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Tennis. Roland-Garros - Ivan Ljubicic : "Un pays comme la France ne mérite pas ça..."

Par Alexandre HERCHEUX le 02/06/2026 à 13:54

Roland-Garros
Photo : @RolandGarros

Ce mardi à Roland-Garros, Ivan Ljubicic, Directeur du Haut Niveau à la FFT, a dressé un bilan du tournoi des Français et des Françaises, entre le constat d’un niveau actuel insuffisant, le beau parcours de Diane Parry et la révélation Moise Kouame. Alors que Parry a quitté le tournoi en huitième de finale et que Kouame a marqué cette édition par son épopée, Ljubicic a assumé un discours franc : “un pays comme la France ne mérite pas ça”, tout en affirmant ne pas être inquiet pour l’avenir du tennis tricolore. Le Croate a longuement insisté sur la génération 2009, avec Moise Kouame en tête d’affiche, mais aussi Daniel Jade et Mathys Domenc, tout en appelant à ne pas “griller les étapes”.

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"Je ne suis pas inquiet pour l'avenir du tennis français"

Avant les premières questions, Ivan, ton appréciation globale de comment s'est passé ce tournoi pour les Français et Françaises.

Le constat et l'analyse sont plutôt simples à faire. On avait deux têtes de série chez les hommes et pas de tête de série chez les femmes. Donc les résultats sont un peu la conséquence des niveaux d'aujourd'hui. Je pense que l'exploit de Diane surtout, c'est très positif, et de Moise bien évidemment. Tout le reste, c'est plutôt dans la situation d'aujourd'hui. Ce n'est pas ni bien ni mal, positif ou négatif. C’est comme ça. Aujourd'hui, il faut l'accepter, il faut avancer et espérer qu'il va changer, parce que je pense qu'un pays comme la France ne mérite pas ça, mais c'est la réalité. Il faut travailler pour changer. C'est un peu le constat.

Avant de répondre aux questions, dans ma position, dans mon rôle, je ne suis pas inquiet pour l'avenir du tennis français. Vous connaissez un peu mieux la prochaine génération. Je pense que l'on est plutôt bien placé pour rêver, espérer que les prochaines générations, les prochaines années, on va avoir des résultats beaucoup plus positifs que ça. Je parle des garçons. Chez les filles, on est toujours un peu avec les chiffres qui sont moins bons et moins forts, mais on continue à travailler. Je peux vous assurer que l'on va continuer à travailler, de faire le mieux possible.

 

Sur Moise Kouame et la génération 2009 : "On ne peut pas griller des étapes"

Un bilan sur Kouamé. Cela a été la sensation de ce tournoi. On l'a découvert pour certains. En tout cas, il a confirmé très rapidement qu'il était assez exceptionnel. Dans votre bilan, comptez-vous sur lui pour les prochaines années pour « relever » les résultats ?

Moise continue de montrer des signes très importants. Quand je dis ça, ce n'est pas que les résultats. Je parle de sa manière d'affronter les situations, de vivre les moments de manière plutôt intéressante. Il montre qu'il est prêt à faire des choses très importantes. Je connais très bien Moise, mais il continue de me surprendre. Après son premier tour, il a parlé même de gagner le tournoi potentiellement. Ce sont des mots qui sont parfois, surtout ici, en France, vus comme quelque chose de trop, d'exagéré, mais pourquoi pas. Il faut accepter le challenge, il faut rêver. Tu ne sais jamais ce qui peut se passer. Lui ne se pose pas de limites. Après, il peut être vu comme quelqu'un qui n’est pas humble, mais ce n'est pas ça. C’est juste l’exigence et l'ambition sportive qui continuent à le pousser. Je n'étais pas surpris mais content de voir comment il a vécu ses matchs. Il a montré des signes très importants. On ne peut pas savoir ce qui va se passer. Je pense qu'aujourd'hui, il a montré des signes intéressants.

