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ITW - Gaëlle Desperrier, 33 ans, a un rêve : 'Jouer Roland-Garros !' Photo : @GaëlleDesperrier / @TennisActu

ITW - Gaëlle Desperrier, 33 ans, a un rêve : "Jouer Roland-Garros !"

696e mondiale à 33 ans, Gaëlle Desperrier ne fait pas partie des joueuses très en vue sur le circuit secondaire depuis le début de sa carrière. Ce qui interpelle, c'est qu'il s'agit d'un choix de la licenciée du Stade Clermontois. Très vite, la Tricolore a choisi de ne jouer que les tournois professionnels près de chez elle et les CNGT pour gagner sa vie. Un choix qui s'explique par le fait que Gaëlle ne voulait pas voyager seule à travers le monde et enchaîner les tournois sans entourage. Une décision qui réussit plutôt bien à la Frenchie car aujourd'hui, elle se sent épanouie. Partageant sa vie entre des cours donnés au TCM5 de Lyon et des CNGT ou W15 et W25 français, Gaëlle Desperrier adore la vie qu'elle mène et ne nous trompons pas, évolue à un niveau bien plus élevé que son classement ne l'indique. Par exemple, la 696e mondiale a dominé Tamara Korpatsch, 135e mondiale, cette année et bousculée la jeune Elsa Jacquemot très récemment. Son choix de carrière, son parcours, ses rêves, Gaëlle a tout expliqué au micro de Tennis Actu. Un profil qui pourrait pourquoi pas taper dans l'oeil de Gilles Moretton au moment de choisir les "élues" pour Roland-Garros

Le Mag Tennis Actu avec Gaëlle Desperrier

 

"Je ne me suis jamais dit "prends ton sac et pars toute seule". Ce n’est pas quelque chose de possible et qui m’aurait plu"

Gaelle, tu as un parcours particulièrement atypique. Tu as toujours joué en France, seulement un tournoi en Allemagne et un en Belgique je crois. Depuis 2012, tu n’as joué que 21 tournois, et pourtant à 33 ans tu es 696e mondiale, ton meilleur classement. Cette année, tu as battu Tamara Korpatsch, 130e mondiale, bousculé Elsa Jacquemot, jeune joueuse très prometteuse. Peux-tu nous expliquer un peu ton parcours ?

Je ne joue pas beaucoup d’ITF. Je joue principalement en France. Ça s’est passé comme ça car j’ai fait des études à 18 ans tout en continuant à jouer. Les CNGT et les Open sont le week-end donc ça collait avec les études. Je joue souvent les ITF proches de chez moi. D’où mon classement 700, honorable, mais qui ne reflète pas mon niveau de jeu. J’ai fait 3 tournois cette année et je suis 696. Je serais mieux classée si je jouais toute l’année. Pourquoi ce choix ? Ça colle mieux avec mon style de vie. Je voyage moins. Avec le Covid, il n’y a pas de CNGT donc j’en profite pour jouer des ITF. En mai, je vais essayer d’en jouer encore deux.

 

Tu n n’as jamais eu envie d’embrasser la vie de joueuse professionnelle ?

Je me pose des questions. Je me suis posée des questions à la fin des études. J’hésitais à reprendre. Je pense que c’est un enchaînement de choses qui se sont mal goupillées. Je n’avais pas les bonnes personnes disponibles au bon moment. Si j’avais pu avoir de l’argent, via un mécène, via du sponsoring, et pouvoir partir avec une personne de confiance, ça se serait peut-être fait. Je ne me suis jamais dit "prends ton sac et pars toute seule". Ce n’est pas quelque chose de possible et qui m’aurait plu. Le faire avec une équipe et un projet, oui ça m’aurait bien dit mais c’est difficile. Soit on fait partie des meilleures et on est aidée, soit c’est à la débrouille. Oui, des regrets tout de même… jouer des plus grands tournois.

 

C’est vraiment la barrière financière qui t’a bloquée ?

Oui, ça part du financier. Qui dit pas de financier, dit partir seule. Je ne me vois pas faire cette expérience là solo. Pour atteindre les 300, il faut beaucoup d’ITF. Il faudrait un coach et un préparateur physique. Sinon, on fait les choses à moitié. Il n’y a que 4 Françaises dans le top 100. On ne peut pas faire les choses à moitié, ça doit être à fond.

 

J’imagine que tu as des copines chez les pros. Est-ce que ce qu’elles te disent a eu un impact sur toi ?

Oui parce qu’on en parle. Les filles qui viennent sur les CNGT sont contentes. Elles sont hébergées etc… Donc oui, on en parle. Il n’y a pas que du négatif, loin de là. Il y a beaucoup de positif dans cette vie-là. On en discute et ce n’est pas évident. On peut se retrouver à 28 29 30 ans sans jamais avoir atteint les objectifs. Dans le tennis, tu peux être très bosseur et ne pas réussir à avoir la carrière dont tu as envie. Je ne me plains pas. Après forcément, j’aurais voulu jouer des Grands Chelems, des supers tournois mais c’est le choix que j’ai fait.

