Tennis. Open d'Australie - Corentin Moutet : "Je vais rester qui je suis contre Alcaraz"
Corentin Moutet s’est qualifié pour le 3e tour de l’Open d’Australie 2026 après sa victoire contre Michael Zheng (Q) 3-6, 6-1, 6-3, 2-0, abandon, ce mercredi 21 janvier à Melbourne. Le Français, tête de série 32, a profité des soucis physiques de l’Américain, touché aux adducteurs, pour renverser une rencontre mal engagée. Un succès qui offre à Moutet un rendez-vous de prestige au tour suivant : un duel contre le n°1 mondial Carlos Alcaraz. Rappelons que Moutet n'a jamais vaincu un joueur du Top 10 sur dur, et n'a jamais fait chuter de joueur du Top 3. Face au numéro 1 mondial, il faudra réussir un immense exploit.
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"J’ai encore appris des choses aujourd’hui"
Depuis le début du match, j’essaie de jouer mon meilleur tennis. Ce n’est pas arrivé tout de suite, malheureusement. Mais j’avais un bon joueur aussi, qui m’a mis la pression dès le début, et j’ai eu du mal à trouver mon rythme. Il y avait plus de vent aujourd’hui, c’était des conditions un peu différentes. Donc j’ai mis un peu de temps à trouver mon rythme, mais ça fait partie du jeu. Depuis le premier point, j’essaie de trouver mon équilibre et la bonne façon de jouer, comment l’embêter avec mon jeu. Mais je savais que de toute façon, un match de Grand Chelem, c’est long : heureusement, il y a le temps pour se régler, pour trouver, pour ajuster son jeu face à l’adversaire.
Évidemment, on espère toujours démarrer du mieux possible. Ce n’était pas le cas aujourd’hui, mais ce n’est pas grave. Je suis content : j’ai encore appris des choses aujourd’hui, et j’ai failli renverser quand même ce premier set, en jouant mon meilleur tennis. Comment je l’explique ? Je ne sais pas. C’est comme ça. Je n’ai pas décidé de bien jouer ou décidé de mal jouer : j’essaie de faire de mon mieux et de trouver mon rythme à chaque point. Ça s’est enclenché à partir du deuxième set, même si en fin de premier set, c’était de mieux en mieux.
"J’essaie de ne pas me juger : ça arrive à tout le monde de mal commencer"
Quelques difficultés au service au tout début, mais ensuite tu as extrêmement bien servi. Est-ce que c’est le sentiment que c’est un coup sur lequel tu as beaucoup évolué ces dernières années, et qui t’offre de plus en plus de points gratuits — et des deuxièmes coups plus faciles ?
Oui, je n’avais pas trop mon rythme au service en début de match, et ça me compliquait la tâche. Surtout sur dur : c’est quand même un des coups les plus importants du tennis moderne. Donc c’est très important. C’est vrai que ça m’a aidé par la suite d’avoir des points gratuits, de pouvoir démarrer sur mes jeux de service avec l’avantage dans le point. Comme je disais, je n’ai pas mal servi volontairement au début du match, mais petit à petit j’essaie de régler quelques détails. Et à un moment, c’était de mieux en mieux, c’était vraiment bien au service. Donc je suis content d’avoir réussi à élever mon niveau sur ce point-là.
Quand tu as un début de match comme ça, que ça ne va pas dans ton sens… dans la tête, tu es comment ? Tu te dis “bon, j’ai le temps, ça va venir” ? Zéro panique ? Comment tu le vis intérieurement ?
Ce n’est pas l’idéal, évidemment. Je préfère que ce soit l’inverse, mais c’est comme ça. Je suis arrivé avec plein de bonnes intentions. Je n’arrive pas au début à trouver mon rythme, à trouver la façon de jouer, à réaliser en tout cas ce que j’avais en tête. Mais le plus important, c’était de continuer : continuer à avoir la démarche, être agressif. J’étais un peu trop défensif au début, et je suis content d’avoir eu conscience de ça pour essayer d’inverser la tendance et de devenir plus agressif. C’est là-dessus que je me focalisais : essayer de changer ça. Avoir plus de mal en début, c’est un fait, mais à part observer, essayer d’améliorer, et voir ce qu’il faut faire de mieux, il n’y a rien d’autre à aller puiser là-dedans. J’essaie de ne pas me juger : ça arrive à tout le monde de mal commencer. Et surtout, ce n’est pas une raison : ce n’est pas parce qu’on commence mal qu’on va finir mal. Donc je mettais mon attention sur comment on pourrait mieux jouer, point après point.
"Je ne vais rien changer : je vais rester qui je suis, et faire du mieux que je peux contre Carlos Alcaraz"
Est-ce que tu as déjà réfléchi à une idée de plan pour jouer contre Alcaraz ? Sachant que toi tu es très fort dans le petit jeu, le toucher… et lui aussi, c’est l’un des meilleurs là-dessus : est-ce qu’il va “te faire ton jeu” ?