Après il ne faut pas se précipiter. Il est quand même de 2009, il a 17 ans, il est 225, je ne connais pas le classement du monde. Donc il faut travailler, nous assurer avec son staff… Nous, on est là pour les accompagner. On continue à répéter ça parce que je sais que peut-être vous, vous comprenez, mais le public pas trop, le rôle de la Fédération dans chaque projet. On espère qu'il va continuer à progresser. À mon avis, il a besoin de jouer beaucoup de matchs pour continuer à apprendre, à vivre les expériences positives ou négatives parce qu'on a besoin des deux. On voit à quelle vitesse il va progresser, parce qu'il va progresser, ça c'est sûr. La vitesse, c'est lui qui va décider si on va le voir déjà Top 100 cette année ou plus tard. On n'a pas de stress.

Quand j'ai pris le poste fin 2023 dans le rôle d'aujourd'hui, j’ai pensé que normalement quand tu te coupes de la formation, tu as besoin de 8 à 10 ans de faire pour voir un peu des résultats de ton travail. Moi, j'ai calculé et j'ai pensé à 2030 pour voir concrètement les décisions prises. On est en 2026, donc c'est un peu tôt, mais c'est quand même très intéressant. Honnêtement, je suis content parce qu’en 2015, 2016, Dino Prizmic et Marta Kostyuk sont des enfants que j'ai accompagnés aussi. Aujourd'hui, ça fait 10 ans qu'ils ont commencé à montrer le talent qu'ils ont, surtout Marta qui joue maintenant. J'ai toujours pensé qu'elle était une fille, une femme maintenant, capable de faire des choses importantes.

On ne peut pas griller des étapes. Il faut suivre le process et respecter les progrès de chacun, de chacune. La maturité prend du temps. Je suis content que Moise montre déjà des signes. Vous avez la possibilité de connaître son projet, mais ce n'est pas que lui. On a Daniel Jade derrière, on a Mathys Domenc qui joue maintenant. On a les 2009 garçons. Vraiment, c'est une génération très très intéressante. C'est ça la responsabilité, même la pression que je sens aujourd'hui, de m'assurer que cette génération continue à progresser, même pas l'année prochaine, mais dans les années à venir, qu'elle arrive à jouer un tennis de haut niveau mondial.

 

Je n'ai pas trop d'informations sur Arthur Fils

Sur un autre domaine, es-tu inquiet pour Arthur Fils avec cette blessure au dos qui a du mal à...

Je n'ai pas trop d'informations. Les informations après Rome, ce n'était pas important, mais il n'a même pas joué ici. Je n'ai pas cherché trop d'informations. Je voudrais le laisser un peu tranquille. Oui, on a peut-être trop rapidement oublié Arthur. On sait ce qu'il a fait cette année, durant les mois qu'il a joué. C’est un super joueur. Aujourd’hui il fait part des meilleurs du monde. Il est dommage qu'il n'a pas pu cette année essayer de jouer ce tournoi.

Oui, il faut se poser des questions, bien sûr. Je ne sais pas aujourd'hui. J'espère que la décision qu'ils ont prise de ne pas jouer Roland-Garros, c'était seulement pour s'assurer qu'il sera prêt pour le gazon. On va avoir les informations très tôt, je pense. C'est dommage. Je n’ai rien à ajouter. C'est difficile. Je voudrais peut-être, je ne sais pas si la question va venir ou pas sur Diane, je suis très très content parce qu'elle mérite. L'investissement qu'elle fait, ce n'est pas évident. C'est quelque chose de très important. Ça commence à payer à Roland-Garros, c'est super. Elle a un staff, une structure de très haut niveau aujourd'hui. Je suis content qu'elle ait pu vivre ce moment-là, un quatrième tour ici. J'espère que c'est un début de quelque chose, car elle le mérite avec son talent et son niveau de jeu.

 

J'ai une question pas piège, mais… : la wild card pour l’Us Open, ça va être chaud ?

Oui !

 

Dis-nous ton sentiment.

Surtout, parce qu'on peut avoir une situation qu'on n'a pas envisagée maintenant, on a là des mecs qui, peut-être sont... Tu parles bien des hommes ?

 

Oui.

