Tennis. Althea Gibson - le tennis, son arme contre la ségrégation
Par Laurène Berger le 12/01/2013 à 17:33
Althea Gibson est la première joueuse afro-américaine ayant pu participer à un tournoi du grand Chelem en 1951. Plus qu?une grande joueuse, Althea a brisé les barrières de la couleur dans une Amérique en pleine ségrégation. Sa lutte a ouvert la porte à de nombreux joueurs qui ont fait d?elle une pionnière pour que les Noirs aient leur place dans le monde du tennis.
Althea Gibson naît en 1927 en Caroline du Sud, dans une Amérique où la ségrégation demeure et où hommes et femmes sont jugés sur la couleur de leur peau et non sur ce qu?ils sont. Très jeune, elle déménage avec sa famille dans le quartier de Harlem à New York. Elle vit alors dans des conditions précaires, sa famille a du mal à joindre les deux bouts et Althea passe très peu de temps à l?école.
Elle a cependant une passion, le sport et plus particulièrement le ping-pong. Le musicien Buddy Walker la remarque alors et se dit qu?elle pourrait être une bonne joueuse de tennis. Il la fait admettre alors au Harlem River Tennis Court en 1941.
Un talent brut
En 1942, seulement un an après avoir touché la raquette pour la première fois, elle sort victorieuse du tournoi organisé par l?association afro-américaine, The American Tennis Association, qui promeut et sponsorise les tournois pour les joueurs noirs. Après avoir gagné plusieurs autres tournois, elle se voit offrir un bourse à l?université de Floride et en sort diplômée en 1953.
Althea a cependant dû lutter pour obtenir ce diplôme et vivre de sa passion. L?univers du sport étant dominé par les Blancs et le tennis ne faisant pas exception, la porte de sa destinée lui était fermée. Elle pense alors à tout quitter et rejoindre l?armée américaine.
Mais en 1950, Alice Mable, ex-numéro un mondial, publie un article dans le magazine American Lawn Tennis, où elle plaide pour que Althea Gibson ait sa place dans les grands tournois internationaux : « Il ne faut pas refuser l?accès d?un aussi grand talent.[?] Le monde du tennis va se lever en masse pour protester contre les injustices perpétrées par nos faiseurs de lois. »
Une joueuse dans l?Histoire
Althea Gibson devient alors, en 1951, la première joueuse afro-américaine invitée au tournoi de Wimbledon. Un an plus tard, elle devient numéro 10 mondial et en 1953, elle atteint la septième place. En 1956, elle gagne Roland Garros, en 1957 Wimbledon et en 1958 l?US Open.
Elle devient également la première joueuse noire professionnelle de golf mais retourne néanmoins sur les courts en 1968. Trop âgée face à la nouvelle génération, elle ne peut cependant pas répéter ses succès passés.
En 1971, elle a l?honneur d?intégrer le Tennis Hall of Fame et en 1975 elle devient commissaire des Sports pour l?Etat du New Jesey.
Elle meurt en 2003, des suites de problèmes cardiaques.
Althea a cependant toujours minimisé l?importance de son rôle de pionnière dans le monde du tennis : « Je ne me suis jamais sentie comme un croisé, je ne me suis pas consciemment battue pour une quelconque cause, même celle des Noirs aux Etats-Unis. » dit-elle alors dans sa biographie en 1958.
Certains joueurs actuels l?ont pourtant remerciée pour son action, comme Venus Williams en 2003 : « Son accomplissement a fixé la scène de mon succès et à travers des joueurs comme Serena ou moi et beaucoup d?autres à venir, son héritage survivra. »
Et comme disait Martin Luther King : « Tout le monde peut être important car tout le monde peut servir à quelque chose » et consciemment ou inconsciemment, Althea a brisé les barrières de la ségrégation raciale au tennis et ouvert la voie à de nombreux joueurs talentueux.