 

"Quand on est jeune, on est aiguillé par les parents, un entraineur… on n’est pas complètement maitre du projet. Là, j’ai repris mon projet par moi-même"

A quel âge as-tu décidé de ne jouer qu’en France ?

J’ai essayé de jouer vraiment jusqu’à 17 ans. Je souffrais vachement de la différence avec mes autres copains. Je partais sur les tournois alors que j’avais envie d’avoir des copains, de connaître d’autres choses. A 18 ans, je me sentais hors cadre. Aujourd’hui, je suis toujours hors-cadre, je ne me lève pas tôt le matin pour aller au travail mais je me sens bien dans ce hors-cadre. Ce n’est pas une vie classique et je me sens bien. J’avais besoin de côtoyer des gens, les études etc… J’ai donc décidé d’arrêter de partir des semaines entières. Je voulais une vie sociale, connaitre la vraie vie.

 

Cette décision, c’était en 2006. Tu as ensuite repris en 2012. Que s’est-il passé pendant ces 6 ans ?

J’ai fait un Master en école de commerce puis un an sabbatique à l’étranger. Je suis partie à Londres et j’ai bossé là-bas dans un club de tennis où j’ai coaché. Ça m’a donné envie de passer le DE et DES. Ça m’a remis dedans. J’ai retrouvé l’envie de jouer et m’entraîner.

 

Est-ce que la fait d’avoir ton DE et l’assurance de gagner ta vie en tant que prof t’ont redonné de la fraîcheur ?

Oui ! J’ai pris de la maturité. 5-6 ans s’étaient écoulés. Mon projet, je me l’étais approprié. Quand on est jeune, on est aiguillé par les parents, un entraineur… on n’est pas complètement maitre du projet. Là, j’ai repris mon projet par moi-même. J’avais un Master en poche, le DES, je n’avais pas encore envie d’être dans le milieu de l’entreprise.

 

A quoi ressemble ta vie maintenant ? Tu partages ton temps entre cours et tournois ?

Je n’en donnais pas pendant un moment. Je voulais seulement jouer après mon DES. Je gagnais ma vie sur les CNGT. J’avais envie de ne faire que ça. Ensuite, en 2018, je me suis blessée pendant un an. Ça a été une année compliquée sur le plan moral, social, à tous les plans… J’ai eu une prise de conscience. J’avais l’impression que je jouerais des années. Ça faisait 4-5 ans que je ne me préoccupais de rien et là j’ai eu une prise de conscience. Je l’ai tellement mal vécu que je voulais bosser et me constitue une base en club. Ça fait 3 ans que je bosse en club, au TCM5, le club où j ai quasiment commencé. Je m’y sens très bien. J’ai des contraintes d’horaires mais c’est mieux comme ça, d’avoir cette sécurité-là.

 

Financièrement, tu arrives à gagner ta vie correctement et sans stress ?

Oui oui carrément ! Après, c’est juste que tu bosses, tu t’entraînes, tu joues, tu es un peu fracassée… Il y a quand même les vacances scolaires. Il y a 3-4 mois où je peux juste m’entrainer et jouer. Je bosse mardi et mercredi en club, 15h en deux jours, et le reste du temps, je m’entraine et je fais les tournois. Avec le covid, je suis bien contente d’avoir le club.

 

 

"Je ne suis pas forcément un super tirage. J’ai un tempérament assez hargneux"

En novembre, tu as remporté le challenge pro FFT de Clermont en ne laissant que 15 jeux en 5 matchs, Raconte-nous un peu cette superbe semaine.

Cool pour le coup ! Il n’y avait pas de compétions depuis 2 mois et j’ai moi-même été surprise par mon niveau de jeu. Je joue moyen sur le premier match et après ça a déroulé. C’était dans mon club, je suis licenciée au stade clermontois, je me sentais comme à la maison. Vraiment cool !

 

Comment as-tu géré la période Covid ? Tu aurais pu tourner une page. Finalement, tu as continué. Que s’est-il passé dans ta tête ?

J’ai fait plein de choses. Arrêter le tennis, je n’y ai jamais pensé. Je pense que je jouerai toute ma vie. Sauf si grosse blessure… J’ai pu m’entraîner de mars à juin à 3 minutes de chez moi. Je me suis entraînée tous les jours avec une autre joueuse. Ce n’est pas terrible mais je suis honnête par rapport à ça, je pense que plein d’autres l’ont fait. On fait super attention. Ça m’a vraiment fait du bien. Les périodes d’arrêt, c’est ça qui peut être fatal. Quand je me suis arrêtée en 2018, j’avais l’impression que je ne reviendrais jamais. J’ai pu conserver l’envie pendant le Covid.

 

Qu’est ce qui maintient la flamme chez toi ? La passion ?

Oui vraiment ! C’est marrant, les gens se disent que c’est bizarre que je ne sois pas sur le circuit. Je n’ai jamais connu ça. Celles qui ont joué des supers tournois ont peut-être l’impression de régresser en jouant les CNGT. Je n’ai pas ce regard-là. J’adore m’entrainer.

