Tennis. Roland-Garros - Marta Kostyuk tombeuse d'Iga Swiatek : “Rien n’est si énorme"
Par Sebastien CLAUDE le 31/05/2026 à 16:51
Marta Kostyuk se mue en reine de la terre battue. Ce dimanche, l'Ukrainienne a pris le meilleur sur Iga Swiatek 7-5, 6-1, en huitième de finale de Roland-Garros. En disposant de la quadruple lauréate Porte d'Auteuil, la 15e mondiale a sécurisé un quinzième succès de rang, lui permettant également de rester invaincue sur terre battue. L'Ukrainienne a validé son deuxième quart de finale en carrière, après l'Open d'Australie en 2024. Lors de son passage en conférence de presse, Marta Kostyuk s'est notamment arrêtée sur l'importance de sa mère dans son développement, elle qui l'a un temps entrainée.
Vidéo - Marta Kostyuk après sa victoire contre Iga Swiatek
Retrouvez ICI le tableau du simple Dames de Roland-Garros 2026
Retrouvez ICI le tableau du simple Messieurs de Roland-Garros 2026
"Je ne suis pas supersticieuse pour un sou"
Marta, premier quart de finale, mais aussi, 16 victoires consécutives sur terre battue. Peux-tu passer en revue ces deux exploits, et comment tu te sens aujourd'hui ?
Je me sens très bien, je suis ravie avec ces victoires de rang, avec ce billet d'entrée pour les quarts de finale. Je vais fêter cela ce soir, et rester concentrée sur le tournoi.
Bravo, tu as dit que tu avais de mauvais résultats et un mauvais relationnel avec Roland-Garros, qu'est-ce qui a changé ?
Il y a eu beaucoup de déclics sur la terre battue cette année, notamment sur Madrid. Ce n'était pas non plus mon meilleur tournoi auparavant. C'est un bon feeling. Je me suis laissé plus d'espace certainement. J'ai savouré davantage, construit davantage les points. J'ai appris à naviguer en eaux troubles dans le match. Et je suis ravie de la manière dont je suis sortie la tête hors de l'eau.
La dernière fois, tu as perdu contre Iga, et tu avais des chances, tu n'étais pas du tout la favorite, tu étais la challenger. Penses-tu que maintenant que tu as gagné, tu vas avoir des difficultés à maintenir le statut de challenger ?
Ce n'est pas mon but de rester challenger. Je pense que c'était une belle rencontre. Mais de toute façon, je n'étais pas la favorite, j'étais la challenger aujourd'hui. Les choses changent au tennis. Mais je suis bien plus régulière, je n'ai jamais été aussi régulière dans ma carrière. J'ai encore beaucoup à faire pour rentrer dans le Top 5, Top 10, et je suis encore moins classée par rapport à elle. Je suis donc quand même la challenger sur papier. On verra bien si les choses changent après ce tournoi. Peut-être je ne serai pas considérée comme la challenger après. Mais je prendrai les choses telles qu'elles sont, peu importe.
Tu as été très forte pour débreaker, pour breaker et débreaker juste derrière. Il y a notamment eu une série comme ça de breaks, de débreaks, comment as-tu réussi ? Est-ce que cela t'a permis de rentrer dans son état d'esprit et de la déranger ?
J'ai pu notamment travailler sur son deuxième service, elle n'était pas très bonne au premier service aujourd'hui. Je retournais tout ce qu'elle me donnait, ce n'était pas facile de jouer contre quelqu'un qui retourne tous vos services et qui met de la pression sur votre deuxième service. Je ne pense pas que je servais bien sur certains jeux, mais j'ai trouvé des clés à la fin du premier et au deuxième set. C'était la clé, je pense.
Je ne sais pas, je pense que j'ai un bon retour. Et cela ne me dérange pas non plus de monter au filet sur un service kické, ce qui peut être un problème pour des femmes, et aussi des hommes d'ailleurs. C'est une autre histoire en fait, complètement différente.
