Tennis. Roland-Garros - Raphaël Collignon : “Il n’y a pas que des robots dans le tennis”
Par Alexandre HERCHEUX le 29/05/2026 à 00:12
Ce jeudi à Roland-Garros, Raphaël Collignon a vécu un moment immense en dominant Ben Shelton 6-4, 7-5, 6-4 sur le Suzanne-Lenglen pour rejoindre le troisième tour. Face à la tête de série [5], le Belge a livré un match “complet, maîtrisé”, en restant “solide du début à la fin” et en breakant à chaque fois “au bon moment”. Une victoire référence, pleine de calme et de maîtrise, qui pourrait servir de déclic à un joueur désormais proche du Top 50 au classement live. En conférence de presse, Collignon a laissé parler l’émotion. Après la balle de match, il a craqué en voyant ses proches, notamment son père et son frère, et a rappelé qu’il n’y avait “pas non plus que des robots” dans le tennis. Il affrontera Matteo Arnaldi au 3e tour.
Vidéo - Raphaël Collignon au 3e tour de Roland-Garros 2026
"C'est super d'avoir gagné ce match mais si, au final, c'est un coup d'épée dans l'eau..."
Raphaël, félicitations ! Cela te fait quoi d'être dans la salle où le joueur qui a dû venir le plus souvent se nomme « Rafael Nadal » ?
Ça fait plaisir ! Cela veut dire que j'ai fait quelque chose de bien. Je suis très content d'avoir gagné ce match. J'ai vraiment été très solide du début à la fin, très stable. C'est ce qu'il fallait que je fasse pour gagner. Franchement, je suis fier de la manière dont j'ai gagné aujourd'hui. J'étais dans mon match du début à la fin donc, finalement, très content de gagner.
Qu'est-ce qui explique cette attitude ? Comment as-tu préparé ce match pour avoir une attitude aussi déterminée et constante pendant tout ce match ?
On a bien préparé le match. Finalement, il n'y a pas eu énormément de surprise. Steve m'a vraiment bien briefé. Je savais qu’il fallait essayer d'être présent au retour, parce que sa grande force c'était le service ; et moi, j'essayais vraiment d'être concentré sur mes jeux de service. Je sais que, quand je suis bien concentré, je sers bien. Quand je prends bien mon temps, que je suis assez calme, c'est là où je suis le meilleur.
J'ai saisie toutes les opportunités. Parce que j'ai breaké à chaque fois au bon moment. Si je n'avais pas été aussi calme, je n'aurais pas su faire un match aussi complet. Donc, on a vraiment bien préparé le match. Au final, tout ce dont on avait parlé avant, ça s'est vraiment répertorié sur le terrain ; donc, très fier de la manière dont on a réussi à préparer ce match.
Beaucoup de personnes dans ton entourage sont conscientes de ton potentiel. On nous dit aussi souvent que, toi, tu ne l'es peut-être pas. Est-ce qu'après un match comme cela, il y a un déclic qui pourrait se faire ?
Je l'espère, il faudra voir le match d'après. C'est toujours le match d'après qui compte, au final. Je sais que je suis capable de faire de bonnes choses. Je l'ai déjà prouvé par le passé. J'ai vraiment battu aussi de bons joueurs. Mais là, c’est vraiment autre chose. J'ai l'impression que c'était vraiment complet, maîtrisé, contre un joueur du top 5, assez spécial, sur un grand terrain aussi. Espérons de prendre toute cette confiance pour le match suivant. C'est là où on verra si j'ai appris et si j’ai progressé. C'est super d'avoir gagné ce match mais si, au final, c'est un coup d'épée dans l'eau, cela ne sert à rien. Il faut donc essayer de continuer. Je vais essayer de garder les pieds sur terre pour être bien le match d'après.
"Je n'ai pas su contrôler mes émotions"
Raphaël, il y a la balle de match, tu célèbres, etc. ; et derrière, tu craques. Il y a dans ces larmes, cela représente quoi ?
Je ne voulais pas craquer.
(Rires.)
Mais c'est arrivé d'un coup. Je pense que c'est le fait d'avoir tous mes proches, de les voir pendant l'interview. Il y avait mon frère et mon papa. Malheureusement, ma copine n'était pas là. Sinon, pour le reste, il y avait pas mal de mes cousins, vraiment tous mes proches. Évidemment, quand tu fais un truc comme cela et que tu le partages avec les gens que tu vois au quotidien, qui te sont chers, avec lesquels tu passes de bons moments, c'était incroyable. Je n'ai pas su contrôler mes émotions. Au final, ça fait du bien dans le tennis de voir qu'il n'y a pas non plus que des robots. Il y a des gens qui vivent le truc à fond et pas mal d'émotions. Parfois, tu n'arrives pas à retenir ce que tu ressens. Au final, c'était un bon moment et très content d’avoir partagé cela avec eux.
"Je suis vraiment libéré, je sais que, au final, je ne peux que créer l'exploit"
Tu as un très bon bilan contre des joueurs de Top 5. Comment expliques-tu cela ? Tu t'es peut-être libéré dans la tête ?
On sait très bien que moi, je suis quelqu'un qui réfléchit beaucoup, qui aime mieux être dans ces positions quand, au final, je n'ai rien à perdre, parce que je joue un peu plus libéré. Je sais qu'il faut que j'y aille pour gagner. Sinon, je sais que ça va être compliqué. Donc, je suis vraiment libéré, je sais que, au final, je ne peux que créer l'exploit. Donc, ce sont vraiment des positions que j’aime bien. Quand je joue un match abordable, j'ai peut-être un peu le bras qui tremble. Parfois, j'ai du mal à faire le jeu, parce que j'ai l'impression que, si je fais ce que je sais faire, je vais probablement gagner. Donc, j'ai vraiment du mal à me lâcher. Je savais que je n’avais pas le choix, il fallait bien servir, être conquérant. J'aime bien être dans cette position, contre des mecs plus forts que moi. Je sais que je n'ai rien à perdre, j'adore cela.
