Tennis. Roland-Garros - Casper Ruud soutient la fronde : "On veut faire passer un message"
Finaliste en 2022 et 2023, demi-finaliste en 2024, Casper Ruud n'est pas dans la forme de sa vie mais conserve un certain statut à Roland-Garros. Alors qu'il pointe aujourd'hui à la 17e place mondiale, le Norvégien a n'a pas encore remporté de titre cette année mais a plutôt réussi sa préparation sur terre battue avec un quart de finale à Madrid, une finale à Rome et une demie à Genève. Il commencera sa quinzaine contre Roman Safiullin et pourrait croiser Novak Djokovic en huitièmes.
Vidéo - Casper Ruud avant de débuter Roland-Garros 2026
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"Sinner ne vous laisse aucun répit"
Je travaille sur un sujet autour du service à la cuillère. Est-ce que vous avez le sentiment que la perception de ce coup est en train d’évoluer ? Avant, c’était vu comme un manque de fair-play, puis comme un très mauvais geste, et aujourd’hui davantage comme une arme tactique. Comment vous le voyez ?
Franchement, c’est un coup totalement légitime. Je ne vois aucune raison de s’en agacer. Si quelqu’un veut servir à la cuillère, il en a parfaitement le droit. Sur terre battue, ma position au retour peut parfois me rendre vulnérable à ce type de service, mais honnêtement, je préfère ça à quelqu’un qui sert à 210 km/h. Donc oui, qu’ils n’hésitent pas, ça ne me pose aucun problème.
Casper, avez-vous envisagé de ne pas venir à Genève cette année, en vous disant que Rome vous avait peut-être déjà suffisamment apporté ? Pouvez-vous expliquer vos choix de calendrier ces derniers jours ?
Oui, on en a discuté, surtout après la finale à Rome, une fois la demi-finale gagnée. Au final, la décision s’explique par le fait que mon début de saison n’a pas été à la hauteur de mes attentes. Quand on est en confiance, sur une bonne dynamique, je pense que c’est parfois bien d’en profiter au maximum. C’est une des raisons pour lesquelles je suis venu à Genève. Une autre, c’est que je ne joue pas sur gazon avant Wimbledon, donc j’aurai trois semaines de repos après Roland-Garros. Je voulais tirer le maximum de la saison sur terre battue.
Et puis, point important : à Rome, je n’ai pas joué de longs matchs. Aucun n’a dépassé une heure et demie jusqu’à la finale. Il y avait évidemment un risque de jouer trois heures, trois heures et demie en finale, et dans ce cas j’aurais probablement envisagé de venir à Genève pour me retirer. Mais ça n’a pas été le cas. Je me sentais donc en forme et motivé pour jouer. J’avais déjà eu de bonnes expériences en procédant ainsi. Cette année, c’est un peu différent puisque je n’avais pas de bye et que j’ai dû enchaîner quatre matchs en quatre jours, mais ça va. Je suis en bonne santé, content d’être ici, et j’ai deux jours pour préparer mon premier tour.
Casper, comment compareriez-vous cette finale à Rome contre Jannik avec vos précédents matchs face à lui ces derniers mois ? Et plus précisément, que ressentez-vous dans ces échanges croisés que vous appréciez tous les deux, et qu’est-ce qui les rend si difficiles ?
Je l’ai dit après la finale : ce qui le rend si fort, c’est qu’il ne vous laisse aucun répit, d’où que vous jouiez. Que ce soit en coup droit ou en revers croisé, la balle arrive vite, et en plus très bien placée. Si vous n’êtes pas extrêmement précis, il vous met immédiatement sous pression et vous sanctionne. Quand vous avez en tête que chaque coup doit être quasiment parfait, ça rend les choses encore plus difficiles. On n’obtient quasiment pas de balles faciles contre lui. Il défend très bien. À ses débuts sur le circuit, on voyait déjà la qualité de frappe qu’il avait, très propre, très pure. Mais ces deux ou trois dernières années, c’est surtout sur le plan physique, le déplacement et la défense qu’il a le plus progressé. C’est ce qui explique son cap franchi et sa domination actuelle.
