Tennis. Roland-Garros - Daria Kasatkina : “C’était de la pure survie”
Par Sebastien CLAUDE le 30/05/2026 à 18:54
L'aventure s'est arrêtée au troisième pour Daria Kasatkina à Roland-Garros. Ce samedi, l'Australienne s'est inclinée 6-0, 7-5 face à Aryna Sabalenka. L'actuelle 53e mondiale a tout de même su montrer un peu de répondant dans la seconde manche après une première où la numéro 1 mondiale semblait simplement intouchable. Lors de son passage en conférence de presse après la rencontre, Daria Kasatkina est notamment revenue sur la période difficile qu'elle a traversée fin 2025 et qui l'avait poussée à prendre ses distances avec le circuit.
Vidéo - Daria Kasatkina après son troisième tour à Roland-Garros
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"Je ne peux retenir que du positif pour cette saison sur terre battue"
Je ne sais pas ce à quoi tu t'attendais aujourd'hui. Pourrais-tu en dire plus concernant ton expérience ici à Roland-Garros, quel est le positif que tu peux en tirer ?
Cela pourrait toujours être mieux, mais aussi pire. J'ai gagné deux matchs. Aujourd'hui, j'ai perdu. Le premier set ne s'est pas bien passé mais en tous les cas, pendant le deuxième set, j'ai remonté. Ces dernières semaines ont été tout à fait positives. Pour moi, c'est ça que je retiens, tout le positif de cette saison sur terre.
Que s'est-il passé pendant le premier set ? N'étais-tu pas à l'aise au début avec le jeu, le court ou toi-même ?
Sincèrement, ce n'était pas tant moi qu'elle. Elle a juste très bien joué. Je ne parvenais pas à répondre, dirons-nous, elle a été très agressive dans son jeu et a marqué de nombreuses balles gagnantes. Elle a mis une énorme pression, sans quasi aucune erreur. Je n'avais pas beaucoup d'opportunités de rentrer dans le match. Elle a très bien joué. Le deuxième set était bien mieux pour moi dès le début. J'ai réussi à mieux comprendre la façon dont ses balles m'arrivaient, parce que ses balles vont très vite, sont difficiles à gérer dans des conditions rapides. Le rebond arrive encore plus rapidement. Parvenir à maîtriser ce type de balle est difficile.
Donc, le premier set difficile. Le deuxième set, en revanche, une grande amélioration.
Maintenant que tu es sortie de cette période difficile, est-ce que tu as reçu beaucoup d'encouragements pour la suite de la saison sur dur, sur gazon ? Est-ce que tu dirais que c'est plutôt là ton point fort ?
Sincèrement, de toute façon, je ne peux retenir que du positif de cette saison sur terre battue. En effet, même à Madrid, c'était assez difficile. Je pense que j'ai réussi à vraiment mieux sauver d'une certaine façon, en jouant et en remportant un grand nombre de matchs. Même si on n'arrive pas à mettre en place son meilleur jeu tout le temps, c'est très important néanmoins de pouvoir remporter des victoires. Puis, j'ai remporté un certain nombre de matchs en Grand Chelem sur gazon, ça aussi ça apporte de l'énergie. J'ai réussi à obtenir un certain nombre de résultats. Maintenant, je vais me remettre au travail et commencer la saison sur gazon.
Lors de l'Open d'Australie, tu avais déjà commencé d'une certaine façon et pareil, à Bisbal. À ce moment, avais-tu tiré un trait sur ta saison sur terre battue ?
Avant Bisbal, c'était difficile. Après cette semaine, j'ai réussi à redresser la barre. Même pendant cette semaine de tournoi, je n'étais pas moi-même sur le court. Je ne trouvais pas de façon de remporter un match sans que ce soit à l'arrachée. Je ne parvenais pas à gagner de points. Maintenant, j'ai une vision bien plus claire du jeu, j'arrive à réfléchir alors qu'avant, pendant ces matchs, c'était de la survie pure et dure.
Penses-tu que les fortes chaleurs affectent la performance des joueurs et que même les meilleurs performers rencontrent des difficultés du fait de ces fortes chaleurs, même dans le top 3 ou 4 par exemple, maintenant Anisimova vient de perdre ? Est-ce qu'à ton avis, il faudrait faire les choses différemment ?
Cette année, bien entendu, la météo à Paris est tout à fait inhabituelle. Jamais on n'a fait face à de telles températures pendant une semaine entière, peut-être pendant quelques jours, mais pas toute une semaine. Et cela a eu un impact, on l'a vu. C'est un facteur en plus à prendre en compte. La météo, lors de certains matchs, a vraiment affecté les joueurs. Mais cela fait partie du jeu.
Dans certains tournois, il fait encore plus chaud. Ici il a fait chaud, mais dans d'autres tournois, c'est sans aucune commune mesure. C'est encore plus extrême. Cincinnati, par exemple, tous les ans, c'est pire. En plus, c'est sur dur, donc on a une sensation de chaleur encore plus intense. En Australie, cela peut monter jusqu'à 45 degrés. Certains tournois sont encore plus extrêmes.
