Tennis. Roland-Garros - Valentin Royer : "Le circuit m'a mis une bonne gifle dans la tête"
Par Alexandre HERCHEUX le 25/05/2026 à 00:54
Valentin Royer a vécu une soirée forte à Roland-Garros 2026. Vainqueur d’Hugo Dellien 6-4, 6-2, 6-2, le Français a franchi le premier tour avec autorité, en assumant son jeu agressif et son envie d’aller vers l’avant. Mais en conférence de presse, le 73e mondial a surtout livré un discours très lucide sur les derniers mois, difficiles mentalement, après une progression rapide vers le Top 100. “J’ai pris une gifle par le circuit”, a-t-il reconnu, expliquant avoir dû rebâtir sa confiance, retrouver sa “niaque” et son plaisir sur le court. Libéré, porté par le public français et fier d’avoir évité un vrai “match piège”, Royer peut désormais se projeter vers un rendez-vous immense : Novak Djokovic, au deuxième tour.
Vidéo - Valentin Royer affrontera Novak Djokovic au 2e tour de Roland-Garros
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"Ce n'est qu'un premier tour à Roland-Garros, c’est rien de fou"
Cette victoire est libératrice parce qu’on sait que tu as eu un début de saison, j’imagine, pas à la hauteur de tes espérances. Cela fait du bien. C'est ta première à Roland-Garros.
Oui, elle est super, c'est vraiment un défi qui a été relevé aujourd'hui parce que comme tu dis, c'est un début de saison pas facile. Maintenant, ce n'est qu'un premier tour à Roland-Garros, c’est rien de fou. Je suis vraiment très content de ma performance. J'aurais pu m'embarquer dans un match plus galère, avec un joueur expérimenté comme ça, sur terre, un Sud-Américain, qui connaît son sujet sur surface. Aujourd'hui, on s'est concentré sur la tactique, vraiment mettre la pression dès le début. J'ai réussi à le faire, avec tout ce qui avait été mis en place auparavant avec le coach, la team, pour pouvoir être dans les meilleures conditions possibles sur ce match.
"J'ai pris une gifle par le circuit, ça m'a fait redescendre"
Félicitations pour votre victoire. Ces derniers mois ont-ils contribué à une évolution de votre état d'esprit ?
Oui, clairement. Comme on disait un peu avec ma team, ces derniers mois, quand on pense qu'on y est arrivé, le tennis, le circuit nous remet les pieds sur terre. C'est un peu ce qui s'est passé pour moi. J'ai pris une gifle par le circuit, ça m'a fait redescendre. J'ai atteint des périodes vraiment difficiles dans ma vie, des périodes par lesquelles je n'aurais pas pensé passer étant plus jeune. Maintenant, c'est fait. J'ai réussi à remonter la pente et à retrouver des bonnes sensations sur le court, de la confiance, que ce soit sur le court, dans le tennis, mais aussi de la confiance en moi-même, en tant qu’homme. Cela m'a vraiment appris. Aujourd'hui, sur le terrain, cela s'est carrément ressenti. J'ai fait ma partie du début à la fin. Je n'ai pas eu peur d'aller chercher les points au filet, d’envoyer, de garder mon identité de jeu, d'avoir la niaque, cette dalle que j'avais un peu perdue ces derniers mois, je l'ai retrouvée sur le terrain aujourd'hui.
"J’ai cru que tout m'était dû et que j’allais passer les caps très facilement"
Tu parlais de confiance notamment, comment tu as rebâti ça ces dernières semaines ? Tu as joué en challengers, cela t'a servi ? Tu peux raconter comment tu essayes de rebâtir cette confiance que tu avais perdue visiblement ?