Même en défense, il donne très peu. Il fait peu de fautes directes, et il joue rarement des coups moins puissants. Donc quand une opportunité se présente, il faut la saisir, sinon c’est terminé. De mon côté, je me sentais mieux que lors de certains de nos précédents matchs. J’arrivais sans avoir accumulé de longues rencontres, j’étais prêt physiquement pour un gros combat. J’ai d’ailleurs pris le départ idéal en le breakant d’entrée. Malheureusement, je n’ai pas confirmé derrière sur mon service. Avec un avantage plus net au début, qui sait ce qui aurait pu se passer… Mais même à 3-0, il reste énormément à jouer. J’étais satisfait de certains aspects de mon jeu, mais vers la fin du premier set et le début du deuxième, j’ai un peu baissé en intensité et en qualité d’exécution. C’est là que le match m’a échappé.
"On veut faire passer un message"
Casper, pendant longtemps, on avait le sentiment qu’il fallait battre Rafa pour gagner ce tournoi. Est-ce que vous ressentez quelque chose de similaire aujourd’hui avec Jannik ?
Oui, il y a une certaine similitude. Évidemment, Jannik n’a pas gagné ici quatorze fois comme Rafa, mais c’est clairement le grand favori. Il a survolé la saison sur terre battue, remporté tous les Masters 1000, et il est au sommet de sa carrière. Il peut avoir le sentiment d’avoir déjà gagné tous les grands tournois. Je ne sais pas exactement dans quel état d’esprit il sera. Il y aura sans doute un peu de pression, peut-être des nerfs, mais c’est clairement l’homme à battre. Il a une cible dans le dos, mais il gère ça extrêmement bien depuis des mois, voire des années. Je ne vois pas pourquoi il ne performerait pas ici. Il était à un point du titre l’an dernier. Après, on reste tous humains. Chaque joueur qui l’affrontera tentera de le battre, comme on essaie tous de battre n’importe quel adversaire. Le tournoi est ouvert, c’est excitant, et je pense que ce sera une très belle édition de Roland-Garros.
Casper, avez-vous eu des retours sur la réunion d’hier entre les joueurs et la FFT ? Et comptez-vous limiter vos obligations médias à 15 minutes aujourd’hui ?
Honnêtement, non, je n’ai eu aucun retour. Je n’étais pas là, j’étais en match et je suis arrivé tard hier soir. Donc je n’ai pas encore d’informations. Mais oui, l’idée est de limiter à 15 minutes aujourd’hui, comme les autres joueurs, pour rester solidaires. On veut faire passer un message, utiliser notre voix et rester unis.
Casper, les statistiques montrent que ces dernières années, les joueurs frappent de plus en plus fort, avec plus d’effet des deux côtés. Est-ce que vous ressentez cette évolution depuis vos débuts sur le circuit ?
Oui, j’en ai déjà parlé ces dernières années, et c’est très net. Certains joueurs — inutile de les citer — ont clairement fait passer la puissance de frappe à un autre niveau ces cinq à sept dernières années. C’est intéressant parce que des joueurs plus âgés, avec encore plus d’expérience que moi, partagent le même constat. Ça a changé la dynamique du jeu. Moi qui aime construire les échanges, j’ai parfois été obligé de m’adapter à un style plus agressif, qui m’est moins naturel. D’un côté, c’est positif, ça pousse à progresser et à réfléchir différemment. Et globalement, c’est bien que le tennis évolue. Mais aujourd’hui, les joueurs ont moins envie de s’engager dans de longs rallyes. Dès qu’il y a une ouverture, ils frappent. Ils prennent plus tôt leurs chances avec des coups plus puissants qu’avant. C’est sans doute la plus grande différence avec ce qu’on voyait il y a quelques années.