 

Le paradoxe, c’est que peu de suiveurs te connaissent et pourtant, lorsque l’on parle avec des joueuses, elles considèrent que tu n’es pas du tout un bon tirage. Ça doit t’amuser ?

Oui… Après on se connaît. Je ne suis pas forcément un super tirage. J’ai un tempérament assez hargneux. Je ne vais pas laisser un match. C’est rigolo.

 

Pour ceux qui ne te connaissent pas, on m’a dit que tu avais un jeu atypique. Que tu prenais tôt la balle et que tu avais un service très slicé ? C’est ça ?

Je suis attaquant du fond de court. Un revers agressif. Un peu moins tôt côté coup droit avec un peu plus de variation. J’ai un service qui s’est modifié avec le temps. Je l’ai optimisé en essayant de travailler les services à effet.

 

Il paraît qu’il y a du bruit pendant tes matchs ?

(rires) Un peu. Je fais beaucoup de bruit et on m’en parle souvent. Parfois de manière très cool, parfois moins. Ça peut agacer. Je joue comme ça depuis mes 8 ans donc je ne peux pas agir là-dessus. Je ne m’entends pas et ce n’est pas du tout de l’intox.

 

 

"Je n’ai jamais joué à Roland, j’aimerais vraiment bien..."

Dans un mois, Roland-Garros, le grand moment pour les joueurs français. Tu rêves de quelque chose pour Roland-Garros ?

Je rêvais de quelque chose mais on a appris que ça n’aurait pas lieu. Avec la Race nationale j’aurais pu prétendre à une invitation mais elle est annulée. L’an passé, je suis passée à un rien de l’avoir. Cette année, je pense que ça va être compliqué. Je vais faire une demande wild-card en double mixte avec Enzo Couacaud. J’espère que j’aurais ça. Sur le simple, je vais faire la demande mais je pense que je serai loin. Sait-on jamais. Je n’en sais rien…Je n’ai jamais joué à Roland, j’aimerais vraiment bien. Plein d’autres joueuses sont là. Le classement de la Race sera reconduit l’année suivante donc je jouerai à fond pour l’avoir.

 

Même avec tes deux ITF, ce sera dur ?

Oui honnêtement. La FFT privilégie les jeunes, c’est la politique mise en place. Je comprends.

 

La nouvelle présidence ne t’a pas donné un nouvel espoir ?

Peut-être, je ne sais pas trop quoi penser…

 

"C’est mon choix. J’aime bien ma vie, jouer les week-ends et avoir la vie que j’ai"

Est-ce que tu te fixes des objectifs malgré ta situation particulière ?

Le classement français compte. Le classement CNGT compte aussi. Le but, c’est d’essayer de gagner ce circuit-là. Il y a plein d’échéances intéressantes. Après, il y a des objectifs de longévité, réussir à faire des blocs sans blessure.

 

Question difficile : quel classement représente ton niveau de jeu ?

C’est dur… On me dit 250 à peu près. Je pense que je joue ça sur l’ensemble des surfaces. C’est peut-être prétentieux mais je pense que c’est ce que je vaux et c’est ce qu’on me dit. Peut-être mieux en indoor.

 

Qu’est ce que ça te fait quand on te dit ça ? Tu es contente ou alors ça te laisse un goût amer ?

Je le gère bien car je suis très sollicitée par rapport à ça. Ce n’est pas quelque chose de nouveau. Je n’ai pas fait mieux cette année que les années d’avant. J’en ai conscience. Ça pourrait me faire perdre les pédales si c’était soudain mais je pense que ça fait 4-5 ans que c’est comme ça. C’est mon choix. J’aime bien ma vie, jouer les week-ends et avoir la vie que j’ai. Une fille comme Manon Garcia, elle pourrait passer des tours à Roland. Chez les garçons, Rémi Bouteiller, Jules Marie… c’est un peu pareil, les mêmes profils.

 

 

"D’autres filles le méritent mais je pense que je suis dans les clous pour avoir une wild-card à Roland"

Tu as 33 ans, on peut imaginer que tu vas pouvoir jouer encore quelques années de cette manière. Quels sont tes rêves pour finir en beauté ?

Là, je suis un peu déçue pour la Race nationale. L’année prochaine, je fais jouer quelques tournois ITF et WTA pour faire Roland. J’aimerais bien jouer le 250 à Lyon. Essayer aussi de monter au classement et peut-être profiter d’une invitation dans les qualifs ou tableau. On passe à côté d’années avec le Covid.

Un titre, ça représente quoi ? Ça te pèse un peu ou alors tu n’es pas forcément obsédée par ça ?

C’est hyper cool mais je ne suis pas obsédée par ça.

Si tu pouvais dire un mot à Gilles Moretton pour avoir une wild-card, qu’est-ce que tu dirais ?

Qu’est ce que je dirais… de laisser la chance aux vieux ! (rires) Je plaisante. De regarder le niveau de jeu et pas forcément l’âge, le projet… D’autres filles le méritent mais je pense que je suis dans les clous pour avoir une wild-card.

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Publié le par Alexandre HERCHEUX

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