C'est dommage ce qui est arrivé avec Alexander Blockx. C'est peut-être une source d'inspiration, ce qu'il a fait les dernières semaines ?
Oui, c'est triste puisqu'il était vraiment dans une bonne dynamique. C'est vraiment dommage ce qu'il s'est passé. C'est sûr, même pour Zizou et pour moi, ça a été bien de voir qu'il a su faire des résultats comme cela. Aller en demi-finales d’un Masters 1000, de battre les meilleurs joueurs du monde. En termes de niveau, on n’est vraiment pas loin les uns des autres. Cela nous a vraiment fait prendre conscience qu'on pouvait aussi battre les meilleurs, monter au classement comme lui. Au final, Top 40, c'est exceptionnel. En termes de niveau, on ne se sent pas moins fort que lui. Cela nous donne pas mal de confiance pour monter encore. C'est cela qui est bien aussi avec notre génération, avec Zizou, Alex et moi. On se tire vers le haut. C'est de bon augure pour la suite. Oui, il nous a probablement inspirés. C'est peut-être aussi en partie grâce à lui que j'ai réussi à faire ce match aujourd'hui.
"3 Belges dans le Top 50, c'est top"
Tu as été surpris par le manque de solutions trouvées par ton adversaire, finalement ? Il n'a jamais trouvé quelque chose pour te contrer.
Oui je trouvais qu'il y avait pas mal de déchets de son côté. Je trouve que j'ai été vraiment très, très bon. Il a eu du mal au retour parce que j'ai super bien servi. Après, j'ai eu vraiment des opportunités sur un jeu par set. Sinon, il était quand même assez impressionnant en service, on le savait. C'est sûr que parfois, j'étais assez étonné de voir que j'arrivais à avoir des points gratuits, même parfois sans le bousculer ; il me donnait quand même pas mal de points. C'est dû aussi à moi. J'ai aussi fait un très bon match. Je lui ai montré que j'étais vraiment présent sur tous les points. C'était bien de ma part de montrer que, s'il voulait me battre, gagner des points, il allait devoir faire de bons coups. C’est ce que j’ai dit : on a vraiment bien préparé le match. Il n'y a pas vraiment eu de surprise. Je suis arrivé sur le terrain avec pas mal de certitudes et je suis très content.
Question un peu plus ludique. J’espère ne pas me « planter ». C'est une idée ou je t'ai vu avec un album Panini ?
Oui.
Si c'est le cas, c'est le moment de faire un appel s'ils vendent des stickers ?
Oui. Je demande à pas mal de joueurs s'ils complètent l'album aussi, comme ça, on peut faire quelques échanges.
(Rires.)
Cela faisait longtemps que je voulais avoir l'album, parce que je le faisais quand j'étais petit. Au final, c'est une manière assez ludique. On passe pas mal de temps au club. C'est « sympa » de parfois compléter son album. J'aime bien cela, cela me rappelle un peu mon enfance. Oui, c'est ma copine qui est venue, qui me l'a ramené, elle a été le chercher dans une librairie. Je lui ai demandé d’aller acheter pas mal de boosters. Donc, j’ai eu pas mal de temps pour compléter l'album. Je sais que Faria fait l'album aussi. On va donc planifier demain quelques échanges (rire).
Tu as pu dire, l'an dernier, que tu voulais garder ces yeux d'enfant quand tu arrivais sur des Grands Chelems, que c’était encore la découverte. C'était ton premier Roland. Quand tu rentres sur le Lenglen, qu'est-ce qui se passe ? Est-ce que tu arrives à garder ces yeux d'enfant malgré le fait de battre un Top 5 et que tu enchaînes à un très, très haut niveau ?
Oui, évidemment, je les garde. Quand je suis rentré sur le terrain, je me suis rappelé les moments où j'étais devant ma télé, où je regardais les gros matchs. Je suis un passionné de tennis. Surtout, Roland-Garros, je l'ai toujours regardé. Me trouver sur ce terrain, cela m'a fait quelque chose, évidemment. C'était présent au début du match. Après, j'ai réussi à vraiment me mettre dans ma bulle. C’est sûr que, lorsque tu rentres sur le terrain, des souvenirs te viennent en tête. Et puis, quand tu gagnes, tout est décuplé. C’était vraiment un sentiment extraordinaire. Donc, je garde ces yeux d'enfants, c'est important de les garder parce que ce n'est pas banal, c'est incroyable, ce que j'ai vécu, ce qu’on vit dans des tournois comme cela, parce que, au final, c'est toujours l'endroit où on a voulu être. Évidemment, c'est important de garder ses yeux d'enfant.
Dans le Live Ranking, je vois que tu es 48e. Cela signifie quoi pour toi, d’entrer probablement dans le Top 50 ?
C'est bien pour le tennis belge. 3 Belges dans le Top 50, c'est top. C’est bon pour notre équipe de Coupe Davis. On n'a pas fini de monter. On a encore un certain nombre de choses à améliorer. D'avoir une génération comme celle-là, qui se tire vers le haut, c'est super important. Évidemment, cela me conforte dans le fait que je progresse bien, que je fais les choses bien. Cela m'encourage à continuer. C'est un chiffre, mais cela me permet de me dire que je progresse et c'est de bon augure pour la suite.