Et puis là, il faut bien prendre en compte que l'on est tous sortis de tournois où il faisait peut-être 15 degrés. Là, on est passé de 15-20 degrés à 32 degrés à Paris. Donc, la marche à monter est un peu trop grande. En Australie, par exemple, on joue pendant tout un mois dans ces conditions. Cela ne pose pas autant de difficultés parce qu'on a le temps de s'acclimater.
"J'ai mes propres rêves, mes objectifs à atteindre"
Sur une échelle de 1 à 10, lorsque tu étais en grande difficulté, où te situais-tu sur cette échelle maintenant comparé à aujourd'hui ?
Sur une échelle de 1 à 10, je dirais que j'étais à 2, si 1 veut dire que j'aurais eu envie d'en finir avec ma vie. Mais ce n'est pas qu'une question de jeu, c'est également une question de ressenti, d’aisance sur le court. Aujourd'hui, selon les jours, je dirais que je suis à 6-7. C'est bien plus stable. J'ai stabilisé la situation, j'ai besoin d'engranger un certain nombre d'autres victoires pour peut-être assurer mes sensations sur le court. En gros, je ne vais pas trop m'avancer, mais je me sens quand même bien mieux qu'il y a deux mois.
Tu parlais de la chaleur tout à l'heure, des conditions et du fait que vous êtes passés de températures plutôt fraîches à des températures assez extrêmes ici. Penses-tu que le tournoi devrait changer ces règles en matière de gestion de la chaleur ? Le changement climatique est là. À l'Open d'Australie, par exemple, il y a une règle qui existe selon laquelle le toit peut être déployé pour se protéger de la chaleur. Faut-il changer quoi que ce soit ?
Dans un monde parfait, dans un monde idéal, oui. Sincèrement, je ne vois pas vraiment comment ce serait applicable au Grand Chelem. À l'Open d'Australie, il y a trois courts qui ont des toits rétractables. Lorsque les toits sont déployés, les matchs sur les autres courts sont arrêtés pour ce qui est des courts qui ne sont pas couverts. Ce sont les seuls trois courts sur lesquels on va jouer dans ces conditions. Donc, en gros, ce sont les plus grands courts, là où l'on va retrouver la plupart des plus grands joueurs. Pendant ce temps, les autres joueurs doivent attendre que leur tour vienne, une fois que la météo se remet. Ce n'est pas juste non plus.
Malheureusement, je n'ai pas de solutions toutes faites. Le tennis, globalement, c'est un sport que l'on joue en extérieur. La plupart de nos installations sont en extérieur. Il y a un certain nombre de courts où il y a des toits qui peuvent être déployés, mais c'est plutôt l'exception que la règle. Je ne sais pas comment on pourrait envisager tout cela. Certains proposaient, par exemple, de jouer tard la nuit et de prolonger les matchs, même à minuit, si cela était nécessaire, mais je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure solution non plus. Je n'ai pas de solutions toutes faites à apporter. C'est difficile de jouer dans des conditions telles, mais si on ne joue pas, qu'est-ce qu'on va faire ? Imaginons qu'il y aurait deux semaines de fortes chaleurs, on ne jouerait pas du tout ? Je n'ai pas de solution.
On ne le voit pas très souvent. À la fin de l'année dernière, tu es passée par un passage à vide très difficile. Mettons cette actualité sur le court de côté. En dehors du court, est-ce que tu te sens mieux ?
En dehors du court, rien à y redire. Tout va pour le mieux dans le meilleur des monde. Les problèmes, cela a été vraiment sur le court. Je préfère si cela continue ainsi parce que ma vie personnelle est très importante. Je suis une personne qui est très joyeuse de nature quand je n'ai pas à réfléchir au tennis. À partir du moment où je suis sur le court, c'est là que les choses se corsent pour moi. J'ai mes propres rêves, mes objectifs que j'ai envie d'atteindre. Quand je n'y parviens pas, je suis déçue. Il y a la pression aussi. Tout ça est normal.
Je viens de regarder le documentaire sur Rafa, lui aussi est passé par des moments difficiles, ce parcours de 22 Grands Chelems. On doit tous faire face à nos difficultés, c'est ainsi.
Il y a 11 semaines, tu es passée par ton pire classement. Maintenant, tu commences à remonter la pente. Est-ce que tu penses que tu vas pouvoir continuer sur cette lancée ?
Je l'espère. Il faut peut-être que je regarde les choses différemment, sous un angle différent. Au cours des deux dernières années, beaucoup de choses ont changé dans ma vie. Il a fallu que je consacre du temps à ma santé mentale, que je prenne le temps de m'occuper de ma santé mentale. Maintenant que c'est fait, je peux me concentrer sur mon tennis, mon travail et essayer de garder autant mon calme que possible. C'est difficile parce que quand les choses déraillent et que l'on consacre sa vie à ce type d'objectif, c'est difficile mais bon, il y a toujours les lendemains.
