vite que ce que tu croyais ou tu n'es pas le genre à te mettre d’objectifs en termes de classement, de temps de passage ?
C'est sûr que ce que j'ai fait ici, c'est bien. C'est même très bien. Après, non… Non. Je pense que je vais vraiment rester concentré sur moi. Si après ce tournoi, j'ai des mois un peu compliqués, c'est normal, cela fait partie de la vie d'un sportif. Et si tout roule très bien, tant mieux, je touche du bois, j'ai envie de dire.
Encore une fois, comme je le disais tout à l'heure, le plus important, c'est de me concentrer sur moi, ce que je fais en match, rester heureux, que ce soit à Roland ou n'importe où, c'est pareil au final.
Après, je n'enlève en rien à ce que j'ai fait cette semaine, aujourd'hui, cette semaine, pardon. Le plus important, c'est de continuer à bien jouer, continuer à bien s'entraîner, et continuer à être heureux sur le terrain.
C'était ton premier Grand Chelem, tu as 17 ans. J'imagine que les trois matchs t'ont prouvé à quel point tu étais prêt pour ce monde‑là, de jouer les Top 100 tous les jours. Mais est‑ce que tu te dis : il y a encore quelque chose à travailler sur tel plan, physique, mental ? Est‑ce que tu as déjà des pistes ? J'imagine que tu es toujours dans une logique de progression, et c'est toujours aussi cela qui te fait avancer. Est‑ce que tu as des pistes, au‑delà de tout ce que tu as fait, tu as des pistes de travail en repartant d'ici ?
Bien sûr ! Non, moi, je n'ai pas : mon équipe a. Je pense qu'ils pourront mieux répondre à cette question que moi.
Mais c'est sûr que même s'il y a beaucoup de bien, il y a forcément des choses à travailler. Tant que je serais joueur de tennis, il y aura toujours quelque chose à améliorer.
Le service m'a fait peut‑être un peu défaut dans ce match aussi à un moment. Mon coup droit, aussi, forcément, j'ai fait deux ou trois fautes, peut‑être qu'il ne fallait pas, à des moments un peu chauds. Mon revers, voilà…
Il y a beaucoup de choses à travailler, même si beaucoup de choses ont été bien réalisées de ma part cette semaine. Je veux toujours continuer à les améliorer, pour qu'elles soient le plus performantes possible.
Moise, au‑delà du tennis, il y a la notoriété. Tu es rentré dans les foyers français au deuxième tour, en tout cas c'est sûr. Aujourd'hui, je ne sais pas, mais au deuxième tour, j'ai l'impression que tout le monde a vu ce match et t'a identifié.
Quels signes tu as eu de cela depuis deux, trois jours ? Est‑ce que tu arrives à être complètement dans ta bulle, ou est‑ce que tu as déjà perçu qu'en termes de notoriété, intérêt, tu avais déjà basculé dans autre chose ? Pas une star, mais déjà en termes de « les Français te connaissent maintenant », c'est évident depuis le match du deuxième tour.
Je ne comprends pas trop bien la question.
Est‑ce que des signes…?
Oui, on me reconnaît dans la rue, on me reconnaît à Roland, oui.
"J'ai toujours su que j'étais quelqu'un qui avait un bon mental"
Qu'est‑ce qui s'est passé depuis deux, trois jours, qui te fait ressentir cela ?
Déjà, un facteur très voyant, c'est que quand je joue sur le Suzanne, il est plein ! (Rires.)
Il est plein ! C'est sûr qu'en rentrant, et en voyant le Suzanne plein, je me suis dit : waouh ! C'est quand même quelque chose de spécial.
Encore une fois, je pense que... Deuxième facteur : Instagram ! La dernière fois, on m'avait posé la question. Oui, c'est sûr qu'en termes d'abonnés et de visibilité, c'est clair que j'ai vraiment, à travers ce Roland, monté de gamme, on va dire.
Après, le plus important, c'est ce que je fais sur le terrain. Tous ces fans, tous ces supporters, au final, ils veulent me voir me battre sur le terrain, ils veulent me voir gagner des points, ils veulent me voir avec le sourire. J'espère que c'est ce que je vais continuer à proposer tout au long de ma carrière. Je pense que c'est là le plus important.
Tu as dit en anglais tout à l'heure que tu sentais que tu avais beaucoup appris sur toi physiquement, que tu pouvais tenir des matchs en 4, 5 sets, et être en forme.
Est‑ce que mentalement aussi, tu as l'impression d'avoir beaucoup appris sur toi ? Est‑ce que tu as l'impression d'avoir puisé dans des réserves que tu ne soupçonnais pas avant ce tournoi ? Est‑ce qu'aussi dans la tête, tu as l'impression d'avoir senti que tu étais capable de faire face à ce genre de défi ?
Je pense que mentalement, j'ai toujours su que j'étais quelqu'un qui avait un bon mental. J'ai toujours su que j'étais quelqu'un qui n'abandonnait jamais. J'ai toujours su que je suis quelqu'un qui peut renverser des matchs, parce que je l'ai fait beaucoup de fois dans ma jeunesse. « Ma jeunesse », vous m'avez compris…!
(Rires.)
Je l'ai fait beaucoup de fois, donc je savais que je pouvais le refaire encore une fois ici à Roland. J'ai failli le refaire ici aujourd'hui. Ce n'est pas passé loin, encore une fois. Mais mentalement, je savais que c'est une arme secrète, on va dire, que je peux utiliser en cas de recours.