Je pense qu'au fur et à mesure du progrès du match, elle le sentait de plus en plus, et donc, son service était plus fébrile au fur et à mesure, plus désespéré. Elle devait mettre davantage d'engagement dans son service, ou faisait plus de doubles fautes, ou alors elle servait plus lentement, et là, j'avais du temps pour récupérer la balle.
Félicitations ! Quand tu es comme ça sur une série positive de victoires, es-tu superstitieuse ? Et suis-tu la même routine à chaque fois, pour t'assurer que cette série positive n'est pas cassée ?
Non, non ! Si j'étais superstitieuse, je ne pourrais pas rester aussi longtemps sur une série de victoires, parce que chaque jour, vous avez une humeur différente, plein de choses changent. Je ne suis pas superstitieuse pour un sou.
"Je suis retourné m'entraîner en Ukraine avec ma mère"
Tu as parlé plus tôt d'être moins émotive sur le court, de pouvoir être en mesure de séparer tes émotions du court. Fais-tu quelque chose sur le court pendant un match, qui te permet de garder le sang-froid par rapport à un coup, ou par rapport à un mauvais break pour aller de l'avant quoi qu'il arrive ? Ou peut-être respires-tu d'une certaine manière ? Il y a des mantras que tu as en tête pour t'aider à passer le cap ?
Cela change, je pense, parce qu'on ne peut pas garder la même recette. On ne peut pas, et parfois, il faut changer la stratégie, le comportement, il faut évoluer de toute façon. Je pense que ce que je fais le plus, c'est de me dire que rien n'est si important. Perdre un point, ce n'est pas si important, il y a toujours une autre balle qui arrive. Je garde ça à l'esprit. J'essaie aussi d'avoir un recul par rapport aux choses, quel genre de joueuse je veux devenir, et où je veux aller.
Ça, c'est ce que je garde à l'esprit, c'est la raison pour laquelle je joue. Et au bout du compte, on peut faire les bonnes choses, mais on peut manquer une balle, ou on peut perdre un match. Mais si vous faites toujours les bonnes choses, c'est ça la priorité pour moi.
Félicitations, Marta ! Sur le court, vous avez dit que vous étiez ravie de jouer sur le Philippe-Chatrier aujourd'hui, que c'était vraiment magnifique. Est-ce que pendant cette série de victoires, même si vous êtes ravie de tout ce qui se passe pour vous et malgré tout ce qui se passe à la maison, chez vous, cela vous permet d'apprécier davantage votre tennis ? Comment mettez-vous les deux aspects en perspective ?
Lors du match de premier tour, j'ai dit à Sandra : "Je ne sais pas ce que je fais ici. Ce n'est pas important du tout."
C'était difficile, parce que je ne savais pas si j'allais pouvoir me concentrer sur les choses importantes, à savoir de gagner des matchs, jouer au tennis, et parfois, cela vous donne un petit peu de recul, cela change vos perspectives. Parce que finalement, soit on se dit que ce n'est pas si important d’être ici, soit au contraire, compte tenu de tout ce qui se passe ailleurs, on réalise la chance que l’on a de disputer des matchs ici.
Mais je suis reconnaissante des opportunités qui me sont offertes. Cela dépend du jour, des pensées qui me taraudent, parfois, il faut un peu d’espace, et comprendre qu'il y a bien plus dans la vie que le tennis. J'essaie de garder cela à l'esprit.
Marta, tu as dit que ta mère était une figure importante dans ta vie, et à la fin de l'année, tu as embauché Sandra comme coach. Quel genre de relation avais-tu avec ta mère ? Peux-tu dire si c'était facile ou pas ?
C'est une bonne question ! J'ai arrêté de travailler avec ma maman à la fin de 2022. Je me suis entraînée, et je me suis dit : "Ah ! Ça ne va pas, il faut qu'on arrête, c'est mauvais pour nous deux."
Il y a un moment où, quand vous êtes avec la personne qui est la plus proche de vous, parce que vous forgez votre identité par rapport à la perception que votre mère peut avoir de vous, et celle que vous pouvez avoir d'elle, c'est très difficile. On sait à ce moment-là qu'il faut clore un chapitre. Et on a peur, parce qu'on est dans l'inconnu, on commence quelque chose de nouveau après avoir été avec quelqu'un pendant 15 ans.