Je joue bien, déjà : c’est une certitude, parce que c’est un des meilleurs du monde. Après, changer mon jeu, je ne change pas mon identité en quelques jours. Et de toute façon, mon identité, c’est ce qui fait que je suis un bon joueur. C’est comme ça que je suis le meilleur quand j’arrive sur le terrain. Je ne vais rien changer : je vais rester qui je suis, et faire du mieux que je peux. Et au fur et à mesure du match, voir les différents défis qu’il va me proposer et essayer de les surmonter l’un après l’autre, et voir ce que ça donne. De toute façon, je ne l’ai jamais joué, il ne m’a jamais joué, donc ça va être une découverte. Et je suis super enthousiaste et content de pouvoir jouer contre lui. Pour moi qui suis passionné, c’est vraiment le kiff de me dire que je vais jouer face à un “test” comme ça, voir ce que je suis capable de faire.
Tous les jours, moi j’adore ça, comme je l’ai dit plein de fois. Tous les jours, c’est un défi différent. Aujourd’hui, c’est un défi compliqué aussi : c’est un joueur hyper jeune, et sur le papier je suis favori, donc dans la tête des gens, je n’ai “pas le droit” de perdre, entre guillemets. Donc c’est un défi dur à relever pour d’autres raisons. Mais je prends chaque joueur avec enthousiasme : un défi à relever qui est différent. Alcaraz, le défi, c’est que c’est un super bon joueur. Même s’il est plus jeune que moi, il a gagné plein de titres, c’est indiscutable : c’est un des meilleurs joueurs du moment, donc le défi sera tennistique. Mais tous les joueurs, il y a des défis différents. Et je ne pense pas qu’il y ait un joueur plus facile qu’un autre : je ne pense pas qu’aujourd’hui soit plus facile que ce qui m’attend dans deux jours. Donc je suis juste curieux et content d’avoir un nouveau défi à relever, et de voir ce que tout le travail fait avec mon équipe va donner face à un des meilleurs du monde.
C’est pour ça aussi que je suis content de jouer contre les meilleurs : on voit ce qu’il nous reste à travailler. Ils éclairent nos zones les plus faibles. Et c’est hyper important. Mais comme je disais : je prends vraiment chaque match, que le mec soit mieux classé ou moins bien classé. J’essaie de voir ce que l’adversaire peut m’apprendre sur moi. Et ce sera pareil dans deux jours.
"Je peux très bien “jouer” avec ces mecs-là"
Tu veux qu’on revienne sur le fait que tu joues sur un gros court ? Ça change quelque chose ?
Plus de monde, plus d’espace. En retour, ça donne la possibilité de varier ses positions plus que sur des petits terrains. Et surtout, plus de monde : la télé, évidemment, plus de gens qui regardent, c’est ça que ça change. Après, dans la pratique, pas grand-chose : on a toujours une raquette, une balle. La pression, oui… mais la pression, on a envie de bien faire tous les jours. Et surtout, moi je joue pour pouvoir jouer sur ces courts-là. On espère qu’un jour, ça se choisit sur des grands courts parce que c’est moi la tête d’affiche. Donc c’est le but, je pense, pour tout le monde : d’aller sur ces courts et de jouer. Les émotions qu’on peut ressentir sur ces grands courts, c’est irremplaçable.
Tu avais fait ce match face à Sinner à Roland, avec un super début de match. Qu’est-ce que ce match t’avait appris ? Qu’est-ce que Sinner t’avait appris sur les choses sur lesquelles tu peux progresser ?
Ça m’avait montré qu’on peut dominer un joueur de ce niveau-là pendant un set, et être dominé après : que ça va très vite, dans un sens comme dans l’autre, juste en montant ou en baissant de quelques pourcentages. Ça m’avait appris ça. Ça m’avait montré que je peux très bien “jouer” avec ces mecs-là. Mais que sur l’entièreté d’un match, je n’avais pas réussi à garder cette intensité tout le match. Donc ça m’avait appris ça. Ça m’avait appris que j’étais capable, tout simplement : que je n’avais pas eu peur, que j’étais allé pour gagner, que j’avais perdu, et que c’est comme ça — ça ne change rien à la démarche que j’avais eue, quel que soit le résultat final.
Et il m’avait montré aussi certains aspects : il m’avait embêté sur des secteurs de mon jeu, qui m’avaient aidé pour la suite, en me disant qu’il fallait que je progresse dans ces secteurs-là pour pouvoir contrer la prochaine fois que je le joue, quand il essaiera de m’emmener dans ces zones-là. Et il m’avait aussi montré que, même en perdant (je crois) 6-2 le premier set, lui avait gardé une bonne attitude : malgré le fait qu’il était mené contre moi, et qu’il n’était pas favori “sur le moment”, il avait gardé la tête froide. Et ça m’avait aussi inspiré pour la suite.

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