Tennis. Roland-Garros - Coco Gauff : "Il faut agir mais ne pas vous punir..."
Coco Gauff rêve d’un doublé à Roland-Garros. Titrée l’an passé après sa victoire en finale contre Aryna Sabalenka, l’Américaine s’apprête à remettre son trophée en jeu. Elle n’aura toutefois pas la tâche facile, puisqu’elle débutera face à sa compatriote Taylor Townsend. Présente en conférence de presse ce vendredi à Paris, la numéro 4 mondiale est notamment revenue sur un possible boycott des Grands Chelems, ainsi que sur son travail de gestion des émotions.
Vidéo - Coco Gauff lors du média day ce vendredi à Roland-Garros
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"Je n'aurais jamais pensé que la foule serait comme cela l'année dernière"
Tu peux nous dire quelque chose avant que l'on commence ?
Oui. Pour commencer, je dois dire que je suis désolée, vraiment, pour Howard. C'est vraiment triste pour notre communauté. J'aimais bien parler à Howard, c'était un visage que je connaissais bien dans la salle. Cela m'a vraiment attristé profondément d'entendre la nouvelle ce matin. Donc toutes mes condoléances à vous, bien sûr, et puis à sa famille, à ses amis. Bien sûr, il nous manquera énormément.
Merci d'avoir dit cela, Coco.
De rien.
Quel est le meilleur et le pire, quand on est sous les projecteurs, sous les yeux du public ?
La meilleure chose, je crois, c'est que parfois, il y a des gens qui vous reconnaissent. Et le pire, c'est qu'on fait toujours des erreurs quand on grandit, donc les erreurs sont visibles, elles restent. Ce n'est pas mauvais, parce que dans ce cas, certains se projettent en moi, qui me voient, et on se dit : personne n'est parfait, elle non plus.
Coco, peux‑tu comparer l'expérience d'une finale d'un Grand Chelem à Ashe ou Chatrier ? Parce qu'à Ashe, c'est complètement dingue, le public est fou lorsqu'il y a des Américains, des Américaines, cela a une incidence notoire, et la différence quand on joue ici, en finale, contre Iga ou Aryna.
À Ashe, la foule est dingue, et c'est vrai que le toit était fermé. C'était très bruyant, je m'en souviens. Lorsque je servais le dernier jeu, tout le monde était silencieux entre les balles, c'est vrai. Cela fait la différence. Les gens se concentraient bien.
Contre Iga, je ne me souviens pas très bien de cette expérience, je dois dire. J'étais tellement nerveuse, je n'ai pas bien joué cette finale, j'étais tellement nerveuse, je ne me souviens pas très bien. Je me souviens, pendant la cérémonie du trophée, je me suis dit : je ne veux plus perdre un match comme cela !
Et pour Aryna, ça m'a surpris parce que la foule me soutenait énormément moi. Je n'aurais jamais pensé que la foule serait comme cela l'année dernière. En fait, j'étais surprise, parce que la foule m'a soutenue. C'était plutôt sympa.
"Mentalement, je suis plus solide"
Tu as parlé pendant la saison sur terre, du fait que tu contrôles tes émotions maintenant, tu y travailles en tout cas. Depuis quelques semaines, des choses ont changé, je crois, par rapport à avant.
Ce qui m'intéresse, c'est comment tu as travaillé sur tes émotions ? Est‑ce que cela veut dire parler à quelqu'un ? Est‑ce que c'est une question de croyance, religieuse ou pas ? Est‑ce que tu peux nous parler de ces aspects ? Les aspects du travail que l'on fait, comment on se présente sur le court, comment on travaille pour se présenter, quand on arrive sur un court, à l'entame d'un match ?
J'ai un thérapeute que je vois depuis longtemps. J'essaie de ne pas être négatif. Parfois, je suis trop perfectionniste, c'est vrai. Lorsque je joue un match, tout ce que je veux, c'est gagner chaque point, chaque balle, et être parfaite, si possible.
Cela ne se passe pas toujours comme cela pour moi, à chaque fois. Je vois là où je veux être, mais je veux tellement y être, justement c'est mon objectif, que maintenant, je me concentre sur le processus, le haut, le bas. C'est une expérience, le tennis. Parfois, je me débrouille bien, et à d'autres moments, je n'arrive pas vraiment à contrôler tout ça.
Ton état d'esprit de l'année dernière par rapport à cette année, quelle est la différence ? L'année dernière, tu t'es beaucoup battue sur ton service. Est‑ce que cette année, tu ressens la même chose ? Est‑ce que tu te sens mieux cette année ?
Je me sens beaucoup mieux cette année. Bien sûr, il y a des doubles aussi à jouer. En moyenne, c'était quatre doubles fautes dans un match à Rome. Pour moi, c'est bien mieux comme résultat que l'année dernière. Je gagne mieux mes matchs. Mentalement, je suis plus solide. Je suis une meilleure joueuse, je crois, par rapport à l'année dernière, donc cela me donne plus de confiance.
Coco, maintenant, tu es sur le circuit depuis très longtemps. Le timing et ta programmation, est‑ce que tu choisis quand tu joues, quand tu ne joues pas ? Est‑ce que tu essaies de préparer tout cela, et tes choix ? Et puis, peux‑tu nous parler de Washington aussi, où tu as gagné et tu n’es pas revenue ? Si tu peux envisager Washington à l'avenir ?