Il y a eu des moments difficiles sur le court aussi, parce que je me disais : "Mon Dieu, que va penser ma maman ? Elle n'aimerait certainement pas que je joue de cette manière. Que va-t-elle penser de ce coup ?"
C'était une séparation graduelle, surtout dans ma tête, en fait. Ce n'est pas arrivé du jour au lendemain. Beaucoup de choses traînaient en fait, jusqu'à 2024 je dirais. Cela a pris beaucoup de temps, et cela a nécessité du travail, ce n'est pas arrivé tout de suite.
Et puis aussi, il a fallu que je comprenne qu'il fallait que je sois reconnaissante de tout le temps consacré, de tout le temps qu'on a passé ensemble et de chérir les souvenirs qu'on avait ensemble. Ce n'était pas si facile. Et maintenant, on s'entend très bien ; on s'entend très bien depuis très longtemps maintenant. On s'entend d'ailleurs si bien que je suis retournée pour m'entraîner en Ukraine avec elle. Ce n'était pas facile, je peux vous le dire ! C'était quelque chose de nouveau, j'avais le sentiment d’avoir des flash-backs de ma vie passée. Et puis, je crois que j'ai tout de même des souvenirs très précieux de ce moment-là avec elle.
"Elina est une légende du tennis en Ukraine"
Félicitations. Ton tennis a été façonné par des femmes, ta mère, avec Sandra maintenant. Avec Sandra en particulier, je sais qu'elle peut être philosophe au sujet de la vie, du tennis, de toutes ces sortes de choses, et te garder les pieds ancrés sur terre. Y a-t-il quelque chose qu'elle ait pu te dire dernièrement, qui soit resté ancré dans ton esprit, qui puisse t'aider réellement ?
Je ne sais pas. Elle m'a beaucoup aidée ces trois dernières années, je ne pourrai pas vous dire quoi que ce soit plus spécifiquement qu'elle ait pu me dire ces dernières semaines ou derniers mois, je ne sais pas.
On a beaucoup évolué toutes les deux, depuis qu'on a commencé notre collaboration. Honnêtement, elle m'a dit tellement de choses, des choses importantes, je ne pourrais pas vous en dire une précisément. Il faudrait que je m'assoie, que je réfléchisse et que je classifie toutes ces leçons précieuses… Je n'en sais rien ! C'est une bonne question.
J'ai simplement le sentiment que ces deux dernières semaines, j'avais le sentiment qu'elle serait là pour moi, quoi qu'il arrive, et qu’elle me souhaite le meilleur. Et je pense que c'est le meilleur feeling qu'on puisse avoir comme joueuse. Et c'est ça qui me donne de la quiétude, de la sérénité sur le court.
Il y a quelques années, il aurait été impensable de pouvoir retourner le coup droit d'Iga. Est-ce que vous avez trouvé des schémas, des clés pour la contrer, ou bien, elle, elle a changé son coup ?
La dernière fois que j'ai joué contre elle, c'était différent parce qu'elle dominait davantage les échanges. Aujourd'hui, j'avais plus de temps, c'est indéniable. Elle a un très bon coup droit, il est très lourd, il est difficile à contrer, c'est indiscutable. Mais je ne sais pas, c'est une bonne question. J'ai très bien joué d'un point de vue tactique aujourd'hui, c'est ça qui compte le plus.
Elina mène 4/0 au troisième set. Si tu joues contre elle, peux-tu parler de ta relation avec elle ?
On a une très bonne relation, c'est une légende du tennis en Ukraine. C'est un honneur de partager le court et de l'affronter ‑ si jamais elle gagne, parce que le match n'est pas fini ! ‑. C'est elle qui a ouvert la voie à de nombreuses joueuses ukrainiennes et joueurs ukrainiens aussi. En plus, elle est sur une bonne lancée, elle joue incroyablement bien en ce moment.
J'ai joué contre elle il y a deux ans. Je sais un peu à quoi m'attendre avec elle, bien sûr. Je pense que ce sera une rencontre tout à fait intéressante.
Merci à tous.
