Tennis. Roland-Garros - Gaël Monfils raconte : "Elina m'a lu la lettre, on était émus..."
La dernière de Gaël Monfils à Roland-Garros. Déjà célébré jeudi lors de la soirée "Gaël & Friends", Monfils, qui dispute sa dernière saison sur le circuit, peut désormais se tourner vers le sportif avec l'envie de bien faire pour sa dernière Porte d'Auteuil en décrochant une et pourquoi pas plusieurs victoires. Pour sa dernière danse ici, "La Monf" a hérité... d'un Français au premier tour. L'actuel 221e mondial, âgé de 39 ans, affrontera son compatriote Hugo Gaston pour ce qui sera peut-être son dernier match dans ce tournoi. En conférence de presse, il est notamment revenu sur son héritage dans le tennis, son amitié avec Stan Wawrinka et comment il vit cette fin de carrière.
Vidéo - Gaël Monfils en conférence de presse avant son dernier Roland-Garros
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"Pour la communauté noire, de voir quelqu'un sur le circuit, ça a été important"
Comment vas-tu ?
Cela va très bien.
Quelle a été ta réaction quand tu as vu qu'Elina avait écrit cette lettre pour votre fille lors de la cérémonie ?
Ce jour-là, elle me l'a lue tard le soir quand je suis revenu de cet événement. Nous étions tous les deux assez émus, à fleur de peau, je ne savais pas qu'elle allait faire cela. J'ai été très touché. C'était amusant de voir que c'était l'une des premières fois où je l’ai vue s'ouvrir un peu sur ce sujet. Cela m'a touché profondément.
Naomi Osaka était là il y a quelques heures, elle a dit que tu étais le GOAT, le meilleur de tous les temps. Je sais que tu l'as invitée à ton événement. Elle a parlé de l'influence que tu as été pour elle, une jeune joueuse noire quand elle était plus jeune. Tu te rends compte de l'influence que tu as eue en général, mais aussi sur les plus jeunes ?
C'est elle la GOAT, la meilleure. Maintenant que la fin approche, évidemment, je pense que je verrai un peu plus clair. Sur le moment, on ne se rend pas forcément compte de l'influence que l'on a. Quand j'entends ces propos, j'en suis très reconnaissant si j'ai pu inspirer des joueurs. Je connais des jeunes enfants qui se sont inspirés de la façon dont je joue, dont je me déplace. Pour la communauté noire, de voir quelqu'un sur le circuit, à mon avis, ça a été important. J'ai sans doute inspiré des joueurs noirs en leur montrant qu'ils peuvent y parvenir et qu'ils peuvent voir mal eux-mêmes. Je m'en rendrai mieux compte dans quelque temps. Au cours de cette dernière saison, je m'en rends déjà un peu plus compte et cela me procure beaucoup de reconnaissance.
"Je me sens extrêmement chanceux"
Concernant ce tournoi en particulier, tu as une liste en tête de ce que tu veux faire pendant ce tournoi, faire quelque chose sur le court, prendre une photo, emmener ta fille quelque part ? Veux-tu partager des éléments là- dessus avec nous ?
Ma liste de souhaits est aujourd'hui accomplie, ce que j'ai toujours voulu. On est peut-être à 99,9 % de soulever ce trophée mais tout ce que m'a donné Roland-Garros, c'est tout ce dont j'aurais toujours pu rêver, tout ce pour quoi j'ai travaillé, tout ce que je souhaitais. Je me sens vraiment extrêmement chanceux de me trouver là où je suis aujourd'hui.
C'est ton dernier Roland- Garros, tout le monde le sait. Tu t'es préparé comment ? Est-ce que tu es parti te mettre au vert façon commando ? Cette dernière ligne droite, comment tu l'as vécue ?
D'une façon assez détendue en vrai, parce qu’il y avait pas mal de choses personnelles aussi au même moment, du coup, d'une façon assez détendue. Essayer de revenir physiquement mieux, on va dire. J'étais un peu moins bien, donc essayer de travailler plus physiquement. Je ne vais pas te cacher que mon focus, c'était vraiment de retrouver une bonne frappe de balle, des choses comme ça. Je n'ai pas fait des choses différentes, mais j'étais assez détendu.
Comment tu décrirais les 6 mois que tu as vécus entre l'annonce de ta retraite, que tu allais arrêter, et ce moment fort que va être Roland-Garros ? Il y a eu des hauts et des bas, la tournée sud-américaine que tu n'as pas pu faire, de belles victoires je pense à Monte Carlo, déception en Australie. Comment tu résumerais ces 6 derniers mois ?