Je crois qu'avec le temps, on apprend ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas. Le Moyen‑Orient, c'est difficile pour moi. Maintenant, j'ai appris cela, l'année prochaine, je pourrais voir cela.
Washington, dans ma planification, c'est un tournoi auquel j'aimerais bien retourner. L'année dernière, il y avait les Jeux Olympiques, donc c'était différent. L'année dernière, cela a été difficile. Cela dépendra de mes résultats dans ces tournois, maintenant, et Wimbledon, mais c'est vrai que c'est un événement que j'aime beaucoup sur le circuit Washington. Cela m'intéresserait, c'est vrai. J'aimerais y retourner à l'avenir. Je rejouerai ce tournoi, c'est certain, je ne sais pas quelle année par contre !
"On a déjà commencé ce débat il y a un an, ici"
Qu'en est‑il de ton implication vis‑à‑vis des médias ? On parlait du boycott à Rome, etc. Que penses‑tu de tout cela ?
Je suis l'une des joueuses qui participe, donc je ne vais pas rester là trop longtemps ! Je ne sais pas. On m'en a parlé après Rome. Je sais qu'à Rome, il y a eu des discussions là‑dessus, mais moi, j'étais sur mon tournoi.
Je ne sais pas, ce n'est pas obligatoirement quelque chose qui va changer la donne dans les Grands Chelems, ou pour ce tournoi. En tout cas, cela montre que l'on est tous unis, en tout cas beaucoup d'entre nous, et que l'on a un collectif, une action collective. Ce ne sont pas juste des discussions. C'est peut‑être la première fois qu'il y a une vraie action dans notre tennis. Je suis fière de cela, je crois, parce que l'on est tous unis.
Il y a quelques joueurs et joueuses qui nous ont parlé de cela aussi. Ce n'est pas difficile pour certains ou certaines d'être moins longtemps avec les médias ? Et le boycott, est‑ce que cela peut faire du mal à certains joueurs, certaines joueuses ? C'est un sacrifice pour faire avancer un objectif, une action ? Par exemple, vous auriez pu dire : non, on ne va pas voir la presse du tout. Vous auriez eu une amende de la part de Roland‑Garros. Qu'est‑ce que vous en pensez ? La marge de manœuvre pour chaque joueur, chaque joueuse, est‑ce qu'ils sont à l'aise avec cela ?
Cela dépend des joueurs, cela dépend des joueuses. Je crois que là, on est plutôt à l'aise. Il faut agir, mais il ne faut pas vous punir vous, les médias, parce que vous devez aussi faire votre travail. C'est pour cela qu'il y a beaucoup de joueurs et de joueuses qui sont venus voir les médias. On a juste limité avec les télés, par exemple, avec les partenaires du tournoi. Mais on s'est présenté à vous, devant vous, on a répondu à des questions, pour vous. C'est difficile de trouver le bon équilibre. Pour nous, ce n'est pas difficile de nous demander de faire moins vis‑à‑vis des médias.
Moi, j'aime bien les médias, aussi. Vous voyez, je ne sais pas. J'ai l'impression que c'est... comment on dit ? Jongler ? Je ne trouve pas l'expression. Vous voyez ce que je veux dire ! En anglais, on dit "angel devil", c'est‑à‑dire l'ange et le démon sur chaque épaule.
Vous, vous êtes les anges ou les démons ! Je ne sais jamais, vous me posez des questions…
Peut‑être que vous en avez parlé. Est‑ce que c'est une belle unité entre les meilleurs joueurs, cela vous a surpris ? Il n'y a pas de ligue, il n'y a rien de formel, pour vous unir. Est‑ce que cela vous a surpris de vous organiser comme cela ? Bien sûr, l'objectif c'est le même, pour les joueurs et les joueuses. Cela doit être difficile, déjà d'avoir le numéro de téléphone de tout le monde pour un tchat, sur les réseaux.
Dans les Tops 10, cela n'a pas été trop difficile. On a déjà commencé ce débat il y a un an, ici. Moi je l'ai vu, j'ai participé à une réunion. De ce côté, ce n'est pas trop dur. En tout cas, cela ne m'a pas trop surpris. C'est mon expérience, comment j'ai vu les choses pendant toute cette année. Avec un peu de chance, on va peut‑être avoir l'engagement de plus de joueurs, et nous obtiendrons les résultats que nous voulons obtenir.
Avec vos résultats ici, avec le titre, etc. est‑ce que tu es à l'aise, ou alors tu dois défendre ton titre et là, tu es moins à l'aise ?
À chaque fois que c'est ce tournoi, je ne regarde pas mes résultats. À chaque fois c'est différent, notamment l'année dernière, mais l'année dernière, j'ai l'impression que c'était il y a déjà 10 ans, vous savez ! Pour moi, pendant le match, je me dis : ça, j'ai bien joué. Je n'ai peut‑être pas fait mon meilleur match, mais je peux trouver ce niveau, étant donné tout ce que j'ai engrangé ici, mais je ne pense pas obligatoirement directement à l'entrée du match…
Désolée, je dois partir !