On a beaucoup travaillé mentalement. Tu as raison, j'ai joué des challengers, j'ai été jouer des joueurs plus faibles. Encore une fois, le mec que j'ai joué aujourd'hui est 140e mondial. Le classement, encore plus aujourd'hui, ne veut rien dire. Tous les mecs ici ont la dalle, la niaque. Ils ont envie de réussir et d’aller le plus loin possible. On a fait du gros boulot, il y en avait besoin pour rebâtir cette confiance et surtout retrouver cette hargne, cette dalle que j'avais perdue ces derniers temps. En plus, pour mon jeu, c'est super important. J'ai un jeu agressif, offensif, porté vers l'avant, vers le filet. Sans cette confiance en moi, cette niaque, c’est difficile de performer de la meilleure des manières. C'était très important de pouvoir aussi parler et exprimer ce que j'avais sur le cœur, dans mes pensées, comment je me sentais sur le court ou en dehors. Avec mon préparateur mental, on a beaucoup bossé sur ça. Aujourd'hui, je suis content de moi, je me sens bien. Je suis content de pouvoir jouer de cette manière, je prends du plaisir, surtout sur le court.
Depuis un an, il y avait eu une défaite un peu dure l'année dernière. On a l'impression que tu as vécu énormément de choses. On peut dire un homme, un joueur différent aussi par rapport à tout ce que tu viens de traverser.
Clairement, oui. La fin de l'année dernière a été assez novatrice pour moi. J'ai passé le cap du Top 100, je suis arrivé vite proche du Top 50 et ça y est, j’ai cru que tout m'était dû et que j’allais passer les caps très facilement. Le circuit m'a mis une bonne gifle dans la tête, ça m'a fait redescendre les pieds sur terre. J'ai atteint des bas très très bas, que je ne pensais pas avoir dans ma carrière. Ça a été, plus qu'une leçon de tennis, une leçon de vie pour moi, en tant qu'homme, et en tant que joueur de tennis. Aujourd'hui, je suis un joueur libéré de ça, soulagé de pouvoir prendre du plaisir à nouveau sur le court. En plus, voilà en jouant devant un public français en feu. J'étais super heureux sur le terrain, cela se ressent dans la manière dont je joue. Dès que je suis heureux en dehors du court, content, j'ai confiance en moi et sur le terrain, ça se ressent. En ce moment, ça se ressent un peu plus. En tout cas, je suis sur le bon chemin.
"Les jardiniers sont incroyables, ce sont les meilleurs du monde pour moi"
Tu l'as dit, battre un terrien, en plus, on sortait d'une journée très chaude, une terre sèche. Avec la tombée de la nuit, je ne sais pas comment c'était sur le 14, mais d’avoir battu tous ces obstacles alors ça sentait potentiellement le match piège.
Clairement, je pensais... Il y a eu beaucoup de changements de court. On était programmé sur le 7, ensuite sur le 6, ensuite peut-être sur le 7 parce que le 7 a fini un peu avant le 6. J'ai reçu un appel : finalement, on va aller sur le 14. Il y a eu beaucoup de changements au dernier moment. Ça n'a pas impacté vraiment l'arrivée du match. Je pensais que le court allait être plus sec, je pensais jouer plus tôt aussi. Je me suis préparé. Je me suis dit que peut-être avec un court plus sec, ça allait m'avantager, moi qui suis agressif, les balles vont plus vite. Je me suis dit : attention, piège parce que ça va se ralentir, la terre va être plus humide, les échanges vont durer. Au final, la terre du 14 était de bonne qualité. Ces derniers temps je me suis entraîné sur Jean-Bouin, ce n'est pas la même qualité des courts, ils sont plus secs, plus glissants. Là, c'était une terre de qualité. Le staff a fait un travail incroyable sur les courts. Les jardiniers sont incroyables, ce sont les meilleurs du monde pour moi. C'était un gros kiff de jouer sur ce court, avec des sensations pareilles et avec la victoire à la fin, c'est la cerise sur le gâteau. Ça aurait pu vraiment partir en match piège. Je pense que je l'ai bien géré que ce soit tennistiquement ou mentalement.