Qui sont peut-être 110 et qui font la finale à Montréal ; et là, qu'est-ce que tu fais ? Hier, quelqu’un du staff des joueurs m'a posé la question ; ils ont déjà commencé à demander. Honnêtement, c'était la première fois que je commençais à réfléchir ; c'est difficile, bien évidemment. Le truc que je veux éviter aujourd'hui… On va un peu attendre. J'ai demandé à Gaël de demander la wild-card à l’US Open directement, pourquoi pas ? On va essayer. Après, il faut arbitrer. Je ne suis pas le seul à décider. On va donc se réunir, comme chaque fois ; on va discuter et échanger. On verra ensuite ce qui va se passer. Honnêtement, je suis plutôt content d'avoir des problèmes comme ça, d'avoir des joueurs qui ont des éléments plutôt importants pour avoir une wild-card. Wild-card, c’est toujours wild-card : il faut mériter d'être dedans, c'est sûr.

Je ne sais pas combien de temps on a. Six semaines après US Open… C’est après Wimbledon, j’imagine, et on encore peut-être une semaine après Wimbledon. J'espère que, peut-être, Gaël, d'ici là, gagnera des matchs. Comme ça s'est passé avec Wawrinka, qui est rentré au dernier moment et a libéré une wild-card. On espère toujours avoir plus de flexibilité sur la décision.

 

Concernant Ksenia Efremova, comment tu juges ? Là, vous l'avez fait rentrer dans le tournoi. Battue au premier tour. On s’attend qu’elle casse tout aux Juniors mais elle est battue au premier tour.

Elle a cassé !

 

"Ksenia Efremova, c'est une petite fille de 17 ans, il ne faut pas l'oublier"

Qu'est-ce qui se passe ? On est systématiquement en up and down.

C'est plutôt normal pour une fille de 17 ans de jouer un Grand Chelem tableau final, vivre les émotions sur le Suzanne Lenglen et pratiquement 7 jours après être tête de série n° 1, avec toute la pression du monde du tennis féminin. Surtout pour les filles, c’est très difficile de vivre ce type de pression, parce qu'elles n'ont pas d'énormes services, pas des frappes où elles peuvent se débarrasser de la pression juste avec du tennis spectaculaire. J'ai vu tout le match. J'étais content de son comportement, de sa manière de vivre ces moments très difficiles. Je l'ai vue après le match : elle était complètement déçue. Ce sont des moments importants dans une carrière qu'il faut vivre ; il faut apprendre et avancer. C'est une petite fille de 17 ans, il ne faut pas l'oublier. Et j’ai demandé à Ksenia de se comparer avec personne. Pas Sharapova, pas Moise Kouamé : personne d’autre. Elle va avoir une trajectoire qu'on ne connait pas, il faut vivre les moments jour par jour, faire le maximum, être à 100 % tous les jours. On va essayer de l'accompagner et de l'aider dans les moments négatifs comme positifs.

Oui, bien sûr, elle a gagné le Grand Chelem en Australie, mais même Australie, elle était en difficulté au premier tour. Elle a trouvé des solutions. Ici, elle n'a pas réussi à en trouver. C'est un tournoi important mais on avance. Sa carrière ou son potentiel ne sont pas différents, parce qu'elle a gagné ou perdu un match. Une carrière est longue, la formation aussi ; il faut juste apprendre et avancer.

 

"Je ne suis pas du tout inquiet pour le niveau de jeu de Loïs Boisson"

Loïs Boisson, pareil, retombe dans l'anonymat. Est-ce qu'elle vous demande de l'aide, ou fait-elle son petit chemin seule ? Est-ce que vous l'accompagnez ?