Plutôt bien on va dire, à partir du moment où j'ai pu exprimer au monde du tennis que j'avais envie de prendre ma retraite la saison d'après. Cela me tenait à cœur, c’est quelque chose que je voulais le dire. Après plutôt bien. Comme je l'ai dit en fin d'année, c'est terrible ce que je vais dire, peu m’importe ce qui se passe, pour moi c'est tellement une chance de pouvoir dire au revoir, de pouvoir échanger des balles avec tous les joueurs, de pouvoir être compétitif sur quelques matchs avec ces jeunes joueurs. C'est pour moi une chance. Je l’ai vécu plutôt bien. J'ai toujours ce côté compétiteur, c'est ce que j'essaie de pousser dans certains matchs. Avant tout, c'est un tel plaisir d'avoir la chance de pouvoir encore jouer une dernière année sur un magnifique tour avec des joueurs incroyables. Honnêtement, je suis très chanceux.
"Stan, c'est un pote, un vrai pote !"
Sauf si tu vas en finale cette année, ton meilleur Roland restera celui de 2008 avec une demie contre Roger, demie assez serrée, très loin d'être une formalité pour lui. Te souviens-tu de ce match ? Si oui, quels souvenirs en garde-t-on ? Était-ce l'année où tu t'es senti le plus fort à Roland ? Est-il logique que cela ait été ton meilleur Roland, ou il y a d'autres années où tu te dis, sur des dates fortes, sur le tableau, tout type de souvenirs, que cela aurait pu pousser plus loin ?
Je ne me souviens pas très bien du match en soi, de la demie. Quatre sets, je sais, mais je n'ai pas... Pourtant, de temps en temps, j'ai une bonne mémoire sur ça, mais je ne me souviens pas très bien de mes sensations. Je me sentais déjà mieux l'année d'après, en 2009, où je perds sur lui en quart de finale. Où, je pense que je jouais très bien au tennis, je jouais très bien au tennis, j'étais bien, et je crois que c'est l'année où il gagne, où Rafa se fait finalement éliminer. Je pense que j'avais de bonnes sensations en 2009.
Derrière, il y a une année où je jouais très bien, où je n'ai pas pu jouer ; en 2016 aussi. Je pense que j'arrivais avec beaucoup de confiance. Malheureusement, je n'ai pas pu le jouer. Et l'année du Covid aussi, franchement, je commençais une très bonne année. Je pense que physiquement, tennistiquement, j'étais plutôt bien. Le fait d'avoir coupé, finalement, on n'a pas fait "un vrai" Roland-Garros... On va dire que chaque résultat vaut ce qu’il était...
Salut Gaël. J'avais une petite question par rapport à Stan, qui a déclaré un jour que s'il devait partir en trip à Vegas, il embarquerait toi, Frances TIAFOE et Benoît PAIRE... Une belle équipe !
Très belle équipe !
Très belle équipe... Que peux- tu me dire sur la relation, pas forcément dans les vestiaires ou sur le terrain, mais la relation que vous entretenez en dehors ? Vous vous voyez beaucoup en dehors, en Suisse ? Je t'ai vu dans les tribunes à Genève. Plus globalement, que représente-t-il pour toi ?
Stan, c'est un pote, un vrai pote, un vrai ami. C'est quelqu'un, on va dire que le tennis est vraiment secondaire. C'est quelqu'un avec qui on partage de bons moments en dehors de notre métier. Quelqu'un que j'ai appris à connaître depuis tant d'années. Après, le joueur, j'ai une admiration folle pour lui. Stan, c'est Stan ! Je le dis à chaque fois, c'est extraordinaire ce qu'il a pu faire, ce qu'il produit, une carrière de oufissime !
Pour moi, c’est une légende. Je pense que vous le connaissez bien aussi, Stan, c'est quelqu'un de taquin, de marrant, quelqu'un qui est généreux, quelqu'un qui tend la main énormément, quelqu'un sur qui je peux compter. Et ça, je parle vraiment en dehors du tennis. Pour moi, c'est un vrai ami. C'est quelqu'un qui décroche le téléphone, si j'ai besoin d'aide ou quoi que ce soit, il sera là, il fera le maximum. Ça, c'est précieux.
"On a de bons joueurs en France, un beau vivier"
As-tu réfléchi à ce que pourrait être ton discours d'adieu ? Ce que tu auras envie de dire ?
Je ne suis pas quelqu'un qui prévoit des choses... Je pense que j'irai vraiment sur le moment, sur ce que je ressens sur le moment, et je pense que c'est le mieux.
Tu fais partie de ceux qui ont tenu le tennis français depuis un bon moment. Je me demande, là, au moment de le laisser, quand tu regardes derrière, tu te dis : "Ça va le faire !" ? Ou tu te dis : "Je pensais qu'on aurait peut-être créé plus d'élan."? Ou tu te dis : "Ce n'est pas gagné !" ?
Je trouve qu'on a de très beaux joueurs. On a beaucoup de joueurs, vraiment au top niveau. Et après, c'est toujours très subjectif par rapport aux personnes, de ce qu'elles appellent le top niveau. Qu'est-ce qu'elles ont envie de ressentir ? Moi, mon ressenti, c'est qu'on a de beaux joueurs, beaucoup de joueurs, un beau vivier. Pour moi, cela pousse bien, c'est très, très compétitif. Je trouve qu'on a des beaux joueurs !