Je voudrais éviter de parler des détails mais on l'a aidée. Je ne peux que souhaiter qu’elle joue au tennis. Même dans la défaite, j'étais là et j'ai vu ses qualités de frappes et de physique. J'espère qu'elle va trouver le rythme de tennis, parce qu’elle a besoin de matchs aujourd'hui. Elle n'a pas joué trop longtemps. Elle a donc juste besoin de trouver des sensations sur le terrain. Mais je ne suis pas du tout inquiet pour son niveau de jeu, parce qu'elle va trouver des semaines où elle va gagner contre toutes, comme elle l'a fait ici l'année dernière. Je pense qu'elle va revenir très rapidement à son Top 100, et après un peu plus aussi. J'espère juste qu'elle arrive à rester avec la santé positive, qu'elle arrive à jouer au tennis. Pour son niveau, je ne suis pas du tout inquiet : elle joue très bien, a une qualité de frappes et de déplacements, etc. Il faut juste qu'elle arrive à trouver des sensations sur le terrain.

 

Comment vous voyez le travail des Italiens. Trois sont en quarts de finale sans Sinner ; ils étaient deux en quarts à Melbourne, deux à l’US. Faut-il s'inspirer de ce qu'ils font ? Quel est votre regard ?

Oui et non. Oui, parce que c'est évident que ce n'est pas que Sinner. Ils ont beaucoup de joueurs trop forts, qui arrivent à jouer très bien. Après, il faut étudier et analyser : qu'ont-ils fait pour arriver là ? Après, vous savez que je connais plutôt bien l'environnement italien. Chacun a son parcours. Sinner a été formé par Piatti, Berrettini par Santopadre et Arnaldi était à Sanremo, juste à côté de Monte-Carlo avec son coach. Chacun a son propre parcours. Ils n'ont pas eu une formation claire. A la Fédération, il a fait des choses, qui ont été peut-être positives. On ne parle pas des implications directes sur les projets. Nous, du côté de la Fédération, on continue à étudier, on continue à essayer de comprendre si on peut faire quelque chose de similaire. Je reste convaincu que tous les projets forts sont des projets individuels ; et nous, on est là pour les accompagner. Ce n'est pas qu’on prend la responsabilité 110 %, parce que finalement, sans les parents, sans les projets ambitieux, tous ensemble, on ne va jamais arriver à créer des joueurs qui sont Top 10, Top 20.

Comme je dis, Cobolli s'entraîne avec son père depuis le début. Il était accompagné par la Fédération avec des éléments mais pas trop. En Italie, il a fait son truc. Je pense qu'en France, on est différent ; la culture est différente. Il y a des choses que je pense qu’on peut apprendre – et on continue à le faire. On va ajouter des tournois 15 000 et 25 000 encore plus l'année prochaine pour aider les joueurs à jouer en France sans devoir voyager, donc les accompagner comme ça.

C'est aussi un peu plus simple quand tu as une référence comme Sinner. C'est Sinner qui tire vers le haut. Arthur, qu'est-ce qu’il a fait là ? Je pense que c'est aussi pour Moise un repère, qu’il peut regarder s'il a besoin – peut-être il n'a même pas besoin. Je peux vous assurer que les 2009 et les autres regardent aujourd'hui Moise et ils pensent qu'ils peuvent faire la même chose. C'est important. On a besoin de ça, surtout pour le tennis féminin.

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Classement Mondial ATP

1 ITA SINNER Jannik14700 pts
2 ESP ALCARAZ Carlos11960 pts
3 ALL ZVEREV Alexander5705 pts
4 SRB DJOKOVIC Novak4460 pts
5 USA SHELTON Ben4070 pts
6 CAN AUGER-ALIASSIME Felix4050 pts
7 AUS DE MINAUR Alex3855 pts
8 ESP MEDINA GARRIGUES Anabel3760 pts
9 USA FRITZ Taylor3720 pts
10 KAZ BUBLIK Alexander3320 pts

Classement Mondial WTA

1 BLR SABALENKA Aryna9960 pts
2 KAZ RYBAKINA Elena8313 pts
3 POL SWIATEK Iga7273 pts
4 USA GAUFF Cori6749 pts
5 USA PEGULA Jessica6286 pts
6 USA ANISIMOVA Amanda5958 pts
7 UKR SVITOLINA Elina4315 pts
8 RUS ANDREEVA Mirra4181 pts
9 CAN MBOKO Victoria3710 pts
10 CZE MUCHOVA Karolina3318 pts
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